De gauche à droite : François Landry, maire de Hawkesbury, Geneviève Lajoie, mairesse de Casselman, Normand Riopel, maire de Champlain et Jamie MacDonald, maire de North Glengarry. Photo : montage ONFR/TFO
Politique

Course aux municipales : l’Est ontarien mise sur la continuité

De gauche à droite : François Landry, maire de Hawkesbury, Geneviève Lajoie, mairesse de Casselman, Normand Riopel, maire de Champlain et Jamie MacDonald, maire de North Glengarry. Photo : montage ONFR/TFO

OTTAWA – À moins d’un mois du dépôt des candidatures, la majorité des maires de l’Est ontarien confirment déjà leur intention de briguer un nouveau mandat. Dans une région marquée par la dualité linguistique et la croissance des zones rurales, la tendance est à la continuité.

Sur huit maires sondés, sept confirment leur intention de solliciter un nouveau mandat, alors qu’ailleurs en Ontario, plusieurs mairies pourraient changer de main.

« Quand on entame son premier mandat, on lance des initiatives et il faut au moins deux mandats pour les mener à terme », souligne la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie. 

À Russell, Mike Tarnowski adhère à cette vision à long terme, lui qui a succédé au maire sortant en 2024.

« J’aimerais ça pouvoir dire que je me suis fait complètement élire par la municipalité pour le poste spécifiquement, car on a de beaux projets qui avancent très bien et on aimerait bien les voir à leur conclusion », précise Mike Tarnowski qui avait été nommé maire de Russell grâce à l’appui de ses pairs du conseil municipal.

Seul Robert Lefebvre, à Hawkesbury, a choisi de passer le flambeau, après une longue carrière en politique municipale.

Le maire de la Cité de Clarence-Rockland, Mario Zanth, n’a toujours pas annoncé officiellement ses intentions, bien qu’il occupe la présidence du conseil des CUPR en 2026. De son côté, Justin Towndale, maire de Cornwall, n’a pas donné suite à nos demandes.

Des dossiers brûlants

Pour de nombreux élus, un mandat de quatre ans ne représente que le prologue d’une transformation structurelle.

A Casselman, Geneviève Lajoie affirme traiter le dossier de la gestion de l’eau avec une rigueur « personnelle » afin de trouver une solution permanente au manganèse

« Une municipalité ne peut pas supporter les coûts seule » pour un projet de 80 millions de dollars, souligne Geneviève Lajoie, qui plaide pour une collaboration accrue entre municipalités et avec la province.

À Champlain, Normand Riopel affiche la même détermination en misant sur l’aboutissement du dossier de services d’eau et d’égouts partagés avec Hawkesbury. Fier d’avoir débloqué ce projet de raccordement et d’annexion de terrains qui stagnait depuis trente ans, il souligne l’importance historique de cette nouvelle collaboration régionale. 

« Il y a une grande méconception que parce que je ne parle pas un bon français, je ne valorise pas les services en français »
— Genevieve Lajoie

« Mes ancêtres de maires n’ont pas pu négocier l’entente avec la Ville de Hawkesbury. Et aujourd’hui, on peut dire qu’on a une entente de signée », se réjouit le maire du canton de Champlain.

Cet accord prévoit l’annexion de parcelles par Hawkesbury en échange de services pour desservir une zone stratégique du canton au sud de la route 17. Pour l’élu, ce dénouement est le socle de sa prochaine campagne.

« J’aime ce que je fais, alors oui, je chercherai à atteindre un troisième mandat », annonce le maire de Champlain, impatient de voir cette entente permettre enfin la construction de logements abordables.

La question linguistique

La question linguistique demeure un des enjeux à Casselman où l’équilibre entre les deux langues officielles a récemment fait l’objet de vifs débats au conseil. Suite à des incidents liés au droit des citoyens de recevoir des réponses dans la langue de leur choix, la municipalité a dû clarifier ses procédures pour réaffirmer son identité francophone tout en s’adaptant à une démographie changeante. 

Geneviève Lajoie, souvent interpellée sur son propre usage de la langue, rejette l’idée que cela affecte son leadership politique. « Il y a une grande méconception que parce que je ne parle pas un bon français, je ne valorise pas les services en français », fait remarquer la mairesse de Casselman.

Ailleurs, comme à North Stormont, François Landry, qui en est à son premier mandat de maire, gère cette dualité avec diplomatie. 

