Pour Karine Tellier, renforcer la francophonie passe par des gestes concrets et un meilleur accès aux services en français. Photo : Dominique Demers/ONFR
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Faire plus de place au français : le pari de Karine Tellier à l’ACFO du Grand Sudbury

Pour Karine Tellier, renforcer la francophonie passe par des gestes concrets et un meilleur accès aux services en français. Photo : Dominique Demers/ONFR

Nouvelle directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, Karine Tellier entre en fonction le 1er avril. Elle entend miser sur la continuité tout en relançant certains dossiers clés, dont le bilinguisme municipal, avec l’ambition de renforcer la place du français dans la vie quotidienne.

« Vous venez du milieu des médias francophones, notamment du journal Le Voyageur. Qu’est-ce qui a motivé votre transition vers la direction de l’ACFO?

Essentiellement, au Voyageur, je m’occupais des partenariats avec différents groupes culturels et communautaires. J’étais au département des ventes, mais ce que j’aimais le plus, c’était d’aider les organismes à rejoindre leur public, à trouver les bonnes personnes pour assister à des spectacles ou pour bénéficier de programmes.

Aujourd’hui, à l’ACFO, je fais un peu la même chose, mais à une autre échelle. Quelqu’un peut arriver en disant : « Je suis un nouvel arrivant, j’ai besoin de ressources », et je peux le diriger vers les bons organismes.
C’est vraiment ce rôle d’accompagnement qui m’a attirée. Je suis aussi très impliquée dans la francophonie au point que certains amis sont surpris que j’écoute parfois de la musique en anglais. Mais j’aime dire que je suis une « cheerleader » de la francophonie. Devenir directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, c’était donc une suite logique.

Karine Tellier souhaite faciliter l’accès aux services en français au quotidien. Photo : Dominique Demers/ONFR

Comment définissez-vous la mission de l’ACFO?

Notre objectif, c’est de bâtir une communauté inclusive où il fait bon vivre en français. Cela passe par l’offre de services en français dans tous les domaines.

S’il y a des lacunes, on les identifie et on travaille avec nos partenaires pour y répondre. On veut que les francophones puissent recevoir des services en français, que ce soit à l’hôpital, à la Ville ou ailleurs, surtout dans des moments où ils sont vulnérables. Il y a encore du travail à faire, mais c’est la direction dans laquelle on avance.

Quels sont les principaux défis pour la francophonie à Sudbury?

Un des grands défis, c’est que Sudbury n’est pas une ville officiellement bilingue. Malgré une forte population francophone, il existe encore des réticences, notamment à certains niveaux décisionnels.

Certains craignent que plus de français signifie moins d’anglais, ce qui est faux. Le défi, c’est donc de promouvoir davantage de services en français sans que les anglophones aient l’impression de perdre quelque chose.

Vous succédez à Joanne Gervais, en poste depuis longtemps. Comment abordez-vous cette transition?

On me dit souvent que j’ai de grands souliers à remplir, et je le sais. Joanne Gervais a marqué l’organisation pendant 16 ans.

Pour moi, l’ACFO du Grand Sudbury a toujours été associée à elle. Aujourd’hui, je dois poursuivre ce travail tout en apportant ma propre touche.

J’apprends encore beaucoup : les dossiers, les enjeux, les détails. Il y a énormément d’informations, mais la transition se fait très bien, et nous travaillons ensemble pour assurer une continuité.

Karine Tellier entrera en fonction le 1er avril à la tête de l’ACFO du Grand Sudbury. Photo : Dominique Demers/ONFR

Qu’allez-vous garder ou changer?

Je n’ai pas l’intention de tout changer. Je veux d’abord poursuivre ce qui se faisait déjà.

Cela dit, le fait d’arriver comme nouvelle personne permet de relancer certaines discussions ou de remettre de l’avant des dossiers laissés de côté. Mon objectif est de mettre en lumière des enjeux importants et de faire avancer certains dossiers, notamment la question du bilinguisme à la Ville du Grand Sudbury.

On attend toujours la politique sur les services en français, annoncée depuis un moment. Cela fait environ un an qu’on nous dit qu’elle devrait être publiée. Je l’attends avec impatience.

