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Aide fédérale aux médias : le casse-tête des critères d’admissibilité

TORONTO – Un fonds fédéral de 4,5 millions de dollars tend les bras aux journaux et radios en milieu linguistique minoritaire pour financer des stages. Ses critères exigeants demeurent cependant un obstacle pour la majorité d’entre eux.

En ces temps de disette publicitaire, pour maintenir la tête hors de l’eau, les médias communautaires s’accrochent à la moindre bouée. Celle lancée par le ministère du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie dans son Plan d’action 2018-2023 pour les langues officielles, à l’automne dernier, ne connaît pourtant pas le succès attendu. 

Seulement quatre stages ont été alloués depuis le début de l’année contre 58 l’année dernière. Le programme prévoit un objectif global de 100 stages de quatre à 12 mois jusqu’en 2020. En cause : une liste de conditions jugées drastiques et irréalistes par les éditeurs.

Pour étoffer leur rédaction, les journaux communautaires ont en effet plusieurs impératifs, notamment de trouver un candidat de moins de 30 ans, diplômé depuis moins de deux ans, non bénéficiaire de l’assurance-emploi pendant la durée du stage et ayant un statut de résident permanent, citoyen ou réfugié. Le dispositif exclut donc les détenteurs de permis de travail temporaires.

Des conditions trop restrictives

« C’est très compliqué », estime Denis Poirier, éditeur dans le Centre-Sud-Ouest ontarien. « On aurait besoin d’une personne capable de nous aider, mais les critères sont pointus. Trouver un finissant issu d’une filière en journalisme ou en communication qui maîtrise l’anglais et le français est mission impossible. Si on était proche de la frontière québécoise, on pourrait peut-être attirer des candidats, mais ce n’est pas le cas. »

L’éditeur de quatre hebdomadaires, dont Le Métropolitain de Toronto, a pourtant eu accès à un bassin de candidats en ligne mis à disposition par Jeunesse Canada au travail, l’organisme de prestation gestionnaire du programme. « On a trouvé qu’un seul candidat en ligne, mais il n’était pas prêt à se déplacer », ajoute-t-il. « C’est un vrai dilemme : on a un poste de stagiaire qui a été approuvé, mais pas de candidat. »

Ce constat est partagé par de nombreux professionnels du secteur. « Le gouvernement ne nous a pas consultés avant », déplore Linda Lauzon, directrice générale de l’Association de la presse francophone (APF). Son organisation représente 18 journaux francophones en milieu minoritaire, dans tout le pays.

« Ce programme n’est pas adapté aux réalités », selon elle. Malgré la prise en charge du transport, « peu de candidats sont prêts aller à Shédiac dans le Nouveau-Brunswick ou dans d’autres rédactions éloignées. Alors si en plus, on impose des critères aussi rigoureux, ça réduit considérablement les chances de recrutement. »

« L’attribution de ces stages répond à une demande exprimée par le Consortium des médias minoritaires – qui regroupe l’APF, l’Alliance des radios communautaire du Canada (ARC), le Quebec Community Newspapers Association (QCNA), le English-Language Arts Network (ELAN) – et en consultation avec celui-ci », rétorque le cabinet de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly.

« Le Plan comporte aussi un nouveau Fonds d’appui stratégique aux médias minoritaires de 10 millions de dollars pour des projets stratégiques », rappelle Jérémy Ghio, porte-parole de la ministre. « Les paramètres de ce fonds font aussi l’objet de discussions étroites avec le Consortium », assure-t-il.

Même constat dans les radios

Les radios communautaires rencontrent les mêmes difficultés, relate François Côté. Le directeur général de l’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC) ne se fait aucune illusion sur un éventuel assouplissement des règles. « Ce programme de stage aide les diplômés récents à acquérir des compétences professionnelles. Modifier les critères reviendrait à retirer le programme à Jeunesse Canada au travail dont le mandat est d’aider les jeunes. »

Pour M. Côté, « cette clientèle de jeunes diplômés ne répond pas entièrement à la problématique des médias mais, comme le programme était déjà en place, cela permettait de démarrer rapidement les premiers stages et répondait en partie à l’urgence du moment. Si ce n’était pas le meilleur moyen, c’était le plus rapide. »

Dans les radios comme dans les journaux, tous partagent la même conviction : le média communautaire est un tremplin vers les médias « dominants ». Nombre d’entre eux l’ont compris et investissent régulièrement les collèges et universités pour réaliser des présentations et convaincre les finissants.

« C’est la meilleure école pour parfaire son apprentissage, comprendre comment ça fonctionne, en touchant à tout, avec beaucoup de largesse et de responsabilités », abonde M. Côté.

Reste à trouver le bon modèle économique et surtout l’oreille attentive du gouvernement pour sortir de façon concertée et constructive de la spirale de l’urgence.

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