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Bilan mitigé pour le gouvernement Trudeau en langues officielles

OTTAWA – Le gouvernement libéral de Justin Trudeau était très attendu sur les questions de langues officielles et de francophonie, lors de son élection de 2015. À l’orée d’une nouvelle campagne, son bilan demeure pourtant très mitigé.

Promesses faites, promesses tenues ? Au moment de dresser le bilan du mandat du gouvernement libéral en matière de langues officielles, force est de constater que plusieurs des engagements de son programme électoral de 2015, Le bon plan pour renforcer la classe moyenne, se sont bel et bien réalisés.

En quatre ans, le Parti libéral du Canada (PLC) a mis en place un nouveau Plan d’action pour les langues officielles, restauré le Programme de contestation judiciaire, réinvesti dans la Société d’État CBC/Radio-Canada, nommé deux juges fonctionnellement bilingues à la Cour suprême du Canada et annoncé tout récemment la mise en place d’un programme d’apprentissage du français et de l’anglais langue seconde d’ici 2020.

« Il y a quand même eu des actions positives », reconnaît le porte-parole aux langues officielles du Nouveau Parti démocratique (NPD), François Choquette. « Mais pour la plupart, comme sur les juges bilingues à la Cour suprême, ce sont des demi-mesures », ajoute-t-il, citant également les dossiers de l’immigration francophone et de la petite enfance.

Le politologue de l’Université d’Ottawa, Martin Normand, abonde dans le même sens.

« Le gouvernement a tenu ses promesses, mais il a été incapable de s’adapter en route aux nouveaux besoins des communautés. Le Plan d’action pour les langues officielles a fait beaucoup de déçus, comme les médias communautaires. Quant au réinvestissement à Radio-Canada, l’a-t-on senti dans les stations régionales ? »

Pour M. Normand, le meilleur coup des libéraux reste le rétablissement du Programme de contestation judiciaire.

« Mais cela a pris beaucoup de temps, à l’image de ce qu’a fait le gouvernement. On l’a souvent senti hésitant, ayant du mal à embrasser les langues officielles comme un enjeu important. C’était notamment le cas pendant les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, où les langues officielles ont été reléguées à la diversité. »

Des communautés mieux outillées, dit la FCFA

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, juge toutefois que le gouvernement Trudeau a bien réagi aux demandes des communautés.

« La bonification de 500 millions de dollars obtenue pour le Plan d’action pour les langues officielles et le fait qu’il ait été axé sur le « par et pour les communautés » ont beaucoup aidé. »

Mais cette augmentation ne trouve pas grâce aux yeux du critique aux langues officielles du Parti conservateur du Canada (PCC), Alupa Clarke.

« C’est facile pour les libéraux de sortir plus d’argent, car ils dépensent de manière éhontée. Mais ce que je constate, c’est leur manque de leadership flagrant quand vient le temps de faire appliquer la Loi sur les langues officielles dans les institutions fédérales, comme on l’a vu avec l’Office national de l’énergie, la Banque de l’infrastructure ou encore sur les sites internet fédéraux. »


« Quand tu te dis un champion des langues officielles, comme le font les libéraux, tu dois être irréprochable et faire mieux » – Alupa Clarke, Parti conservateur du Canada


Il s’agissait pourtant d’une des promesses libérales, en 2015, de s’assurer que « les services fédéraux se conforment en tous points à la Loi sur les langues officielles ».

« Le gouvernement Trudeau a manqué de leadership et de courage », estime M. Choquette. « M. Trudeau a eu des phrases qui ont fait reculer l’importance des langues officielles, en comparant Gatineau et Ottawa sur le bilinguisme ou en répondant en anglais à une question en français parce qu’il était en Ontario et l’inverse au Québec. »

Ces manquements surprennent M. Normand.

« En quatre ans, il y a eu des gestes posés, mais au-delà, on retient les maladresses de M. Trudeau et l’image projetée. C’est étonnant pour un gouvernement qui mise tant sur l’image. »


« M. Trudeau n’a pas posé les gestes qui auraient pu améliorer la promotion linguistique. Quatre ans plus tard, on est en plus mauvaise posture en terme de leadership » – Martin Normand, politologue


Le président de la FCFA dédouane le gouvernement, même s’il admet une certaine tiédeur du premier ministre publiquement. M. Johnson juge que les problèmes soulevés, qui ne sont pas nouveaux, viennent surtout des lacunes de l’actuelle Loi sur les langues officielles. L’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire aurait souhaité que celle-ci soit modernisée avant les élections.

Quelle modernisation de la Loi ?

Pour l’heure, seul le NPD s’est engagé officiellement dans les grandes lignes de sa plateforme, présentée la fin de semaine passée.

« Nous révélerons les détails plus tard, mais ce que je peux vous dire, c’est que ma base de réflexion, ce sont les propositions de la FCFA et du Quebec Community Groups Network, ainsi que les travaux du comité sénatorial », confie M. Choquette.

Du côté conservateur, M. Clarke juge l’échéance de 2021 réalisable pour une nouvelle Loi et assure que la proposition conservatrice se concentrera sur le renforcement de la Loi et de son libellé, ainsi que la clarification des concepts flous.

Le député conservateur Alupa Clarke. Gracieuseté

Pour le PLC, cette question reste un autre point d’ombre, selon M. Normand.

« J’ai l’impression que le gouvernement a perdu du capital sympathie là-dessus. L’absence de M. Trudeau au Symposium sur le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles a été remarquée. Ça a laissé un goût amer. Il a raté une occasion de montrer son soutien. Et puis, alors que la session parlementaire se termine, on ne sait toujours pas ce qu’auront apporté les consultations dans la réflexion du gouvernement sur la modernisation. »

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