Passer au contenu Passer au pied de page

Ces lieux franco-ontariens devenus des villages fantômes

Temps de lecture : 4 minutes

Ils n’ont plus de résidents, plus de traces de leur passé. Le plus souvent, les cartographes ont rayé leur nom. En Ontario, des dizaines de villages dominés par les francophones ont autrefois existé avant de disparaître. À la veille de l’Halloween, voici une liste non exhaustive de quelques-uns de ces lieux.

Lac Nassau, terre d’une scierie d’envergure

De l’ancien village autrefois situé à une cinquantaine de kilomètres au Sud-Est de Hearst, il ne reste plus rien ou presque. Les terrains inaccessibles au public sont désormais occupés par l’entreprise papetière Domtar.

Le village fut construit de toutes pièces à la fin des années 40 pour répondre aux besoins de l’économie.

Le Village de Lac Nassau en 1956. Source : Fonds Danielle Clamouse de la Touche (transmis par Danielle Coulombe)

« Le village était composé d’environ 55 familles qui y vivaient et travaillaient autour d’une entreprise de bois de sciage fondée par Henry Selin », précise l’historienne originaire de Hearst, Danielle Coulombe. « Le village avait son école qu’on transformait en église les fins de semaine, et possédait son magasin général. C’était l’une des plus importantes scieries de l’Ontario. »

Les années 60 ont eu finalement raison du village. «  D’une part, l’entreprise a connu des difficultés financières. Par ailleurs, les moyens de transport plus modernes ont remplacé le chemin de fer. Les gens ont quitté pour des villages plus gros comme Hearst et Kapuskasing. Les travailleurs forestiers pouvaient maintenant voyager jusqu’à leur travail. »

Carey Lake, une légende derrière l’aérodrome

Pour les familiers de la région de Hearst, Carey Lake évoque le nom d’un aérodrome. Difficile de croire à la légende d’un ancien village sur les lieux. Les quantités importantes de brindilles sur le sol témoignent pourtant de l’ancienne présence d’une scierie.

« Comme dans le cas de Lac Nassau, c’est le développement des scieries qui amène la création de ce village », précise Madame Coulombe. En 1939, Adélard Haman et Alfred Lecours obtiennent des droits de coupe dans le canton de Stoddard et établissent des scieries à Carey Lake, d’abord connues comme un camp forestier.

Dans les années 50, le moulin à scie déménage. Les gens quittent le village de manière graduelle. Le village francophone meurt alors lentement.

Teresa Mine, l’engouement minier

La naissance du village de Teresa Mine démarre dans l’allégresse digne des chercheurs d’or. « La fondation de ce village s’inscrit dans l’engouement et l’espoir suscité par la découverte des mines », explique Mme Coulombe. « Dans les années 30, un gisement important est découvert dans la région de Geraldton. Cela suscite énormément d’espoir chez les francophones de la région. »

Les frères Timmins investissent dans le secteur. L’entreprise Theresa Gold Mines voit le jour. Un village francophone se développe en marge de l’entreprise. Le clergé du diocèse de Hearst soutient le projet. Le village compte jusqu’à 150 familles. Une église et une école sont construites.

Mais la roue tourne dans les années 50.

« Finalement, on a réalisé que le minerai s’y trouvant n’était pas en quantité suffisante. Peu à peu, les gens repartent dans leur village d’origine. »

Les travaux d’exploitation s’arrêtent en 1953.

Caledonia Springs, un glorieux passé

De tous les villages fantômes franco-ontariens, Caledonia Springs entre Alfred et L’Orignal, dans l’Est ontarien, est sans doute le plus connu. Située sur la route de Montréal, la communauté accueille entre 1835 et 1915 des milliers de touristes… pour son eau.

« C’était une très importante station thermale. Tout reposait sur l’exploitation de ressources minérales avec quatre sources d’eau aux propriétés curatives », précise l’ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost. « Caledonia Springs, grâce à son eau, était surtout connue pour guérir et soulager les rhumatismes et les problèmes digestifs, mais il y avait aussi le Grand Hôtel, construit en 1875, qui était un véritable palace, sans oublier d’autres loisirs comme les courses de chevaux. »

Vision de Caledonia Springs en 1872. Source : Bibliothèque et Archives Canada

Le déclin de Caledonia Springs commence au milieu des années 10. « Il y a, à cette époque, une perte de confiance en la médecine douce du fait du développement de la thalassothérapie. »

« Aujourd’hui, quelques vestiges dispersés rappellent son glorieux passé », affirme M. Prévost. « On peut voir encore le pavillon thermal de bois, le bassin de la piscine hydrothermale et les ruines de l’usine d’embouteillage. »

Gagnon, faire perdurer la mémoire

De tous les villages fantômes franco-ontariens, Gagnon est celui dont les souvenirs restent les plus forts. Chaque mois de juin depuis 2002, les descendants des familles pionnières du village de Gagnon se rencontrent. À la même époque, le Parc du village Gagnon a vu le jour avec un musée et des monuments.

Entre Casselman et Limoges, Gagnon se trouve même tout près du géant touristique de l’Est ontarien : le Parc Calypso.

Le Parc du village Gagnon dans l’Est ontarien. Source : site web Gagnon

« Après l’arrivée de la famille pionnière Gagnon venant du Québec, le village s’est développé au 19e siècle. L’arrivée du chemin de fer, en 1880, assure un développement industriel forestier et agricole définitif », soutient M. Prévost. « Dès 1906, le village possède son propre bureau de poste. Il y a même une école, laquelle sera ouverte jusqu’en 1965. »

Le déclin du village commence après la Seconde Guerre mondiale.

« Il y avait des raisons économiques, mais aussi Gagnon n’avait jamais eu d’église. De ce fait, les paroissiens ont commencé à se rendre soit à Limoges ou à Casselman. »

Saint-Amour, l’un des plus méconnus

Pour le commun des mortels de l’Est ontarien, le nom St-Amour renvoie à l’actuel maire de La Nation. Mais au 19e siècle, un autre St-Amour, Hormidas, fonde ce village, près de St-Bernardin, qui porte son nom.

« En 1911, 300 personnes vivent dans le village. On note la présence d’une meunerie, d’une forge, d’un moulin à scie. Il y a même un magasin tenu par Joseph Deschamps et son épouse. La paroisse est alors importante. »

Une histoire parallèle à Gagnon ? « Absolument », dit M. Prévost. « C’est le même genre de destin avec un village qui ne survit pas au déclin de la foresterie et de l’agriculture entamé après la Première Guerre mondiale. »

Aujourd’hui, hormis quelques maisons, très peu de bâtisses témoignent du passé de St-Amour.

En décembre 2019, ONFR+ avait diffusé un reportage sur l’histoire du village de Lemieux, frappé par un glissement de terrain en 1993, et devenu à son tour un village fantôme.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
26+