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Florence Ngenzebuhoro, directrice générale du Centre francophone du grand Toronto (CFGT)

« C’est la première fois qu’un organisme francophone reprend les services d’un organisme anglophone »

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Florence Ngenzebuhoro est directrice générale du Centre francophone du grand Toronto (CFGT).

LE CONTEXTE  :

Allant à l’encontre des résultats du dernier recensement s’agissant de la francophonie, ceux du CFGT présentés hier lors de son assemblée générale annuelle (AGA) dénotent des chiffres records et une bonne santé du centre.

L’ENJEU  :

Cette AGA était aussi l’occasion de présenter le nouveau mandat du CFGT qui a débuté le 1er août dernier : l’accueil à l’aéroport de Pearson à Toronto des nouveaux arrivants francophones, mais aussi anglophones et allophones, une première selon Florence Ngenzebuhoro. 

« Pouvez-vous nous en dire plus sur ce kiosque qui s’adresse aussi aux anglophones ?

C’est une très grande nouvelle pour la francophonie. Depuis le 1er août 2022, on a un kiosque à l’aéroport de Pearson qui offre des services aux nouveaux arrivants francophones, mais aussi anglophones et allophones. Il faut dire qu’on offrait des services aux francophones dans cet aéroport depuis 2019, puis il y a eu la pandémie et on a dû lever le pied.

Après cette pause, on a reçu le mandat pour accueillir tous les immigrants. À ce titre, nous sommes le seul organisme communautaire à l’aéroport de Pearson qui offre les services d’accueil à la fois aux francophones, aux anglophones et aux allophones dans un volet qui reste celui qu’on avait auparavant.

Mais, il y avait déjà sur place un organisme anglophone, Malton Neighbourhood Services (MNS) qui s’occupait des nouveaux arrivants anglophones. Vous vous êtes donc substitué à lui ?

Tout à fait, et ce qui est drôle dans cette histoire, c’est que MNS disait pendant longtemps qu’il n’y avait pas de francophones qui passaient par l’aéroport de Pearson. Ironie du sort, c’est un organisme francophone qui prend sa place.

MNS avait un mandat pour accueillir également les francophones, mais il ne le faisait pas. Beaucoup d’organisations comme l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario ou les réseaux en immigration francophone s’en étaient plaints à maintes reprises. Finalement, avec l’appui d’une trentaine de partenaires, Citoyenneté immigration Canada nous a octroyé ce mandat.

Concrètement comment avez-vous fait pour « chiper » ce « marché » aux anglophones ?

On a eu un succès fou pendant la pandémie, notamment grâce à notre stratégie numérique dans le sens où même pendant la pandémie on a pu offrir des services de qualité à l’aéroport de Pearson. Même si on n’était pas sur place, on était capable d’accompagner et de diriger les nouveaux arrivants francophones juste avec un code QR.

Je pense que c’est ce qui a poussé l’autorité de tutelle à retirer le mandat à MNS pour nous le confier.

Est-ce une première fois, d’après vous, qu’une entité francophone s’occupe aussi des affaires anglophones ?

Ça fait 30 ans que je suis dans les services sociaux et communautaires, et c’est la première fois que je vois un organisme francophone qui reprend les services d’un organisme anglophone. Habituellement, c’est l’inverse qui se passe. En plus, lorsqu’un organisme francophone s’occupe également des services anglophones, cela veut dire qu’on n’a pas à craindre de perdre les droits et les acquis des francophones, mais si c’était l’inverse, il y a de bonnes raisons d’éprouver cette crainte.      

Parmi vos bons résultats figure une augmentation de votre personnel de 50 %, alors que presque tous les secteurs peinent à embaucher à cause de la pénurie de main-d’œuvre. Quel est votre secret ?  

Nous avons la fierté de dire que les francophones nous font tellement confiance qu’ils disent qu’ils rêvent de travailler pour le CFGT lorsqu’ils arrivent. On est devenu un employeur de choix pour les francophones du Grand Toronto parce qu’on a beaucoup travaillé sur notre milieu de travail et les cultures organisationnelles inclusives et collaboratives, et cela se ressent dans notre embauche. Pour preuve, lorsqu’on a récemment affiché les postes d’agent d’accueil à l’aéroport de Pearson, on a reçu une centaine de candidatures par poste.

En revanche, le problème qu’on rencontre dans les ressources humaines est celui de retenir ces employés parce que le Centre leur ouvre beaucoup de portes et d’opportunités de travail dans d’autres organismes réputés comme les conseils scolaires. Mais bon, c’est la règle du jeu !

Il y a deux ans, vous avez dit à ONFR+ s’agissant de votre projet de logements sociaux que « si on est chanceux, on verra les premiers logements d’ici 2025. » Où en est ce projet ?

C’est un projet à long terme. On a un plan d’action sur dix ans et nous sommes en train de travailler sur ce plan. Je peux déjà vous dire que pour la première année, on a acquis du financement pour la région de Peel afin d’aider les sans-abri.

Ce financement va, par exemple, permettre de payer le premier et le dernier mois pour les personnes francophones qui viennent de s’installer dans cette région. De plus, on est en train de négocier dans cette région pour l’achat d’une potentielle propriété. À Toronto, nous sommes sur le point d’acquérir un financement du même genre auprès de la Ville. Sur ce dossier de logement abordable, on fait de petits pas, mais des pas certains. » 



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