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Chambardements au ministère des Affaires francophones

TORONTO – La plus haute fonctionnaire chargée exclusivement des dossiers francophones quitte son poste pour d’autres fonctions au sein du gouvernement. Kelly Burke a été de tous les projets d’envergure en matière de francophonie au cours des dernières années en Ontario. Son départ ne serait pas lié à la crise linguistique, mais son expertise est une perte dans ce contexte bien particulier, s’entendent plusieurs acteurs.  

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Monument de la francophonie de Queen’s Park, 400e de la présence francophone en Ontario, projet pilote de justice en français à Ottawa… Comme sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones, Kelly Burke a joué un rôle de premier plan pour donner vie à tous ces projets marquants.

Elle a cependant décidé de déménager ses pénates au ministère de la Formation et des Collèges et Universités, où elle travaillera au sein d’une équipe dédiée aux services aux apprenants, révèle un mémo interne obtenu par #ONfr.

«C’est non sans émotion que nous assistons au départ de Kelly du ministère des Affaires francophones. En plus d’avoir veillé à l’application de la Loi sur les services en français, Kelly a fait preuve d’une vision, d’un leadership et d’une expertise solides à la barre des Affaires francophones», peut-on lire dans la note.

Les nombreuses compétences de Kelly Burke, avocate de formation, lui ont valu de jouer des rôles clés en matière d’éducation francophone et d’accès à la justice en français, particulièrement.

Avant de devenir sous-ministre adjointe aux Affaires francophones en juin 2014, Mme Burke avait occupé des postes de cadre supérieure au ministère du Procureur général, notamment. Au début de sa carrière, elle a aussi été enseignante en immersion française, une profession qu’elle a exercée à Toronto, à Sarnia et à Cornwall.

Kelly Burke en compagnie de plusieurs acteurs de la francophonie, à Ottawa. Gracieuseté: Procureur général de l’Ontario

Son départ se produit quelques semaines après la transformation de l’Office des Affaires francophones en ministère. Kelly Burke incarnait la stabilité, selon plusieurs intervenants interrogés par #ONfr, qui craignent que ces changements ne viennent fragiliser une organisation qui a dû naviguer depuis quelques semaines en pleine crise linguistique provoquée par les coupes francophones de Doug Ford.

 

Une perte, selon Marie-France Lalonde

Le bureau de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, n’a pas souhaité commenter les changements. Marie-France Lalonde, qui a occupé le poste de ministre pendant l’ère libérale, a accepté de le faire. Elle a travaillé de très près avec Mme Burke.

«C’est une perte. Elle était d’un grand professionnalisme et avait une sensibilité francophone extraordinaire. Étant donné que la sous-ministre a plus d’un ministère à gérer, la personne qui est sous-ministre adjointe joue un rôle d’importance majeure et fait en sorte que les dossiers avancent», affirme Mme Lalonde.

Hiérarchiquement, Kelly Burke était en effet positionnée sous l’autorité de Marie-Lison Fougère, la sous-ministre aux Affaires francophone. Cependant, Mme Fougère occupe la même fonction au sein du ministère des Services aux aînés et de l’Accessibilité. Elle partage donc son temps entre les deux ministères, contrairement à la sous-ministre adjointe.

«Mme Burke avait une grande influence au sein de la bureaucratie et elle avait développé des liens de respect avec ses homologues. Ces changements laissent planer une certaine incertitude. Et ça s’ajoute à l’arrivée d’une nouvelle conseillère politique à la francophonie pour Doug Ford, qui arrive en pleine crise linguistique. Tout ça porte à réflexion», affirme Marie-France Lalonde. La députée d’Orléans fait ici référence à l’entrée en scène de Marilissa Gosselin, qui conseillera le premier ministre sur les enjeux francophones.

 

Un successeur déjà désigné

Le successeur à Kelly Burke a déjà été choisi: il s’agit de Jean-Claude Camus. Il était auparavant sous-ministre adjoint responsable des communications et du marketing au ministère de la Santé et des Soins de longue durée. Originaire de France, M. Camus a étudié à l’Université de Dijon, mais aussi aux États-Unis, à l’Université de Miami. Il est actif au sein du secteur public ontarien depuis une vingtaine d’années et débutera ses nouvelles fonctions le 21 janvier.

«Au cours de sa carrière, Jean-Claude Camus a occupé toute une série de postes de direction et de haute direction au sein de la fonction publique de l’Ontario, dont entre autres, dans les secteurs de l’éducation élémentaire, secondaire et postsecondaire, et celui des services à l’enfance et à la jeunesse. Jean-Claude Camus est un professionnel chevronné puisqu’il possède plus de 25 ans d’expérience dans la création et l’exécution de programmes en matière de communication stratégique et de marketing ainsi que dans la gestion d’enjeux tactiques», peut-on lire à son sujet dans le mémo interne envoyé au sein du ministère.

L’une des manifestations franco-ontariennes du 1er décembre, à Ottawa. Crédit image: Sébastien Pierroz

La pression est forte sur les épaules du principal intéressé, selon Marie-France Lalonde. «M. Camus va devoir rapidement poser des gestes. Dans le dossier de l’Université de l’Ontario français, s’il n’y a pas d’actions rapides, ce sera un autre recul pour la communauté. Il aura les deux pieds dans des dossiers chauds dès son entrée en poste. Il va devoir prendre sa place, même si on semble entendre que le gouvernement Ford écoute peu sa bureaucratie, préférant donner des ordres, plutôt que d’avoir des échanges constructifs avec elle», affirme la députée libérale.

M. Camus et Mme Gosselin auront une période d’apprentissage normale, mais qui survient dans un contexte particulier, note-t-elle.

 

Aucun impact, assure le ministère

Le directeur des communications du ministère des Affaires francophones, Charles Jean Sucsan, assure que les changements à venir n’auront pas d’impact sur les activités du ministère.

«Ce changement ne concerne que le poste de sous-ministre adjoint et les processus requis sont en place afin d’assurer une transition efficace favorisant la continuité des opérations au sein du ministère», dit-il.

Quant à Kelly Burke, son mandat au sein de la Division de l’enseignement supérieur et du soutien aux apprenants sera bien différent de celui qu’elle avait. Cet organe gouvernemental fournit un soutien financier aux étudiants, réglemente la qualité des collèges privés d’enseignement professionnel, évalue la capacité des établissements à accepter des étudiants étrangers et favorise l’apprentissage assisté par la technologie.

Kelly Burke n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

 


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