Des participants de la région de York échangent avec Peter Hominuk, président de l'AFO. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Société

Les états généraux de l’Ontario français suscitent un flot de revendications en région

Des participants de la région de York échangent avec Peter Hominuk, président de l'AFO. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

AURORA – Plus de services en français, plus de visibilité, plus de collaboration, plus d’événements culturels, plus! plus! plus!… Le premier atelier des états généraux de l’Ontario français a mis en lumière une vague de besoins et fait réfléchir à quelques solutions issues du terrain. Cet exercice se répètera dans plus d’une vingtaine de communautés durant le printemps à travers la province.

Au cours d’un remue-méninge qui aura duré près de trois heures, les idées ont fusé mercredi soir à Aurora, fief de l’Association des francophones de la région de York (AFRY), un exercice répété le lendemain à Penetenguishene et ce vendredi à Windsor.

Des préoccupations constantes sont revenues sur la table comme l’exaspération de ne pas obtenir de services gouvernementaux dans des régions pourtant désignées sous la Loi sur les services en français (LSF). Un participant a suggéré à une table que « l’excuse de l’employé malade le jour où on se rend au guichet » ne soit plus acceptée et que la loi soit généralisée à toute la province.

Un autre a proposé que les municipalités, qui échappent à toute réglementation linguistique, fassent des efforts sur leurs propres services qui touchent au quotidien des administrés, ainsi que dans leurs communications. Dans ces institutions, l’offre de service ne tient souvent qu’à un fil a rappelé un résident : « on tombe parfois par hasard sur un employé bilingue qui tient au français et connait la communauté, mais son départ suffit à ce que le château de cartes s’effondre. »

Nolwenn Beschemin, résidente de Richmond Hill. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Pour Nolwenn Beschemin, il faudrait d’abord s’assurer que, dans la plupart des services, il y ait une personne-ressource et une plage dédiée aux francophones. Cette résidente de Richmond Hill – une ville non désignée en vertu de la LSF – s’est vue refuser son contrat de travail rédigé en français comme pièce justificative nécessaire à renouveler sa carte santé. « J’ai dû faire traduire mon contrat pour que cela soit accepté alors que le français est une langue officielle. C’est problématique. »

La recherche d’emploi a également vivement capté l’attention de certains participants s’estimant livrés à eux-mêmes quand ils immigrent en Ontario. Le manque de reconnaissance des employeurs pour leur personnel bilingue était aussi sur de nombreuses lèvres dans un remue-méninge animé. Comment encourager le bilinguisme dans la société si les entreprises publiques et privées ne valorisent pas les compétences linguistiques de leurs collaborateurs?

Équivalence des diplômes sur la table

Dans cet exercice de réflexion initié par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), certains ont soulevé le problème récurrent de rigidité dans l’équivalence des diplômes. « On manque de ressources humaines pour combler des postes et offrir des services en français, surtout dans le domaine de la santé, s’inquiète Oureye Seck, résidente de Scarborough qui a fait le déplacement à Aurora.

« Nos médecins francophones, on les compte. Nos infirmières, on les compte. On a besoin de mettre l’accent sur la formation des professionnels qui vont livrer ces services », dit-elle, réclamant « des assouplissements du système en matière d’équivalence des diplômes, pour que ces gens ne refassent pas le parcours du combattant pour valider un document. On doit travailler main dans la main avec les gouvernements pour identifier ces failles et y remédier. »

Oureye Seck, résidente de Scarborough. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Les enjeux liés à l’immigration, la cohésion de la communauté, la santé et l’éducation ont resurgi, comme la peur aussi de voir ses enfants perdre leur langue maternelle, faute d’un réel cadre de vie en français, a également été évoquée.

La répartition des subventions existantes a été abordée à une autre table. En filigrane : c’est le constat d’un grand nombre d’organismes comparé à une offre réelle de services en français plutôt maigre en bout de ligne.

Laurent Sorrentino, résident d’Aurora. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

« Ce qui me frappe le plus, c’est la façon dont sont gérés les financements aux organismes », confie Laurent Sorrentino. Cet infirmier d’Aurora s’interroge : « Où va tout cet argent? J’ai l’impression qu’il y a énormément d’organismes et peu de services. Il vaudrait mieux réduire la quantité et gagner en qualité. »

Et de regretter l’absence de services d’emploi, de services juridiques et la limitation de l’aide à l’installation pour les nouveaux arrivants dans la région de York, alors qu’à côté Toronto est bien mieux doté.

Des inégalités d’accès aux services en français

Sur les bouts de table, les formulaires se remplissent d’encre noire. Au sein de chaque petit groupe, on échange, on s’écoute, on se contredit, on se convainc, on tombe d’accord, on change d’opinion… « Il y a peut-être de bonnes pratiques à dupliquer » gribouille l’un. « On a besoin de plus se parler, se coordonner », rédige l’autre.

Zakaria Belhaj, nouvel arrivant à Aurora. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Selon Zakaria Belhaj, nouvel arrivant en provenance du Maroc, « la communauté doit être plus visible et on devrait savoir, avant même d’arriver en Ontario, qu’il existe des écoles et une vie en français ici. »

Cet effort doit être fait par les ambassades par exemple, mais aussi les communautés. « Au sein des Marocains de Toronto, les gens ne savent pas qu’il y a des écoles 100 % francophones en Ontario. Le temps d’avoir cette information, leurs enfants scolarisés depuis plusieurs années deviennent des anglophones. »

L’AFO et son directeur général, Peter Hominuk, poursuivent leur tournée dans les prochains jours dans le Sud-Ouest ontarien, avant de basculer dans l’Est en milieu de semaine prochaine. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« On va collecter toutes ces attentes et en faire un livre blanc »
— Peter Hominuk, directeur général de l’AFO

« On va collecter toutes ces attentes et en faire un livre blanc clair avec lequel on va aller voir le gouvernement et lui dire ce que la communauté veut avec des structures qui permettront que ça va se passer », a rappelé Peter Hominuk, directeur général de l’AFO, dont l’organisation tentera d’influencer les décideurs politiques en vue d’importants investissements à partir de 2028.

Les états généraux se poursuivent jusqu’au mois de juin, avec entre autres un passage à Windsor ce vendredi soir, Chatham-Kent dimanche et Sarnia lundi, London mardi et Mississauga mercredi, avant de faire route vers l’Est ontarien.