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Congrès mondial acadien : vers une nouvelle formule en 2024 ?

Temps de lecture : 3 minutes

C’est désormais l’heure du bilan pour le Congrès mondial acadien (CMA) achevé samedi dernier. Et les propositions ne manquent pas pour la prochaine édition, en 2024, qui se tiendra dans la région de Clare et d’Argyle, en Nouvelle-Écosse.

Aux termes des 14 jours de festivités, la présidente du CMA 2019, Colette Thériault, parle de « très grande réussite », avançant même le chiffre de 100 000 participants pour ce Congrès qui se tenait conjointement à l’Île-du-Prince-Édouard et dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick.

« Pour la première fois, l’Île-du-Prince-Édouard a accueilli le Congrès. Aussi, l’inclusion était très présente, avec beaucoup de nouveaux arrivants qui ont participé et de membres des Premières Nations. Dans chacune de nos cérémonies, il y a eu une participation des jeunes qu’on n’a jamais vue. »

Débat sur le Grand parle-ouère

Promouvoir une Acadie inclusive, donc, c’était aussi le but de ce 6ème Congrès. Mais l’événement qui se veut un festival culturel et se déroulant tous les cinq ans n’échappe pas aux critiques. Au cours de la quinzaine, c’est le Grand parle-ouère, traditionnel forum populaire, qui a suscité le plus de discussions.

Quelque 200 participants s’étaient rendus pour y assister à l’Université de Moncton. Bien qu’une dizaine de sujets, comme l’insécurité linguistique, l’éducation ou encore, l’immigration y sont abordés, la formule ne convainc pas tout le monde.

« Le débat qui revient consiste à savoir si la dimension « réflexion » avec le Grand parle-ouère doit demeurer dans le CMA. On a voulu faire un forum populaire, mais certains réalisent que c’était difficile de rejoindre la population dans un CMA qui offre plusieurs activités culturelles en même temps », analyse pour ONFR+ le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, au Nouveau-Brunswick, Éric Forgues.

Séparer la réflexion de l’aspect festif, c’est justement le but de l’universitaire : « On pourrait organiser le ou les forums avant l’ouverture officielle du CMA. Tout comme le frolic, qui est une tradition acadienne et qui est un peu l’ancêtre du CMA, les gens se réunissaient pour travailler dans l’entraide, puis fêter. »

L’avocat Michel Doucet. Archives ONFR+

Pour l’avocat spécialisé en droits linguistiques, Michel Doucet, « l’aspect réflexion » a difficilement sa place au sein du CMA.

« Dans un CMA, les gens qui participent sont là pour des rencontres de famille, moins pour redéfinir un projet politique. Il y a une diversité des situations dans les participants entre l’Acadie de l’Atlantique où il y a un intérêt politique de l’avenir, ce qui n’est pas le cas des Acadiens de Louisiane. Les autres participants issus de la diaspora acadienne viennent au CMA pour retracer leurs origines. »

L’avocat est tout de même d’avis que le Grand parle-ouère représente « un ajout » comparativement aux cinq éditions précédentes.

« Entre le premier congrès en 1994 et celui-ci, il n’y avait pas eu de grandes rencontres. C’est donc quelque chose de positif. »

« Ça a très bien fonctionné », tranche pour sa part la présidente du CMA, Colette Thériault, à propos du Grand parle-ouère. « À savoir si on devrait le formuler ? Nous suivons le mandat que nous donne la Société Nationale de l’Acadie (SNA). »

La SANB réservée

À l’inverse, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) voit d’un bon œil la tenue du Grand parle-ouère durant la quinzaine. Une condition cependant : l’université n’est peut-être pas le meilleur lieu pour un brassage des idées.

« Les Acadiens, on a le plus grand taux d’analphabétisme, alors le Grand parle-ouère, ça doit intimider des personnes, surtout lorsque ça se déroule dans une université. On aurait pu trouver mieux », avance le président de l’organisme porte-parole des Acadiens du Nouveau-Brunswick, Robert Mélanson. « Il faut penser à d’autres formules, brasser des idées, sans que ce soit vu comme des cours magistraux à l’université. »

Le président de la SANB, Robert Melanson. Facebook SANB

L’aspect populaire du forum satisfait manifestement la SANB. « Il faut voir à une façon de démocratiser et rendre encore plus populaires ces forums. Les idées ne sont pas seulement pour les intellectuels. »

D’une manière plus large, M. Mélanson voit des « bénéfices à venir » après les activités dans les 20 municipalités hôtesses.

« N’oublions pas qu’il y a toujours la crainte de l’assimilation dans des communautés comme Tignish ou Souris. Le CMA donne, je crois, un regain de fierté dont les petites communautés ont besoin. »

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