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Commerce: le Québec fait la cour aux Ontariens

TORONTO – Le Québec mène une campagne de séduction auprès de l’Ontario pour accroître les échanges économiques et combler l’écart commercial qui subsiste face à sa voisine plus riche. Les difficultés des négociations entourant l’Accord de libre-échange nord-américain stimulent encore davantage ce désir de faire croître le commerce.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Le chef québécois, Jonathan Lapierre-Rehayem, fait une démonstration culinaire dans une chic salle de réception du centre-ville de Toronto. À ses côtés, la déléguée du Québec à Toronto, Nicole Lemieux, et la directrice de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), Liza Frulla. L’ancienne députée fédérale prend la parole.

«Nous devons travailler davantage ensemble, l’Ontario et le Québec», lance-t-elle devant une poignée de convives et de nombreux médias. «On ne se parle pas, Il y a deux solitudes», expliquera-t-elle plus tard en entrevue avec #ONfr. «À cause de la langue de la majorité différente, on ne se parle pas. Mais elle ne doit plus être une barrière, ça devrait être un plus», complète-t-elle.

Elle prenait la parole lors d’un grand salon mettant en valeurs les produits québécois. À l’initiative du Bureau du Québec à Toronto, des dizaines d’entreprises québécoises ont été invitées gratuitement à présenter leurs produits à des distributeurs alimentaires, des influenceurs et médias ontariens. Quelques semaines auparavant, un autre événement voyait le jour visant cette fois à promouvoir l’industrie de la mode québécoise en Ontario.

Le Québec met le paquet pour briller en Ontario, la province la plus riche du pays. Elle souhaite notamment miser sur ces secteurs pour combler le déficit de sa balance commerciale face à l’Ontario. Le Québec exporte pour 40 609,8 milliards de dollars vers l’Ontario, alors que l’Ontario vend pour 43 370,8 milliards de dollars de biens et services vers le Québec.

2,7 milliards de dollars, c’est l’écart à combler, souligne la déléguée du Québec à Toronto. «C’est sûr qu’on veut le combler! Et le secteur de l’alimentation est l’un des plus forts. Ça fait partie de mon mandat, mais 2 milliards, ce n’est pas facile. Surtout dans le secteur de l’alimentation, il faut vendre en masse», explique Mme Lemieux. «Mais il y a de l’intérêt, ça prend de l’envergure», insiste-t-elle.

Les positions de Donald Trump sur le protectionnisme américain pourraient aussi constituer une opportunité pour les provinces en matière de commerce, selon elle. «Le contexte de l’ALENA fait en sorte qu’on devrait s’intéresser davantage aux provinces qui sont nos voisines et pas seulement les États-Unis. Il ne faut pas oublier qu’au Canada on peut faire des bonnes affaires et que les autres provinces sont très réceptives», affirme Nicole Lemieux.

Elle espère que les échanges seront d’ailleurs plus simples entre l’Ontario et le Québec, notamment en ce qui à trait au commerce de l’alcool. «Pour qu’on retrouve au Québec plus de vin de l’Ontario, et en Ontario, plus de bière et de gin du Québec», dit-elle.

Les deux provinces ont un forum de choix pour discuter de ces questions. Elles mènent depuis quelques années des conseils de ministres conjoints et travaillent notamment à solidifier l’accord de commerce et de coopération qui les unit.

Des exemples d’entreprises qui ont fait le saut

Difficile de trouver un produit plus québécois: le fromage en grains utilisé pour la poutine. Si le plat est célèbre au pays, il n’est pas nécessairement simple de le faire traverser en Ontario, confie Stéphanie Livernoche de la Fromagerie Champêtre, qui a participé à l’événement de promotion gastronomique.

L’entreprise, située au Québec, ne voulait pas se casser les dents en Ontario et a donc appelé des renforts pour pénétrer le marché. «Il y a des différences culturelles, ça c’est sûr. Il faut avoir les bonnes personnes. On a engagé deux employés qui travaillaient dans l’industrie en Ontario et qui la connaisse à la perfection. Après trois ans, on vend 30 % de notre volume ici», confie Mme Livernoche.

Elle souligne qu’un travail d’éducation doit aussi être fait auprès des Ontariens. «Les anglophones dans la poutine pensent qu’il faut que le fromage fonde! Une vraie poutine ce n’est pas ça!», lance-t-elle.

L’entreprise Crickstart, elle, illustre à la perfection le mariage commercial entre les deux provinces. «Nous faisons des barres et des biscuits faits de grillons de l’Ontario. Nous les achetons à une ferme en banlieue de Toronto et nous les transformons à Montréal. C’est un effort entre l’Ontario et le Québec pour réaliser nos produits!», confie l’un des fondateurs de l’entreprise, Daniel Novak. Pour lui, le marché ontarien est également un tremplin vers les États-Unis, dit-il.

Les échanges doivent aussi se faire sur le plan de l’éducation, insiste la directrice de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Liza Frulla souhaite lancer un réseau canadien d’école du tourisme et d’hôtellerie. «C’est anormal que l’ITHQ qui est associé avec des écoles en Europe ne le soit pas avec d’autres écoles de tourisme au Canada», fait-elle savoir, ajoutant qu’elle observe de près le projet d’université franco-ontarienne et espère le développement d’un partenariat futur avec son établissement.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.