« Je suis le seul francophone sur le conseil de ma municipalité », relève le maire de North Stormont affirmant son intention de protéger les acquis linguistiques.

Malgré cette position, il observe que « la société change : les jeunes familles veulent des services additionnels ». 

Il explique que bien que les séances se déroulent en anglais, il met un point d’honneur de répondre en français aux citoyens qui en font la demande, particulièrement dans les pôles bilingues comme le village de Crysler.

Du côté de Glengarry Nord, le maire Jamie Macdonald admet que la place du français est « quelque chose que nous voulons améliorer, surtout sur nos publications dans les médias sociaux », souligne-t-il.

L’infrastructure, moteur du développement

Le logement dépend directement de la capacité technique. C’est le message de Jamie Macdonald qui voit dans une enveloppe de 28,5 millions de dollars le levier pour transformer Maxville et Alexandria. 

« C’est ma raison de me présenter : je veux m’assurer que ces projets soient complétés », déclare le maire de Glengarry Nord en évoquant le projet de Maxville qui doit permettre la construction de près de 1000 logements. 

À Russell, le maire Mike Tarnowski gère un chantier d’une tout autre envergure : un complexe récréatif de 105 millions de dollars. « J’aimerais être en poste pour le voir à sa fin, c’est un projet qui devrait être terminé vers la fin de 2026 », confie celui qui se dit fier que sa municipalité demeure la deuxième municipalité la moins taxée des Comtés unis.

Ce projet a d’ailleurs reçu un appui de taille : « C’était la première fois que le premier ministre Doug Ford venait dans notre municipalité pour nous donner un chèque de 100 millions, on était très content de le voir. »

Il dit vouloir continuer de travailler sur le retour d’une bibliothèque indépendante à Embrun. « On a réussi à trouver un nouveau local propre dans le centre du village qui devrait être terminé en 2027 en collaboration avec la coopérative locale », fait-il savoir.

Le maire de Russell, Mike Tarnowski, mise sur une alliance stratégique avec La Nation pour bâtir une usine régionale de traitement des eaux usées. Photo : gracieuseté de Mike Tarnowski

« On a encore beaucoup de travaux à faire avec la province et le fédéral », fait valoir le maire de North Stormont. Il cite comme exemples de progrès « exceptionnels » l’arrivée de nouveaux services de proximité, notamment une nouvelle station-service et l’implantation potentielle d’un Tim Hortons, des signes que la municipalité n’est plus seulement un dortoir rural.

À Alfred et Plantagenet, Yves Laviolette fait face à une urgence similaire : « Nos lagunes de traitement des eaux usées à Wendover sont à 133 % de capacité. On ne peut plus rien bâtir tant qu’on ne règle pas ça », explique le maire d’Alfred et Plantagenet. 

Il insiste sur le fait que « la lagune de Plantagenet, est prioritaire » et qu’avec l’octroi de 13,87 millions de dollars de la part de la province, la municipalité est « en train de faire les plans » pour ce projet de modernisation et d’agrandissement.

Persévérance rurale et transition

À East Hawkesbury, le maire Robert Kirby continue de réclamer justice pour ses citoyens privés de gaz naturel. « Pourquoi est-ce que nous autres, on est la seule municipalité dans Prescott-Russell à ne pas l’avoir? », s’interroge le maire de Hawkesbury Est. Il assure qu’il ne reculera pas. « Jamais », insiste-t-il, prêt à solliciter à nouveau la confiance de sa population.

Au-delà de l’énergie, il place la sécurité au cœur de son prochain mandat avec la construction d’une nouvelle caserne de pompiers. « Je veux rester tant que la santé est correcte et que le monde veut encore de moi », indique le maire de Hawkesbury Est.

Le grand changement viendra toutefois de Hawkesbury où Robert Lefebvre quittera ses fonctions après cinquante ans de carrière. Il a annoncé son départ tôt pour « donner la chance aux résidentes et résidents qui seraient intéressés à poursuivre une carrière municipale. »

Il quitte la mairie fier de l’entente avec Champlain, soulignant que c’est « le moteur économique du futur » qui permettra une expansion de 13 % de la superficie de la ville. 

Les aspirants candidats auront du 4 mai au 11 septembre 2026 à 14h pour déposer officiellement leur déclaration de candidature. La liste définitive des candidats sera dévoilée à la fin du mois d’août et les électeurs seront appelés aux urnes le 26 octobre prochain.