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À la veille du grand débrayage, le « plan B » des parents pour s’organiser

Temps de lecture : 4 minutes

Anticiper, préparer et faire autrement… À la veille de la fermeture complète des écoles francophones en raison de la journée de débrayage, les parents doivent changer leurs habitudes. La mission peu ordinaire pour un jour de semaine : la garde des enfants.

90 piquetages de grève dans toute la province, six au total à Ottawa, c’est avec cette réalité que devra composer Stephen MacDonald demain. Mais pas de panique pour ce père de deux enfants scolarisés à École élémentaire catholique Saint-François-d’Assise dans l’Ouest d’Ottawa.

« Heureusement, on a beaucoup de famille en région. Nos enfants vont passer le temps avec les grands-parents. Pour le moment, mon employeur et celui de ma conjointe sont compréhensifs, mais on économise nos journées familiales et de vacances. En prévision de plusieurs journées de débrayage, c’est plus judicieux ! »

Apporte-t-il son soutien aux enseignants ? « Oui, largement, l’éducation, c’est la pierre angulaire de notre société ! Sans écoles de langue française, les enfants francophones dans l’Ouest de la ville auraient moins d’exposure au français que d’habitude. Beaucoup de la programmation francophone comme les leçons de piano, les camps de journée pédagogique, passent par ces écoles. »

Stephen MacDonald, un parent d’élèves. Source : Facebook

200 kilomètres plus loin à Kingston, Sandra Poulin, assistante administrative, se prépare elle-aussi à une journée inédite.

« Je vais être obligée de travailler de la maison avec des heures allégées. Deux de mes enfants sont ados et peuvent s’occuper, mais le plus jeune a neuf ans. Ça reste difficile de coordonner tout ça. Ça a un impact sur nous et notre travail. Mon employeur se montre compréhensif, mais la question se poserait autrement si j’étais infirmière ou médecin. »

Et de poursuivre : « Les cours en lignes proposés par le gouvernement de Doug Ford ne sont pas une solution. Cela aurait un gros impact sur nos enfants ! Oui, on soutient les enseignants ! »

Au centre-ville de Toronto, Magali Bouhours, mère de quatre enfants, a dû aussi revoir son emploi du temps pour la journée de demain.

« On a une nounou [une gardienne d’enfants] qui garde les enfants du matin au soir. Financièrement, ça tire un peu… Il suffit de demander à une nounou, mais si elle n’est pas dispo, il faut prendre un jour de congé. »

Le soutien des enseignants, lequel équivaudrait à 57 % des Ontariens contre seulement 30 % le gouvernement selon un sondage Ekos Research publié en janvier, favoriserait la compréhension des employeurs.

« La directrice à mon travail m’a dit qu’elle me laisserait travailler à distance sans problème (…) Je soutiens de toute manière les enseignants. Nous avons besoin d’un nombre approprié d’enseignants pour répondre aux besoins des enfants en difficulté. »

« Au Québec, mes enfants étaient des numéros »

Autre cas : non loin de Toronto, à Woodstock. Arrivée en septembre dans cette ville du Sud de la province, Mélanie Lessard a inscrit ses enfants dans le système scolaire francophone dont elle plébiscite la qualité et le niveau.

« Au Québec, mes enfants étaient des numéros, on n’avait pas de services », confie cette native de Sherbrooke.

« Ici, les classes sont plus petites, les enseignants connaissent les prénoms des élèves et prennent en compte leurs besoins spécifiques. »

Mélanie Lessard réside à Woodstock. Gracieuseté

Pour cette mère au foyer, il est impensable de remettre en cause cette qualité d’enseignement. Elle a donc décidé d’aller manifester demain aux côtés des enseignants sur un piquet de grève, accompagnée de ses deux enfants, scolarisés en 5e et 7e année.

« La plupart des élèves pensent que c’est une journée de congé, que c’est le fun. Mais non, c’est une journée de combat pour les enseignants et l’avenir de nos enfants. Je veux que les miens comprennent pourquoi il y a grève et pourquoi c’est important de ne pas laisser les enseignants seuls dans leur coin. »

« Dans les petites communautés (…) plus facile »

À Kapuskasing, Tania Isabelle a deux enfants, dont un qui fréquente actuellement l’école élémentaire à Kapuskasing. Toutefois, elle peut compter sur sa famille pour l’aider à prendre soin des petits ce jeudi alors qu’elle travaille pour la municipalité.

« Je suis vraiment privilégiée d’avoir l’aide de mes parents pour la garde », explique-t-elle. « Dans les petites communautés où tout le monde connaît tout le monde, ce genre de chose est plus facile. »

Avec un troisième enfant attendu dans les prochains mois, elle se sent particulièrement concernée par l’avenir du système d’éducation publique et elle appuie les enseignants dans leur démarche.

« Lorsqu’on a trois enfants, les chances sont qu’au moins un d’entre eux ait recours à des services spécialisés que M. Ford tente de couper », raisonne-t-elle.

« L’impact des coupures sur l’avenir de mes enfants est bien plus important que quelques contretemps à court terme. »

Pour démontrer cet appui, elle invite les parents de Kapuskasing à venir avec elle encourager les enseignants sur la ligne de piquetage ce jeudi.

« Avec toutes les coupures, c’est notre devoir en tant que parent de défendre les droits de nos enfants », note la mère de famille. « Après tout, les enseignants et le personnel de soutien se battent pour le bien-être de nos enfants. »

Article écrit avec la collaboration de Rudy Chabannes et Didier Pilon

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