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Société

Éducation spécialisée : les manquements de la province épinglés dans un rapport

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TORONTO – La vérificatrice générale de l’Ontario, Shelley Spence tire la sonnette d’alarme en matière d’éducation spécialisée. Dans son rapport déposé cette semaine, elle identifie plusieurs lacunes et formule une série de recommandations dans le but d’améliorer l’encadrement des élèves ayant des besoins particuliers.

Le rapport intitulé Besoins en éducation de l’enfance en difficulté vise à déterminer si le ministère de l’Éducation et les conseils scolaires disposent de mesures adaptées dans la mise en œuvre de leurs programmes, et si les services éducatifs offerts répondent bel et bien aux besoins des élèves ayant des besoins particuliers tout en respectant les normes.

Le document met en lumière de nombreuses lacunes, telles que les plans d’enseignement individualisés (PEI) jugés insuffisants et dont la mise en œuvre est critiquée. L’incapacité d’une partie des enseignants à offrir des mesures d’adaptation nécessaires aux élèves est également soulignée dans le rapport.

Un manque d’aides-enseignants « alarmant »

Non seulement le rapport démontre que de nombreux élèves ont attendu plusieurs mois, voire plus d’un an, avant d’obtenir une évaluation de leurs besoins particuliers, mais il souligne également que 28 % des enseignants admettent avoir des lacunes en matière de mesures d’adaptation destinées aux élèves. On y constate ainsi que le manque d’objectifs mesurables dans les plans d’éducation des élèves ne tient pas suffisamment compte des besoins.

La vérificatrice générale note aussi que, dans plus de la moitié des cas, les absences d’aides-enseignants n’étaient pas remplacées et que les postes vacants n’étaient pas comblés. Cette situation entraînait notamment le renvoi d’élèves à leur domicile. « Il n’y avait aucun suivi officiel du nombre d’occurrences de telles situations, et celles-ci n’étaient ni documentées ni justifiées », lit-on dans le document.

Ainsi, dans le rapport, la vérificatrice fait 15 recommandations visant à redresser le système. Parmi elles, figure, par exemple, celle d’exiger que les conseils scolaires mettent en place un mécanisme d’évaluation de l’expérience des élèves ou encore celle de fournir aux écoles des directives sur l’application de PEI.

Gabrielle Lemieux est présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). Photo : Gracieuseté

Ayant été elle-même enseignante en éducation spécialisée, la présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) appuie sur l’importance des problématiques soulevées. « Je pense qu’il faut regarder cela dans son ensemble et de s’assurer d’avoir une stratégie applicable par tous les conseils scolaires », avance Gabrielle Lemieux.

Selon elle, un modèle d’inclusion devrait être soutenu par un appui accru du personnel qualifié. Toutefois, elle constate un manque de financement pour soutenir la création et le maintien de ces postes.

« Faute de ressources, on ne pourrait pas offrir certains des services recommandés. Il ne s’agit pas toujours de créer un document quelconque, mais de s’assurer qu’on injecte les fonds et les ressources pour que les écoles puissent répondre aux besoins réels des élèves », déclare la présidente.

L’enjeu du financement pèse sur les ambitions du rapport

Robert Demers, qui préside actuellement l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) explique que : « Le ministère nous dira que le financement a été augmenté de tel ou tel pourcentage, mais il s’avère que les difficultés des élèves augmentent plus que ces bonifications de fonds. »

L’ex-enseignant ajoute que le manque du personnel pèse d’autant plus dans les régions du Nord ontarien où le soutien aux élèves concernés demeure très faible. « Surtout du côté francophone catholique parce que nos territoires sont vastes et où les psychométriciens ou des psychologues qualifiés manquent dans toutes nos régions », confie M. Demers.

Robert Demers est le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Photo : Gracieuseté

Afin de se diriger vers un meilleur encadrement des élèves, M. Demers estime essentiel que le ministère de l’Éducation consulte les conseils scolaires ainsi que les spécialistes formés dans ce domaine « pour arriver avec un plan qui est gérable, faisable et qui améliore le sort des élèves. »

« Une refonte complexe du système d’éducation spécialisée est peut-être nécessaire », ajoute le président. Il note qu’une des principales attentes du milieu est l’obtention d’un financement stable et prévisible qui tienne compte des réalités francophones.

Enfin, la vérificatrice générale de l’Ontario, Shelley Spence, confirme qu’un suivi de la mise en œuvre des recommandations par les parties impliquées sera fait dans deux ans.