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AFO: Pablo Mhanna-Sandoval veut déloger Carol Jolin

Pablo Mhanna-Sandoval, ancien président de la FESFO.Archives #ONfr

OTTAWA – L’un des porte-paroles les plus en vue de la jeunesse franco-ontarienne, Pablo Mhanna-Sandoval, veut devenir président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et ainsi déloger Carol Jolin, qui tentera d’obtenir un second mandat le 28 octobre prochain. Ce candidat surprise espère un combat d’idées qui permettra de parler des problèmes qui touchent la population francophone et des solutions à privilégier.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

31 mai 2017. Un millier de citoyens prennent la rue pour exiger la désignation bilingue de la Ville d’Ottawa. Pablo Mhanna-Sandoval, alors président élu de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), prend le micro.

«Laissez-moi vous dire que le maire Watson et le conseil municipal, ils ont peur. Ils ont peur du bilinguisme officiel, ils ont peur de rouvrir un débat qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner. Ils ont peur de nous, la jeunesse franco-ontarienne!», crie-t-il, dans un moment qui a fait connaître le jeune leader à bien des Franco-Ontariens.

Il se dit aujourd’hui habité par cette même fougue. «C’est l’énergie de la communauté qui est sortie en masse cette journée-là. La politique est un jeu pour déterminer comment on peut activer les personnes qui ont des convictions. La marche pour Ottawa bilingue était un triomphe, on a pris notre place en groupe. Comme président de l’AFO, c’est ce que je veux faire: activer nos membres, les accompagner et insuffler cette énergie», confie-t-il, lors d’une entrevue avec #ONfr.

Plusieurs enjeux le préoccupent et il compte apporter une vision nouvelle pour les faire avancer. «Le plan stratégique de 2020-2025 est une excellente base. Mais comment on doit lui donner vie, c’est ce qui me différencie. La modernisation de la Loi sur les services en français, ça tarde. Il faut commencer le processus.  L’Université de l’Ontario français, on a mis tellement d’efforts dans ce projet, il faut s’assurer que le projet ait un échéancier concret. L’immigration francophone, on n’a jamais pu atteindre notre cible de 5 %. Il faut repenser aux approches», croit-il.

S’il refuse de critiquer le président sortant de l’AFO, Pablo Mhanna-Sandoval répète à plusieurs reprises une idée. «Je crois à la concertation. Je crois que les mouvements politiques viennent de la base, c’est ce qui me caractérise. Un mouvement de bas en haut. […] L’AFO doit devenir la championne de chacun de nos membres et non un parapluie qui tente trop de faire les choses tout seul», lance-t-il.

Son expérience, il l’a obtenu comme président de la FESFO, mais aussi à faire du lobbying auprès des différents paliers de gouvernement, à participer à des consultations et à développer des stratégies pour faire avancer des projets franco-ontariens, insiste-t-il.

 

Insécurité linguistique et minorités raciales

Il veut en faire plus sur le sujet de l’insécurité linguistique. «Le sujet n’a pas pu prendre sa pleine place au sein de l’organisme. Comment retenir nos jeunes si on leur rappelle constamment que leur français est illégitime? Qu’il ne vaut pas d’être parlé? C’est très dommage. La FESFO a fait de l’excellent travail, l’AFO doit appuyer les organismes membres et amplifier leur travail», croit-il.

Au cours des derniers mois, l’AFO a mené des consultations auprès des minorités raciales. L’organisme a été la cible des colères de bien des participants. Il dit être sensible à leurs difficultés: «Je suis né en 2000, à Montréal, d’une mère chilienne et d’un père syrien, j’ai déménagé en Ontario à 9 ans. J’ai trouvé ma place et une communauté merveilleuse grâce à la FESFO, la communauté franco-ontarienne. Mais ce n’est pas tout le monde qui a ce sentiment. Je veux un dialogue en permanence avec ces communautés.»

S’il prenait les rênes de l’AFO, il se dit persuadé de pouvoir travailler avec le gouvernement de Doug Ford. «Il y a beaucoup de terrains communs. Je crois pouvoir être efficace en matière de représentation. Doug Ford a des motivations, des convictions, qui ont le potentiel d’être compatibles avec la communauté franco-ontarienne», dit-il.

Pablo Mhanna-Sandoval lors d’un rassemblement politique. Archives #ONfr

 

Voir plus loin que sa jeunesse

Celui qui a été l’un des visages de la lutte pour la création d’une nouvelle université de langue française en Ontario étudie aujourd’hui dans une université… anglophone. Ne s’agit-il pas d’une contradiction avec le discours qu’il porte?

«C’est représentatif de la situation qu’on vit. J’ai constaté que mon programme de baccalauréat était offert dans un meilleur format en anglais à l’Université Carleton. C’est le constat que j’ai fait et j’ai sacrifié ma capacité d’étudier en français pour un programme qui, je crois, va me donner de meilleures chances d’emplois. C’est le sacrifice que font plusieurs jeunes Franco-Ontariens, chaque année. C’est une crise. Cela montre encore davantage la pertinence de l’Université de l’Ontario français», insiste-t-il.

S’il n’a que 18 ans, il ne croit pas que cela doit l’empêcher de pouvoir espérer diriger l’AFO. «J’espère montrer que j’ai beaucoup plus à offrir que ma jeunesse. C’est un atout et j’ai une riche expérience. Les gens sont heureux de voir la relève en action. Ma candidature répond à cela. J’invite les gens à écouter ma proposition, accueillir ma vision et faire leur choix ensuite», espère-t-il.

Pablo Mhanna-Sandoval admet espérer un échange d’idées grâce à sa candidature au cours des prochains jours et lors du congrès de l’AFO, dès le 25 octobre. Mais il souhaite réellement accéder à la tête de l’organisme. «Je suis heureux que ma candidature puisse créer un dialogue, mais je me présente aussi pour gagner», lance-t-il.

 

Autres postes à pourvoir

Il s’agit en tout cas de le première fois où l’AFO choisira son président avec une élection depuis 2010. Denis Vaillancourt avait été réélu par acclamation en 2013, tandis que son successeur, Carol Jolin, n’avait pas eu besoin de sortir les pancartes pour sa première élection en 2016.

Toujours est-il que plusieurs postes sont aussi à pourvoir au sein du Conseil d’administration de l’AFO. Le départ de Rym Ben Berrah laisse ainsi le siège vacant dans la région Est. Quatre candidats sont ici en lice: Najat Ghannou, Ajà Besler, Cameron Montgomery et Marie-France Paquette.

Un autre départ, celui de Réjean Grenier, pour la région Nord-Est, ouvre la voie à une course à deux entre Isabelle Charbonneau et Alexi Breton.

Certains membres du conseil sont d’ores et déjà élus par acclamation. C’est le cas d’Éric Marcotte pour le secteur «jeunesse» et Claudette Gleeson pour le Nord-Ouest.

 

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois, le 15 octobre à 17h35

 

 


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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.