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Catherine Cano à la conquête de la francophonie internationale

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

OTTAWA – Le 8 avril dernier, Catherine Cano est officiellement entrée en poste comme administratrice au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). À Paris, l’ancienne journaliste québécoise sera le bras droit de la secrétaire générale Louise Mushikiwabo. Une semaine avant son déménagement en France, la nouvelle numéro 2 de l’OIF s’est entretenue avec ONFR+.

« Vous êtes entrée en poste depuis presque deux semaines. Comment se passe l’acclimatation ?

C’est fantastique ! J’adore ! (Rires) C’est un gros, mais beau défi, dans une organisation internationale qui a un mandat et une mission importants.

Les premières réunions, j’ai surtout écouté et absorbé le fonctionnement actuel. Je voulais rencontrer les personnes clés de l’administration, avoir leur compte rendu, connaître leurs défis… J’ai aussi fait la transition avec mon prédécesseur [Adama Ouane]. C’est beaucoup de choses en même temps !

Qu’est-ce qui vous a convaincue d’accepter ce poste ?

Je ne m’y attendais pas ! J’étais heureuse à CPAC [chaîne d’affaires publiques par câble] qui est un beau bébé. Il y a du potentiel pour cette entreprise dont la mission est de connecter les Canadiens avec la politique canadienne. J’avais hâte de vivre cette année électorale avec mon équipe, d’autant qu’on avait préparé de gros projets comme le projet Démocratie ou le projet de littératie démocratique, Route 338…


« C’est un défi que je ne pouvais pas refuser ! » ­


Mais quand un appel comme ça arrive [du gouvernement fédéral et du gouvernement québécois], que tu regardes la mission de l’OIF qui est aussi l’avancement de la démocratie, des droits de la personne, de la liberté de presse, de l’égalité homme-femme, d’éducation, du rayonnement de la langue française et des cultures francophones, c’est difficile de dire non !

En quoi consiste votre rôle précisément ?

Comme administratrice, je suis responsable de gérer les finances, l’administration, le personnel et les programmes. C’est une grosse responsabilité !

Avant de prendre des décisions, je veux avoir l’état des lieux. Ça me permet de voir où sont les forces, les points à consolider et les défis par rapport à ce qu’on souhaite faire.

Catherine Cano avec son prédécesseur, Adama Ouane. Gracieuseté : OIF

Vous êtes nommée pour un mandat de quatre ans renouvelable. Quelles sont les priorités que vous vous fixez ?

Ce qu’on m’a demandé, c’est de moderniser et de réformer l’organisation avec la secrétaire générale.On va le faire, même si tout changement nécessite que notre équipe soit prête et qu’en général, je ne débâtis pas ce qui a été fait, je préfère construire dessus. Il y a des très bonnes choses qui fonctionnent, on va capitaliser là-dessus et être sûr que c’est adapté à la vision.

La gestion du personnel va être extrêmement importante pour moi. Je veux embarquer l’équipe, parce que si je ne l’ai pas avec moi, ça ne donnera rien ! On doit aussi être impeccable en termes de gestion administrative et s’assurer que les programmes sont bons, ont de l’impact et qu’on mette tous les efforts là-dessus. On veut aussi s’adapter à un auditoire jeune en veillant à ce qu’on ait assez de programmes qui favorisent la communication à travers le numérique, par exemple.

Vous êtes-vous donné un échéancier ?

La secrétaire générale et moi sommes assez ambitieuses et avons les mêmes objectifs. Louise Mushikiwabo est une personne incroyable, extrêmement brillante et pragmatique. On a une complicité qui s’est établie dès le départ, c’est très rare ! Elle veut que ça marche, avec des résultats rapidement, mais en même temps, elle est très humaine.

Catherine Cano, la nouvelle numéro 2 de l’OIF. Archives ONFR+

Nous avons déterminé un moment clé : le sommet de Tunis, en 2020 où nous voulons montrer qu’il y a une bonne gouvernance et que les programmes qu’on offre sont utiles et ont un bon impact. Mais on veut aussi bien faire les choses. Il ne s’agit pas d’aller trop vite, même si on veut donner le signal des nouvelles orientations assez rapidement.

L’OIF n’est pas très connue du grand public. Quelle était la vision que vous en aviez avant d’entrer en poste et comment la faire mieux connaître ?

C’est le problème d’à peu près tout le monde, la découvrabilité ! C’est sûr que l’OIF n’est pas assez connue et nous en sommes conscients. Pour ma part, je connaissais déjà l’organisation pour avoir couvert des sommets de la francophonie, mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

On a donc un travail à faire auprès des différents acteurs et pays. On doit développer un plan de communication et de promotion pour faire connaître ce qu’on fait de bien, car il y a de très bonnes choses qu’on fait. On doit mettre en valeur ce travail.

