Des étudiants au Collège militaire royal (CMR) à Kingston, en Ontario. Photos : Affaires publiques du CMR.
Politique

L’anglais comme langue de travail au CMR de Kingston : une décision insensée, selon le ministre de la Défense

Des étudiants au Collège militaire royal (CMR) à Kingston, en Ontario. Photos : Affaires publiques du CMR.

La décision du Collège militaire royal (CMR) de Kingston de désigner l’anglais comme langue de travail principale au sein de l’administration ne fait pas de sens, selon le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Le CMR déclare de son côté qu’il n’avait pas le choix de procéder ainsi, devant se conformer à une nouvelle directive fédérale, tout en maintenant que « son engagement en faveur de la promotion du bilinguisme reste inchangé ».

La semaine dernière, dans une note envoyée aux membres de la communauté, le Collège a annoncé que l’anglais serait désormais la langue de travail au sein de l’administration, mettant ainsi le français de côté. Le ministre de la Défense a indiqué mardi qu’il n’était « pas au courant de cette proposition » du CMR de Kingston, lui qui revient d’un voyage de trois jours au Moyen-Orient.

« C’est quelque chose que vous me révélez, mais c’est une question (la décision du CMR), selon moi, qui n’a pas de sens », a réagi David McGuinty en conférence de presse lorsque nous l’avons questionné à ce sujet.

« Comme chancelier de l’université, je peux vous assurer que le Collège et le système d’éducation sont un système bilingue au Canada pour les Forces armées canadiennes », a soutenu celui qui, à titre de ministre de la Défense, est de facto le chancelier des deux collèges militaires royaux du Canada (Kingston et Saint-Jean).

La missive envoyée par le brigadier-général et commandant du CMR, Pascal Godbout, stipule notamment que « l’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux seront menés principalement en anglais » et que « l’information essentielle doit être disponible en anglais ».

Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.

Le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Crédit image : Twitter David McGuinty

Pas une décision locale, selon le CMR

Le CMR nous a indiqué qu’il ne s’agissait pas de sa décision et qu’il se devait de se conformer aux nouvelles directives de la Défense nationale. En janvier 2025, les désignations linguistiques des différentes unités militaires et administratives ont été annulées par le ministère pour faire place à de nouvelles directives reliées à la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023.

« Il ne s’agit pas d’une décision locale. Le CMR est un établissement militaire relevant du gouvernement fédéral et est tenu de se conformer à toutes les lois et politiques applicables en matière de langues officielles », explique Joël Breton, officier des affaires publiques au CMR.

Le Collège assure que « son engagement en faveur de la promotion du bilinguisme reste inchangé », tout comme l’enseignement et la formation aux élèves, le service au public et aux membres des Forces armées canadiennes (FAC) en anglais et en français.

« Le Collège n’est pas unilingue (…) Le bilinguisme reste un élément central de la formation des officiers au CMR et une compétence essentielle en matière de leadership au sein des FAC », soutient M. Breton.

Une plainte au Commissariat aux langues officielles

Ce nouveau changement au sein de l’institution militaire à Kingston a été qualifié de « préoccupant » par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), appelant le collège à « maintenir un haut niveau de bilinguisme institutionnel indépendamment des minimums administratifs applicables ». La directive envoyée aux employés souligne que cette nouveauté est due au fait que le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme étant anglophone.

« Le Collège militaire royal n’est pas une institution comme les autres. Il s’agit d’une institution nationale qui forme la relève militaire et les futurs leaders du pays. À ce titre, le bilinguisme ne devrait pas être perçu comme une contrainte administrative, mais comme une composante essentielle de l’identité et du leadership canadiens », a réagi par communiqué le vice-président de l’AFO, Luc Amoussou.

Appelée à réagir, la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, a indiqué qu’elle ne pouvait commenter directement, car une plainte, présentement en cours d’analyse, a été déposée au Commissariat.

« Je demeure toutefois fermement engagée à veiller à l’égalité du français et de l’anglais au sein des institutions fédérales, à soutenir les communautés de langue officielle en situation minoritaire et d’intervenir auprès des institutions fédérales afin qu’elles se conforment à la Loi sur les langues officielles », nous a-t-elle indiqué.

La semaine dernière, le lieutenant du Québec pour le Parti conservateur et ancien militaire, Pierre-Paul Hus, avait soutenu que la nouvelle directive « constitue un simulacre de protection du français et de respect des langues officielles ».