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Cours de français à Toronto : un avertissement pour les Franco-Ontariens

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – La tempête médiatique n’aura duré qu’une journée. En annonçant ce mercredi dans son plan préliminaire pour le retour à l’école en septembre, la possibilité de supprimer ses cours de français et d’immersion à la rentrée, le Toronto District School Boarld (TDSB) a déclenché l’ire des francophones.

Motif principal invoqué par le plus gros conseil ontarien : la limitation des élèves dans les salles de classe pour cause de pandémie obligerait à plus de recrutement d’enseignants francophones. Un obstacle supplémentaire à l’heure où les institutions éducatives doivent compter leurs sous.

Devant la pléiade de réactions, dont celle de la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, le TDSB a calmé le jeu. Pas question de supprimer les cours en français et d’immersion, auraient dit finalement les conseillers scolaires pendant des débats, mercredi soir. En attendant, le TDSB dit chercher des solutions « acceptables ». Des propos qui ont fait retomber la tension d’un cran.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le conseil scolaire anglophone cible ses cours d’immersion en français. En mai 2019, le TDSB avait évoqué la possibilité de sabrer dans l’enveloppe des cours. Devant le tollé suscité, les dirigeants avaient fait marche arrière.

Si les déclarations du TDSB déclenchent un tel émoi, c’est surtout en raison des chiffres qu’il représente. Quelque 29 600 élèves fréquentent les programmes d’immersion et de français intensif. Avec près de 250 000 élèves scolarisés, le conseil scolaire a sensiblement « la taille » des villes de Gatineau, Saskatoon, ou Windsor.

Des restrictions budgétaires pour les conseils scolaires

Les analystes restent divisés sur la sortie du TDSB. Pour certains, le conseil scolaire obéissait à un calcul politique. Concrètement, provoquer l’émoi sur la place publique pour obtenir plus de fonds additionnels. Pour d’autres, il a au contraire fait preuve de transparence, là où justement la majorité des institutions éducatives restent frileuses à dévoiler leur plan pour la rentrée scolaire.

Il s’en dégage surtout l’impression que les conseils scolaires marchent sur des œufs au niveau financier.

Les nouvelles exigences gouvernementales pourraient être synonymes d’embauches ou de dépenses pour du matériel de protection sanitaire. Un enjeu qui se greffe sur un autre : lors de son entrée au pouvoir, l’équipe Ford avait demandé aux conseils scolaires de trouver des économies de plusieurs millions pour éponger le déficit budgétaire de la province.

Nous ne sommes qu’au début d’une crise économique encore dissimulée par les aides gouvernementales massives, mais dont les effets seront considérables.

À quel degré les francophones seront sacrifiés quand viendra l’heure des choix ? La pandémie pourrait-elle servir de prétexte à certaines coupures « politiquement incorrect » lors d’une période de croissance économique ? Des hypothèses qui dépassent les frontières de l’Ontario.

L’enjeu de la pénurie des enseignants francophones

En filigrane, la polémique suscitée par le TDSB met aussi en lumière la pénurie des enseignants francophones. La question n’est pas de savoir si le conseil scolaire anglophone en a exagéré ou pas l’ampleur pour justifier de possibles coupures, mais plutôt de s’interroger sur ce phénomène.

Sur le dossier de la pénurie, les solutions manquent pour l’instant, d’autant que le recrutement international de certains enseignants pourrait être considérablement freiné par la pandémie.

La mini-crise ouverte par le TDSB est un avertissement pour les Franco-Ontariens. Le signal que des propositions allant à leur encontre risquent d’être mises sur la table dans les prochains mois. Dans tous les cas, il faudra garder l’œil ouvert.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 18 juillet.

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