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Alupa Clarke, les langues officielles en héritage

Le porte-parole aux langues officielles pour le Parti conservateur du Canada (PCC), Alupa Clarke. Crédit photo: Benjamin Vachet

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

Nouvellement nommé porte-parole aux langues officielles pour le Parti conservateur du Canada (PCC), le député de Beauport-Limoilou, Alupa Clarke, voit le choix d’Andrew Scheer comme la continuité logique de son parcours personnel.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Vous avez récemment succédé à Sylvie Boucher comme critique aux langues officielles pour le Parti conservateur du Canada. Est-ce que la décision de votre chef, Andrew Scheer, vous a surpris?

Je vais tout de suite rectifier un anglicisme: porte-parole, et non pas «critique». Il faut que j’applique mon rôle! (Il rigole) Notre chef, Andrew Scheer, a une sensibilité vis-à-vis de ses députés et de leur expérience de vie. Mon père est un anglophone de Vancouver, ma mère une francophone de Beauport [dans la région de Québec]. De 2 à 11 ans, j’ai grandi au Nouveau-Brunswick, dans la péninsule acadienne, à Shippagan. Ma mère a été professeure à l’Université de Moncton et mon père, l’un des premiers anglophones à siéger sur un des conseils régionaux de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Compte tenu de mon parcours personnel, je pense que ce portefeuille me sied à merveille.

Quel souvenir gardez-vous de cette enfance partagée entre un père anglophone et une mère francophone?

En fait, je n’ai pas vraiment grandi dans une famille bilingue. J’ai dû apprendre l’anglais au secondaire, ce qui fait qu’aujourd’hui j’ai un gros accent (il rigole). Mon père avait choisi de traverser le pays pour venir s’installer au Québec dans les années 70 afin de sauver le Canada de la montée du mouvement souverainiste. Il considérait que le pays manquait de francophones et que s’il y en avait autant que d’anglophones au Canada, on ne se poserait plus la question du bilinguisme, ça deviendrait juste naturel. Il a voulu appliquer ses principes et ne nous parlait jamais en anglais.

Quel rôle votre expérience de vie au Nouveau-Brunswick a joué sur votre vision de la francophonie et des langues officielles?

J’étais jeune… Mais je me souviens d’avoir entendu des gens regretter que le Québec ne participe plus à la francophonie canadienne. Et j’ai lu ça ensuite, que le Québec, avec son projet de souveraineté, s’était replié sur lui-même et avait délaissé les communautés francophones du Canada. La réalité, c’est que le Québec est le bastion de la francophonie canadienne. Il a le pouvoir, les ressources et les compétences pour protéger le fait français au Canada. Aujourd’hui, je pense qu’avec le premier ministre Philippe Couillard, le Québec peut et doit reprendre son rôle de chef de file dans la promotion du fait français. Le Québec est le garant du peuple fondateur francophone et c’est pour ça qu’il doit rester dans le Canada. Parce que je pense que sans le Québec, le Canada n’existerait pas.

Alupa Clarke à la Chambre des communes. Crédit photo: gracieuseté

Pourquoi est-ce que vous vous êtes lancé en politique?

Ma mère est sociologue, mon père est historien. À la maison, on a toujours beaucoup parlé d’enjeux sociaux, économiques et politiques. L’idée de me lancer en politique m’est venue quand je vivais dans les États fédérés de Micronésie, durant mon adolescence. J’avais un peu le mal du pays. Un jour, un professeur nous a demandé ce qu’on voudrait faire plus tard. J’ai dit que je voulais servir les Canadiens et siéger à la Chambre des communes. Cette idée ne m’a jamais plus quitté. Quand je suis revenu vivre au Canada, j’ai vécu quatre ans à Montréal et travaillais dans la restauration. Je parlais toujours de politique. Je me suis rendu compte que je voulais vraiment aller plus loin là-dedans, j’ai donc décidé de retourner aux études, au CÉGEP du Vieux-Montréal, où j’étais sans doute un des rares hommes de droite (il rigole). J’ai ensuite poursuivi mes études en science politique à l’Université Laval, à Québec.

Pendant vos études, vous avez également été actif au sein du Parti conservateur du Canada. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce parti?

Je pense que mon expérience en Micronésie m’a influencé, car c’est un endroit où les gens sont très attachés à leurs coutumes et à leurs traditions. Quand M. Harper est devenu le chef du Parti conservateur du Canada, son discours m’a interpelé. Il a ramené une fierté par rapport aux années noires de Jean Chrétien vis-à-vis de la défense nationale, en réinvestissant dans nos femmes et nos hommes en uniforme. C’était quelqu’un qui n’avait pas peur de défendre nos traditions, comme celle des deux peuples fondateurs. Je pense que dans un monde ultralibéral comme le nôtre, ça prend un parti pour faire contrepoids à la volonté perpétuelle de changement, un parti qui défend nos traditions et notre histoire. Je pense que le Parti conservateur est ce parti. Quand on y pense, défendre et préserver la langue française, c’est du conservatisme! Finalement, les langues officielles, c’est un poste très conservateur! (il rigole)

Lorsqu’il était au pouvoir, le Parti conservateur du Canada a été pointé du doigt sur le dossier des langues officielles, certains lui reprochant d’avoir une approche trop économique du dossier. Qu’en pensez-vous?

