Réforme de l’éducation : l’inquiétude monte chez les jeunes et les parents
TORONTO – Depuis lundi dernier, la nouvelle loi redéfinissant les priorités du système éducatif ontarien demeure au cœur des discussions. Le nouveau texte, présenté par le ministre Paul Calandra, va plus loin dans l’uniformisation des méthodes d’apprentissage, jugée inégale et anxiogène par les jeunes et leurs proches.
À peine quelques jours suivant l’annonce de la réduction du temps de formation des enseignants à 1 an, le gouvernement a marqué une nouvelle étape dans sa réforme du paysage éducatif. « J’en ai entendu parler auprès des jeunes qui sont inquiets de voir quel format ces réformes vont prendre. Elles sont sorties de nulle part », confie Marie-Claude Bisson, qui préside la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) du haut de ses 17 ans.
Dans le cadre de la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves, l’Ontario comptabilisera désormais l’assiduité et la participation pour 15 % de la note finale des élèves inscrits en 9e et en 10e année et pour 10 % de ceux en 11e et 12e année. Auparavant, la participation en classe ne figurait pas dans le barème de notation d’un cours.
La présidente de la FESFO note qu’une des inquiétudes des élèves repose dans l’équivalence des systèmes scolaires francophones et anglophones « parce qu’on ne va pas se le cacher, nos systèmes scolaires sont très différents », avance-t-elle.

Même si la loi prévoit des exceptions pour les cas de maladies et absences justifiées, « on se demande ce qu’est une absence motivée et ce qui ne l’est pas », questionne Marie-Claude Bisson, qui redoute notamment un effet négatif sur la participation des élèves à des activités extrascolaires.
« Ces absences vont démotiver certains jeunes engagés parce qu’ils ne pourront plus autant s’impliquer dans la vie scolaire. »
Elle insiste également sur l’importance de prendre en compte la pénurie de professeurs qualifiés qui persiste actuellement dans les écoles. « Il ne faudrait pas donner une charge supplémentaire aux enseignants qui sont déjà surchargés », défend l’étudiante.
D’autre part, pour les élèves de la 9e à la 12e année, de nouveaux jours officiels d’examens obligatoires d’écriture seront désormais imposés. Cette fois-ci, la nouvelle loi entend remédier à l’hétérogénéité des « pratiques en matière d’examen telles que le format, la durée et le calcul des notes finales », indique le document.
« Il s’agit d’un très grand changement dans la mesure où ça peut stresser mes camarades qui prennent davantage de temps à écrire. Ça leur impose une nouvelle stratégie de gestion du temps », avance Marie-Claude Bisson.
Une pression académique accrue
À Toronto, Aurélie Pinard, dont la fille, Rachel, est en 10e année au Collège français, se dit favorable à ces changements, tout en restant attentive à leur mise en œuvre équitable entre les élèves.
« Pour ma fille, ça va être plutôt un avantage, mais quand je me mets à la place d’autres mamans ayant des enfants plus introvertis ou neurodivergents, je comprends que ça puisse poser des questions », dit Mme Pinard. « Pour l’assiduité, l’essentiel est de faire ses devoirs », poursuit-elle.
Elle souligne qu’il sera laborieux de dissocier la personnalité des élèves de leur performance, créant des biais dans le nouveau système d’évaluation. « Quelqu’un de très introverti qui ose participer une fois recevra une bonne note par rapport à d’habitude. »
« Il y a des jeunes qui ont du mal avec les révisions, ils ne pourront pas apprendre des leçons par cœur, mais seront capables d’utiliser leur esprit critique sur une œuvre littéraire par exemple », justifie-t-elle.

Du côté de Barrie, Sylvie Noutie a deux de ses filles fréquentant l’École secondaire catholique Nouvelle-Alliance, en 7e et en 11e année.
« En tant que parent, je me demande si bonifier les méthodes d’évaluation suffit pour élever le niveau des élèves », s’enquiert la travailleuse sociale. « Il y a une augmentation de la pression académique déjà présente chez les élèves de dernier cycle qui se préoccupent de leur avenir à l’université », explique la mère de Sarah et Savanah.
Pour elle, la politique d’uniformisation des expériences d’apprentissage n’est pas une issue viable, « il faudrait plutôt adapter la méthode d’évaluation à l’individualité de chaque élève », explique la mère.

Avec son expérience de travailleuse sociale en milieu scolaire avec des élèves victimes d’intimidation, elle interprète les enjeux d’assiduité avec un certain recul.
« A-t-on pris le temps de savoir pourquoi l’élève n’est pas venu à l’école et les facteurs qui affectent son assiduité? », se demande Mme Noutie. Elle martèle que la motivation des jeunes se manifeste à condition qu’ils se sentent en sécurité et soutenus.
Des détails supplémentaires bientôt communiqués
Pour le moment, les conseils scolaires francophones, les élèves et les parents attendent de découvrir les contours que prendra cette réforme une fois en vigueur au cours de l’année scolaire 2026-2027.
Pour Marie-Claude Bisson il s’agit d’une période charnière pour l’éducation franco-ontarienne : « Je pense que ça va venir avec une pression, ça risque aussi de changer le système scolaire comme on le voit présentement. »