Il y a eu des critiques envers l’OIF ces dernières années et des scandales rapportés pendant le mandat de Michaelle Jean. Qu’est-ce que vous en avez pensé comme journaliste ?

Comme bonne journaliste, je pense qu’il faut avoir les faits et je n’ai pas vraiment de réflexion à partager sur le sujet. Mais je tiens à souligner qu’il ne faut pas oublier qu’il y a de bonnes choses qui se sont faites sous l’administration de Mme Jean, notamment pour l’égalité femme-homme. On va bâtir là-dessus. Pour le reste, on va essayer de faire le meilleur travail possible, car nous sommes redevables aux États. Je ne regarde pas en arrière, je regarde en avant.

Est-ce qu’il faut redorer le blason de l’OIF, selon vous ?

C’est un fait que la réputation est importante, mais je ne sens pas qu’il faut « redorer le blason de l’OIF ». Au niveau des États, la réputation n’a pas été endommagée. Et puis, vous savez, l’OIF, c’est plus qu’une personne. C’est 88 États qui croient en la mission et qui se concentrent sur la réussite de l’organisation…

Mais c’est sûr qu’on va être vigilant et tout faire pour qu’il n’y ait aucune distraction ni faille au niveau de la gestion. On va développer une stratégie sur la transparence. Beaucoup de choses sont rendues publiques, mais on va peut-être en ajouter d’autres. Ce sont des discussions à avoir entre tous les membres.

Quel rôle voyez-vous le Canada jouer dans la francophonie internationale ?

Le Canada joue déjà un grand rôle au sein de l’OIF, depuis très longtemps. Il est très impliqué, tout comme le Québec et le Nouveau-Brunswick. Tous investissent beaucoup et permettent de développer des programmes. Ce sont des joueurs clés et respectés pour leur expertise et leur désir honnête et franc de faire rayonner la francophonie


« Avec ce qui s’est passé en Ontario cette année, les gens ont réalisé que la francophonie, il faut en parler ! »


C’est vraiment inné chez nous ! Mais on ne le réalise pas toujours, car on couvre très peu la francophonie au Canada. Il y a tellement d’enjeux que des fois, on prend pour acquis certaines choses comme la francophonie. Mais je pense qu’avec ce qui s’est passé en Ontario, il y a eu une solidarité et le rappel que les cultures francophones sont importantes au Canada.

Justement, parlant de l’Ontario, en 2016, la province a fait son entrée comme membre observateur. Comme canadienne, est-ce que vous vous voyez un rôle pour que l’Ontario s’engage davantage ?

Mon rôle, c’est d’administrer et de conseiller la secrétaire générale et de représenter tous les États membres. Mais c’est sûr que l’Ontario est important pour nous aussi. On va certainement faire des démarches parce que c’est merveilleux que la province soit devenue un membre observateur. Ça lance le signal qu’elle est intéressée à ce qui se passe. Donc on va faire le lien, c’est sûr, car on a tout intérêt à ce que l’Ontario embarque.

Catherine Cano lors de la remise du Prix Michener. Crédit image : Joanne Stoeckl

Vous êtes la première femme à occuper le poste d’administratrice à l’OIF. Est-ce que ça a une saveur particulière pour vous ?

C’est toujours une fierté, mais en même temps, c’est fou de se dire qu’après 50 ans, je suis la première femme. Je ne devrais pas être la première ! On est rendu en 2019 ! Mais je suis contente que ça arrive enfin. C’est d’autant intéressant que nous sommes deux femmes, avec la secrétaire générale.

Comme citoyenne canadienne et française, est-ce que finalement ce poste n’était pas prédestiné pour vous ?

(Elle rigole) Je suis née d’une union Québec-France. Mon père a été consul honoraire de France sous De Gaulle [président de la République française de 1959 à 1969], c’est donc un monde qui ne m’est pas totalement éloigné. J’ai été élevé dans un environnement multiculturel et vais me sentir complètement à la maison dans ce nouveau poste. Et puis, je vais à Paris, en France où mon père est retourné vivre. Je vais donc le retrouver là-bas. C’est donc presque naturel dans le fond ! »


LES DATES-CLÉS DE CATHERINE CANO :

1962 : Naissance à Chicoutimi

1986 : Attachée de presse du chef de l’opposition fédéral, John Turner

2008 : Directrice adjointe de l’information à la chaîne Al-Jazeera, à Doha, au Qatar

2016 : Présidente-directrice générale de la chaîne d’affaires publiques par câble (CPAC)

2017 : Nommée pour la deuxième fois, après 2012, sur la liste des 100 femmes les plus influentes au Canada du Réseau des femmes exécutives

2019 : Nommée administratrice de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

 

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