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Accueil mitigé des Franco-Ontariens envers la réforme en éducation

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – La ministre de l’Éducation Lisa Thompson a annoncé, ce vendredi matin, la très attendue réforme de son gouvernement en matière d’éducation. Une réforme qui divise les intervenants franco-ontariens qui attendent d’en mieux connaître les détails.

« Il s’agit d’un plan pour remettre l’éducation sur les rails », a lancé la ministre Thompson, précisant que 72 000 étudiants, parents, professeurs et organismes ont participé à la consultation qui a mené aux changements annoncés.

Plusieurs informations avaient filtré ces derniers jours sur les intentions du gouvernement. Ainsi, la ministre a confirmé l’interdiction du cellulaire dans les salles de classe sauf à des fins éducatives, la mise en place d’une nouvelle stratégie en mathématique et celle d’un nouveau curriculum d’éducation sexuelle, avec une possibilité pour les parents d’en dispenser leurs enfants.

« Je suis content de voir que sur l’utilisation du cellulaire, le gouvernement nous a écoutés en n’interdisant pas l’usage des cellulaires à des fins pédagogiques », commente le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis Chartrand, qui estime toutefois qu’il reste encore beaucoup de détails à connaître.

« La ministre a annoncé la direction qu’elle veut prendre. Elle a reconnu que le système se porte bien et elle veut l’améliorer. Nous ne sommes jamais contre ça et on va vouloir s’asseoir avec le ministère de l’Éducation pour en savoir davantage, notamment quant à la mise en œuvre des mesures annoncées. »  

Le président de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin, salue lui aussi certaines des annonces, mais en relativise la portée.

« Beaucoup de ces mesures sont déjà en place dans les écoles, comme sur l’utilisation du cellulaire. D’autres, comme la littératie financière, étaient déjà dans le collimateur. »

Baisse du financement

Mais pour le président de l’AEFO, ces mesures cachent le véritable enjeu : « l’introduction de changements modestes dans le financement de l’éducation », telle qu’indiquée par le gouvernement progressiste-conservateur.

« Nous n’avons pas tous les détails, mais quand le gouvernement parle de modernisation, nous y voyons un code pour « diminution des investissements en éducation », alors qu’il y a de plus en plus de besoins et que ceux-ci sont de plus en plus complexes. »

Le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) Jean Lemay, se montre plus optimiste, même s’il attend encore davantage de détails pour connaître les
impacts possibles sur le système d’éducation en langue française.

« C’est sûr qu’il y aura moins d’argent, mais on nous donne quatre ans pour nous réajuster. Nous devons encore avoir des discussions avec le ministère et rien n’est coulé dans le béton. Et puis, comme nos écoles sont continuellement en croissance, on espère que cela va contrer les effets. »

Car le message de la ministre s’adressait surtout à la majorité, remarque M. Chartrand.

« Elle n’a pas fait la distinction entre écoles francophones et anglophones. Leurs réalités sont bien différentes et on va vouloir savoir comment les changements vont nous affecter particulièrement. »

Plus d’élèves dans les classes

Le gouvernement a aussi confirmé une augmentation du nombre d’élèves dans les salles de classe au niveau intermédiaire, avec un élève de plus par classe, et au niveau secondaire, où les classes passeront de 22 à 28 élèves. Le président de l’AEFO craint l’impact de cette décision.

« Ajouter un élève par classe au niveau élémentaire veut dire qu’on risque de se retrouver avec plus de salles doubles ou triples. Au niveau secondaire, on parle d’une augmentation de 21 % ! », fustige-t-il.

Si le gouvernement base son financement sur des classes à 28 élèves, explique-t-il, cela pourrait avoir un effet négatif sur l’offre de cours.

« Ce sera encore plus vrai dans nos écoles en milieu rural où, pour certains cours facultatifs, comme la technologie ou l’espagnol, il y a entre 15 et 20 élèves, parfois moins mêmes. Nous sommes en compétition avec les écoles anglophones et celles-ci ayant plus d’élèves seront moins affectées par cette réalité et pourront continuer à offrir une variété de cours. »

Mais là encore, M. Lemay ne fait pas la même lecture.

« Il s’agira d’une moyenne pour chaque conseil scolaire, ça va donc s’équilibrer entre les écoles. »

Son homologue des conseils publics est moins catégorique.

« Ça fait partie des détails dont nous devons discuter. On veut voir comment cela va se passer, sachant que certaines de nos écoles ont des classes plus petites. Il est certain qu’on va vouloir rencontrer la ministre Thompson et travailler avec elle pour faire valoir la spécificité des écoles de langue française. »

Pertes d’emplois ?

Si la ministre de l’Éducation a assuré qu’aucun enseignant ne perdra son poste avec les changements annoncés et que « tous les postes seront comblés, notamment pour les cours de français », l’AEFO évalue à 300 postes qui pourraient disparaître dans les quatre prochaines années.

« Les gens qui partiront à la retraite ne seront tout simplement pas remplacés », croit-il.

Du côté de l’AFOCSC, on tempère cette inquiétude.

« On nous dit que les enseignants qui partent à la retraite ne pourront pas être remplacés. C’est sûr qu’il va falloir s’ajuster. Mais si nos nombres le justifient, nous pourrons embaucher. »

Cet article a été mis à jour le vendredi 15 mars à 14h22.

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