Je souhaite aussi travailler avec le maire Paul Lefebvre sur la mise en place d’un comité francophone. L’objectif est de s’assurer qu’il existe et qu’il contribue à rendre la ville de plus en plus francophone.

Concrètement, je veux que les citoyens puissent accéder aux services municipaux en français, sans avoir à répéter ou à basculer en anglais pour se faire comprendre.

Quels sont vos défis personnels comme leader?

Mon premier défi, c’est d’apprendre : les dossiers, les politiques et les données. Même si je connais bien le milieu, il me faut maîtriser certains détails pour faire avancer les discussions.

Je dois me donner les outils nécessaires pour intervenir efficacement.

Concrètement, je me plonge dans l’ensemble des enjeux liés à la francophonie. J’ai déjà de bonnes bases, mais il me reste du travail pour bien saisir tous les aspects.

Nous avons aussi des rapports en cours, notamment sur le bilinguisme à la Ville du Grand Sudbury. J’ai commencé à les analyser et je dois approfondir ces recherches pour être en mesure de nourrir les discussions et faire avancer les dossiers.

Quel type de leadership souhaitez-vous incarner?

Un leadership participatif. Je ne crois pas détenir seule les réponses.

Je vais vers les autres, je pose des questions, je cherche à comprendre différents points de vue. L’ACFO, ce n’est pas une seule personne : c’est toute une communauté.

Même à l’interne, je consulte mon équipe. Les décisions se prennent ensemble. C’est important pour moi que plusieurs voix contribuent à construire ce que représente l’ACFO.

Comment attirer les jeunes vers la francophonie?

Je n’ai pas encore toutes les réponses, mais c’est une priorité.

Il faut offrir des activités qui leur parlent, peut-être plus accessibles, parfois gratuites. J’essaie aussi de consulter les jeunes directement pour comprendre leurs attentes.

L’idée, c’est de créer des espaces où ils auront envie de participer en français.

Karine Tellier mise sur la continuité et la relance de dossiers clés, dont le bilinguisme municipal. Photo : Dominique Demers/ONFR

Et les nouveaux arrivants?

Ils font déjà partie de notre organisation, que ce soit comme membres du conseil d’administration, bénévoles ou participants à nos activités.

La francophonie évolue, et ils y contribuent énormément. Il reste du travail pour renforcer les liens avec les organismes culturels et communautaires, mais on y réfléchit avec nos partenaires.

Je veux développer des initiatives, même modestes, pour favoriser leur participation.

L’ACFO doit-elle se renouveler?

Oui, mais sans tout bouleverser.

Il faut garder ce qui fonctionne tout en ajoutant des éléments nouveaux pour attirer d’autres publics. Aujourd’hui, certaines personnes pensent que l’ACFO se limite à des levées de drapeau ou à des banquets, alors que ce n’est pas le cas.

On offre beaucoup de ressources, mais il faut mieux les faire connaître et rendre l’organisation plus attrayante pour une diversité de publics.

Comment se porte l’ACFO financièrement?

Pour l’instant, ça va bien. Nous avions un surplus d’environ 30 000 à 40 000 dollars, même si les bilans finaux ne sont pas encore complétés.

Nous continuons de chercher du financement pour soutenir nos activités et nos services.

Engagée pour la francophonie, Karine Tellier se décrit comme une « cheerleader » du français. Dominique Demers/ONFR

Qu’est-ce qui vous donne espoir pour la francophonie?

La jeunesse, notamment celle du Collège Boréal. Ce sont des francophones d’ici et d’ailleurs, parfois même sans connaissance de l’anglais. Cela crée un besoin réel de services en français.

Je crois aussi beaucoup aux petits gestes du quotidien : demander un service en français, parler français dans les commerces. Ce sont ces actions qui normalisent la langue et encouragent son usage. Ce sont de petites victoires, mais elles font avancer les choses. »


2013 : Membre du comité exécutif du Réseau d’action communautaire de Coniston

2018 : Directrice du markéting, membre de l’équipe de direction, pour le journal Le Voyageur et la radio Le Loup FM

2020 : Conseillère en publicité pour le journal Le Voyageur

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.