Je ne sais pas si ces critiques sont fondés, mais si c’est le cas, j’en suis déçu. Toutefois, il faut se souvenir qu’il y a eu sous le gouvernement Harper deux Feuille de route pour les langues officielles avec une enveloppe de 1,1 milliard de dollars. La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly m’a parlé de son plan d’action, j’ai bien hâte de voir les sommes qui y seront consacrées… Il faut aussi ne pas oublier que M. Harper a fait des choses pour les langues officielles qui n’étaient pas toujours liées à l’argent, comme de toujours commencer ses discours en français, peu importe l’endroit où il se trouvait. Cela montre du courage et une sensibilité aux langues officielles. Mais comme député et comme porte-parole, je n’ai pas peur de constater s’il y a des choses que nous n’avons pas faites et que nous aurions dû faire. Et si je le constate, je travaillerais à convaincre mon parti de faire mieux.

Le Parti libéral revendique souvent son statut de parti du bilinguisme, est-ce que ça vous agace?

C’est normal en politique de s’accaparer certaines choses et c’était certainement courageux de faire adopter la Loi sur les langues officielles en 1969. Mais les gens savent que le bilinguisme ne leur appartient pas. Je pense même qu’avec la réforme constitutionnelle de 1982, qui a fait du Canada un pays multiculturel, le Parti libéral a trahi les Canadiens français.

Alupa Clarke à la Chambre des communes. Crédit photo: gracieuseté

Comment jugez-vous le travail du gouvernement en matière de langues officielles?

J’ai vu beaucoup de ministres, parfois même des Québécois, répondre en anglais à une question en français à la Chambre des communes. Je suis surpris que ça ne fasse pas plus de bruit. Si ça avait été nous qui étions au pouvoir, je suis sûr qu’on en aurait plus parlé.

Le Parti libéral a notamment rétabli le Programme de contestation judiciaire qui avait été aboli par le gouvernement de M. Harper. Êtes-vous à l’aise avec cette décision?

Je suis à l’aise avec l’idée d’avoir un programme qui aide les minorités anglophones et francophones à faire entendre leurs causes jusqu’en Cour suprême du Canada. J’étais toutefois favorable à son abolition pour la partie liée aux enjeux sociaux. Le Programme de contestation judiciaire devrait être réservé uniquement aux questions linguistiques. Toutefois, il faut aussi se méfier d’un tel programme, car si on privilégie uniquement l’aspect judiciaire, il y a un risque de délaisser l’espace public. Et les minorités doivent s’assurer de garder une présence forte dans les arènes politiques.

En tant que porte-parole aux langues officielles, quel objectif vous fixez-vous?

D’abord, il va falloir que je fasse mes devoirs, que je me mette à jour sur tous les dossiers, que je connaisse les enjeux et lise tout ce qui concerne les langues officielles. Je veux également rencontrer les groupes francophones et anglophones. Dans la vie, je suis quelqu’un qui ne se prend pas au sérieux, mais qui fait les choses sérieusement! Je me suis familiarisé avec le dossier des Anciens combattants, puis celui des Services publics et Approvisionnement, cela m’a apporté une certaine maturité par rapport à mon travail de parlementaire.

Si vous étiez à la place de Justin Trudeau, quelle serait votre première mesure pour les francophones?

(Il réfléchit) Comme premier ministre, je serais fier d’être francophone et je défendrais mes ministres, s’ils se font taper dessus comme Mme LeBouthillier [la ministre avait été critiquée sur son niveau d’anglais]. Je voudrais aussi ramener à l’ordre du jour les deux peuples fondateurs. Nous, les conservateurs, on ne les oublie pas, mais chez les libéraux, il y a cette volonté d’enterrer ce fondement du Canada. Pour eux, depuis 1982, l’important c’est le multiculturalisme, et à ce titre, les Canadiens français sont juste un groupe parmi d’autres. Je trouve ça ironique d’oublier cette partie de notre histoire, parce que si nous sommes un pays postnational, dans lequel les deux peuples fondateurs n’ont plus prédominance, à quoi bon le plan sur les langues officielles de Mme Joly?»

 

 


LES DATES-CLÉS D’ALUPA CLARKE:

1986: Naissance à Québec

2010: Études en science politique à l’Université Laval

2013: Stage dans le département de la gestion des Enjeux au Bureau du premier ministre Stephen Harper

2015: Élu député fédéral de Beauport-Limoilou

2017: Nommé porte-parole de l’Opposition officielle en matière de Langues officielles et de la Francophonie, et, ministre adjoint du Cabinet fantôme en matière de Commerce international

 

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

 

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.