Affaires francophones : les ministres passent et des attentes restent
La communauté attend beaucoup de la ministre Kusendova-Bashta. L’augmentation du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) fait notamment consensus, de même que l’application concrète de la modernisation de la Loi sur les services en français. Les besoins sont aussi pressants dans le domaine de la santé, de la petite enfance et de l’immigration.
« On ne veut pas prendre un pas de recul, mais au contraire continuer les avancées déjà entamées », affirme Bobby Bourdeau. Le président de l’ACFO-Ottawa attend en particulier de la ministre des gestes concrets sur le financement des organismes francophones « qui sont là pour défendre les droits de la communauté et assurer des services en français ».
M. Bourdeau est notamment en faveur d’une bonification du Programme d’appui à la francophonie ontarienne, dont le montant stagne depuis 2024. Et il n’est pas le seul. La plupart des intervenants sondés croient qu’il est urgent de commencer par là.
Parmi eux, son homologue de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’Da. Ce dernier ajoute qu’il faut également renforcer l’offre de services en français. « Avoir des droits sur le papier, c’est une chose, les vivre au quotidien en est une autre. Être servi dans sa langue chez le médecin ou devant la justice n’est pas un privilège, mais une question de dignité et de sécurité. Nous attendons que la ministre soit une gardienne rigoureuse de cette offre. »

En entrevue avec ONFR le jour de son assermentation, Mme Kusendova-Bashta a indiqué que la mise en œuvre de la modernisation de la Loi sur les services en français, qui enchâsse entre autres la notion d’offre active, serait une de ses priorités.
Son gouvernement a aussi agi ces derniers mois sur plusieurs fronts comme l’élargissement des services gouvernementaux en français, l’entretien des campus francophones et bilingues ou encore le resserrement du dialogue avec le monde de la culture.
Le leader franco-torontois voudrait aussi une ministre plus interventionniste dans la planification des services publics de la Ville Reine quand cela touche à la francophonie. Il plaide, entre autres, pour une reconnaissance du rôle stratégique de Toronto dans la francophonie.
« La plus grande métropole du Canada devrait jouer un rôle moteur dans le bilinguisme, mais elle ne joue pas ce rôle, dit M. N’Da. C’est une responsabilité de la municipalité, mais aussi de la province. Les deux doivent dialoguer pour ancrer la francophonie dans les habitudes. »
Santé : une expertise à convertir en action
En droite ligne avec la stratégie du gouvernement sur les soins primaires qui a pour objectif de trouver un médecin à chaque Ontarien, « on veut que tous les francophones aient un médecin de famille ou un infirmier praticien qui parle français », réclame légitimement Estelle Duchon, présidente-directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT).
Elle souligne du même souffle l’ampleur des besoins en termes de santé mentale et de services aux aînés. « La langue est un outil de traitement quand on parle de santé mentale. Il faut s’assurer que de tels services sont en place. Même chose pour nos aînés : il faut qu’ils puissent vivre à domicile le mieux possible avec du soutien en français. »

Mme Duchon estime que la ministre Kusendova-Bashta est très bien placée pour répondre à ces enjeux, en tant qu’infirmière et ministre des Soins de longue durée. Daniel Giroux, président du Collège Boréal à Sudbury, le pense aussi.
« L’avantage que nous avons, c’est qu’elle connait extrêmement bien les besoins de la communauté en matière de santé et de soins de longue durée », dit celui qui croit que cela peut accélérer le déblocage de filières de formation pour répondre au besoin de main-d’œuvre dans le secteur.
M. Giroux espère en outre des avancées en matière de petite enfance. « Si nous voulons accroitre la francophonie en Ontario, ça commence dès la petite enfance en encourageant la programmation pour les éducatrices francophones et en réduisant les files d’attente dans les garderies francophones. De l’appui de ce côté-là serait très important. »
Éducation et immigration : deux sources d’inquiétude
Beaucoup attendent aussi de voir si la ministre sera en mesure de sensibiliser, voire influencer ses collègues au gouvernement dans des dossiers qui touchent directement la communauté. C’est le cas de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) qui attend des gestes forts en éducation, alors que les enseignants entament des négociations collectives cruciales.
« La francophonie ontarienne a besoin d’une voix forte à la table du Conseil des ministres », estime Gabrielle Lemieux, présidente de l’organisme. La ministre des Affaires francophones joue un rôle clé pour faire valoir les réalités, les besoins et les priorités des francophones dans l’ensemble des décisions gouvernementales. Une véritable lentille francophone est essentielle afin que les politiques et les programmes tiennent compte des défis particuliers que vivent les communautés francophones en situation minoritaire.

Depuis l’abolition du ministère ontarien de l’Immigration, le ministère des Affaires francophones est repassé en première ligne aux yeux des acteurs en immigration dans la province. La restructuration du programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) suscite des inquiétudes. « On avait un volet francophone qui nous permettait d’attirer pas mal de candidats, rappelle Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone du Centre‑Sud‑Ouest (RIFCSO). On ose espérer qu’elle saura faire preuve de leadership et parler à ses collègues pour que les intérêts des francophones soient sauvegardés, voire améliorés. »
Il souhaite voir les financements de services en établissement plus généreux. « On veut bénéficier de son appui pour avoir des augmentations de services et des budgets qui leur sont octroyés, d’autant qu’on a atteint nos cibles. »
Promouvoir la francophonie en dehors de l’Ontario
Le premier déplacement de Mme Kusendova-Bashta hors de la province, à titre de ministre des Affaires francophones, sera à Winnipeg à la fin du mois à l’occasion du Conseil des ministres de la francophonie canadienne. Sa présence au Sommet de la francophonie à Phnom Penh, en novembre prochain, n’est en revanche pas encore confirmée.
Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) espère qu’elle y sera pour porter la voix des Franco-Ontariens, de même qu’il souhaite que « la nouvelle ministre continue à soutenir l’écosystème d’affaires qui se structure de plus en plus en Ontario, parce qu’à terme la vitalité francophone repose sur une économie forte. » C’est sous l’égide de sa prédécesseure, la ministre Mulroney, que la FGA avait été lancée.