Jeremy Hansen séduit la communauté francophone à Ottawa
OTTAWA — L’équipage d’Artemis II a marqué son premier arrêt officiel au Canada depuis son retour de la Lune, mercredi, lors d’une escale au Centre national des Arts (CNA). L’Ontarien Jeremy Hansen et ses coéquipiers ont dévoilé les coulisses de leur mission historique vers la Lune, un récit dont la portée humaine a fait vibrer la communauté francophone présente dans la salle.
L’équipage d’Artemis II a reçu un accueil des plus chaleureux au Centre national des Arts, un peu plus d’un mois après son retour de la Lune, devant une salle comble de 700 personnes.
Accueilli par un vibrant « bienvenue chez toi » lancé par ses coéquipiers, l’Ontarien Jeremy Hansen s’est imposé comme le point de mire de l’événement, en sa qualité de premier Canadien appelé à voyager autour de la Lune.
Bien que la conférence ait eu lieu majoritairement en anglais, certains moments forts ont été marqués par l’usage de la langue française, comme l’a souligné l’animatrice de la discussion et productrice générale de Danse du CNA, Caroline Ohrt, dès le tout début de la conférence.
« Il y a un point de fierté pour moi et tous les francophones, Jeremy est l’être humain qui a porté la langue française le plus loin de toute l’histoire de l’humanité », s’est-elle exprimée suscitant une pluie d’applaudissements de l’assistance.

Pour l’Ontarien de London, ce choix de s’exprimer dans la langue de Molière à 400 000 kilomètres de la Terre était une question d’authenticité.
« En réalité, je n’ai jamais vraiment pensé à ça, c’était juste naturel », avait-il alors rétorqué en français devant le public, avant d’ajouter : « Je n’ai pas cherché consciemment à amener le Canada dans l’espace, mais le Canada y a véritablement trouvé sa place. »
Pas juste des Américains
Un geste qui a résonné avec force auprès du public, notamment pour Émilie Charlebois, venue avec ses trois enfants.
« Pendant longtemps, on a toujours pensé que les enfants ne pourraient jamais devenir astronautes parce que c’était seulement réservé aux Américains, mais là, on voit vraiment que non seulement il y a des femmes maintenant dans l’espace, mais il y a des francophones et tant d’autres personnes », a-t-elle souligné.

Et d’insister : « C’est super impressionnant de rencontrer un Canadien qui a fait quelque chose d’exceptionnel, qui a porté la langue française jusque dans l’espace ».
Reta-Anne McKay, étudiante présente à la conférence, a admis qu’elle ignorait que l’astronaute pouvait s’exprimer avec une telle aisance dans la langue de Molière.
« En tant que personne francophone bilingue, je me sens représentée. Ce n’est pas quelque chose qu’on a l’habitude de voir ou d’entendre. Même aujourd’hui, le fait que certaines questions aient été posées en français et qu’il ait pu y répondre, c’est significatif », lance la résidente d’Orléans.

Inspirer la prochaine génération
La salle Southam du CNA affichait un visage particulièrement jeune mercredi, alors qu’une marée d’écoliers, dont certains arboraient fièrement des répliques de combinaisons spatiales, s’était déplacée pour l’occasion.
Devant cette relève attentive, Jeremy Hansen a tenu à déconstruire l’image d’Épinal de l’explorateur infaillible en apportant une nuance au célèbre slogan du film Apollo 13 :« Beaucoup de gens pensent que « l’échec n’est pas une option » signifie que l’équipe ne fait pas d’erreurs. Mais la réalité, c’est que nous en faisons beaucoup », a-t-il lancé.
Selon l’Ontarien, la clé du succès réside plutôt dans la persistance et la capacité à « co-créer une solution » en équipe.
Ce discours sur la détermination a trouvé un écho particulier chez Gloria Mavambu, venue par passion pour l’astronomie : « Ce qu’ils font souligne qu’on ne peut pas simplement compter sur la chance pour réussir. Il faut travailler très dur pour accomplir de grandes choses. »

Les arts au coeur de la mission
Le choix du Centre national des Arts comme quartier général pour cette escale ottavienne ne relevait pas du hasard : le dialogue entre la science et l’art a irrigué toute la soirée.
Pour le commandant de la mission, Reed Wiseman, la culture a été un moteur essentiel de leur quotidien en orbite. « Nous sommes définitivement des opérateurs techniques, mais nous sommes passionnés par l’art, par la richesse qu’il apporte et la façon dont il connecte la société », a-t-il affirmé, soulignant la joie que cette dimension a injectée dans la mission.
De son côté, l’astronaute et seule femme de l’équipage Christina Koch a décrit la vie en apesanteur comme une véritable chorégraphie, où chaque mouvement doit être coordonné avec précision pour transformer les contraintes physiques en une danse fluide.

« Tout d’un coup, nous étions plus en paix, plus heureux, plus ensemble », a confié l’astronaute canadien qui a raconté avoir improvisé un système de diffusion sonore pour partager sa musique. Sur scène, l’équipage a d’ailleurs révélé avoir poussé cette préparation sensorielle jusqu’à consulter un poète avant le départ, afin d’apprendre à documenter l’ineffable beauté de l’espace.
Nathalie Hunter, francophone originaire de Terre-Neuve, a vu dans cette ouverture inattendue la véritable réussite de la soirée.
« Ce qui m’a le plus marquée, c’est l’inclusion des perspectives culturelles et même spirituelles dans leur préparation », a-t-elle partagé, voyant dans ce témoignage bien plus qu’une simple prouesse technique : « C’était vraiment, pour moi, l’expérience humaine. »
