De Toronto à Milton, les cultures africaines seront à l'honneur tout le week-end, avec une place de choix accordée à la francophonie. Photo : Canva
Culture

De Milton à Toronto, une fin de semaine aux couleurs de l’Afrique

De Toronto à Milton, les cultures africaines seront à l'honneur tout le week-end, avec une place de choix accordée à la francophonie. Photo : Canva

Ce deuxième week-end d’août sera placé sous le signe des cultures africaines dans le Grand Toronto. Si Afrofest, rendez-vous incontournable de l’été torontois prévu initialement du 14 au 16 août, n’aura finalement pas lieu cette année, le Festival Habari Africa, au Centre Harbourfront de Toronto, et le Festival multiculturel africain de Milton, qui accueille pour la première fois la Journée internationale de la femme africaine (JIFA), proposeront une programmation riche célébrant la musique, la danse, la gastronomie, le cinéma et l’entrepreneuriat du continent africain.

L’absence d’Afrofest aurait pu laisser un vide dans le paysage culturel torontois. Après plusieurs mois de discussions avec la Ville de Toronto, Music Africa a annoncé qu’il lui était impossible d’organiser l’événement dans des conditions satisfaisantes. La capacité opérationnelle du parc Woodbine, limitée cette année à 5000 personnes, alors que le festival attire habituellement jusqu’à 40 000 visiteurs par jour, a conduit les organisateurs à reporter leur retour à 2027 afin de trouver un site mieux adapté.

Pour autant, les occasions de célébrer les cultures africaines ne manqueront pas. Entre Toronto et Milton, à une quarantaine de kilomètres l’un de l’autre, deux festivals complémentaires offriront au public un voyage à travers les traditions, les saveurs et les expressions artistiques du continent.

« Le début du mois d’août est toujours chargé, mais nos événements ne sont pas en concurrence, explique Édith Taki, fondatrice de la Journée internationale de la femme africaine (JIFA). Quelqu’un peut très bien passer une journée à Milton et aller au Festival Habari Africa un autre jour du week-end. L’important, c’est que les gens découvrent la richesse de nos cultures. »

Deux festivals, une même volonté de faire rayonner l’Afrique

S’ils partagent le même objectif de mettre en valeur les cultures africaines, les deux événements proposent des approches bien différentes.

À Milton, Jean Asamoah a lancé le Festival multiculturel africain avec l’idée de créer un grand rendez-vous familial mettant en lumière les communautés africaines, en accordant une place importante à la francophonie.

« Quand je suis arrivé à Milton, je me suis rendu compte qu’il existait peu d’espaces où les communautés africaines francophones pouvaient se retrouver et célébrer leur culture », raconte-t-il.

Cette année, l’évènement réunira une douzaine d’artistes et de groupes, parmi lesquels Abel Maxwell, Amara Kanté, AfroNation ou encore les Toronto Burundi Drummers. Les visiteurs pourront également découvrir un village africain, des kiosques de gastronomie, des ateliers culturels, un espace jeunesse et des démonstrations de percussions et de danse, dans une ambiance pensée pour toute la famille.

Le Festival multiculturel africain de Milton célèbre sa sixième édition, le samedi 8 août, au parc communautaire de Milton.
Photo : gracieuseté Akwaba Cultural Exchange

À Toronto, le Festival Habari Africa célèbrera pour sa part sa 13e édition au Centre Harbourfront. Organisé par Batuki Music Society, il proposera, pendant trois jours des concerts, des projections de films, des ateliers, des expositions, des expériences de réalité virtuelle, une cérémonie traditionnelle du thé sénégalais ainsi que des activités interactives destinées aux enfants et aux familles.

Pour Thierno Soumaré, l’un des organisateurs, la philosophie du festival dépasse les frontières linguistiques.

« Nous ne mettons pas en avant une langue, mais la culture africaine dans toute sa diversité, explique-t-il. Cette année, près de 60 % des artistes sont francophones, mais nous les choisissons avant tout pour ce qu’ils représentent artistiquement. Ce qui nous rassemble, c’est la culture africaine. »

Le Festival Habari Africa se déroule du 7 au 9 août 2026 au Centre Harbourfront de Toronto. Photo : gracieuseté Batuki Music Society

Les femmes africaines à l’honneur

Cette année, le Festival multiculturel africain de Milton accueillera pour la première fois la Journée internationale de la femme africaine (JIFA). Célébrée officiellement chaque 31 juillet à travers le monde, cette journée met à l’honneur les contributions des femmes africaines et afrodescendantes. En Ontario, Édith Taki en a fait un événement local porté par Akwaba Community.

Lancée pendant la pandémie sous forme de rencontres virtuelles, la JIFA ontarienne a progressivement évolué pour devenir un rendez-vous annuel réunissant entrepreneures, professionnelles et leaders communautaires autour d’enjeux économiques et sociaux.

« Nous nous sommes demandé pourquoi organiser deux événements séparés alors que nous poursuivons le même objectif : rassembler les communautés et créer des opportunités, explique-t-elle. En intégrant la JIFA au festival, nos entrepreneures pourront toucher un public plus large et créer de nouveaux partenariats. »

Édith Taki (au centre, en blanc) a fait de la célébration de la Journée internationale de la femme africaine un rendez-vous annuel en Ontario. Photo : gracieuseté

Le thème de cette année, Investir pour recevoir : débloquer des opportunités grâce à la puissance de l’investissement collectif, reflète cette volonté de favoriser les collaborations entre entrepreneures plutôt que les initiatives isolées.

À travers des conférences, des rencontres et le Village des entrepreneures, la journée invitera les participantes à voir plus grand : partager leurs expériences, développer leur réseau et bâtir des projets collectifs capables de renforcer la présence des femmes africaines et afrodescendantes dans le paysage économique ontarien.

« Quand les femmes se soutiennent et investissent ensemble, elles créent davantage d’occasions de réussir », résume Édith Taki.

La culture comme langage universel

La transmission culturelle sera également au cœur des spectacles.

À Milton, le groupe AfroNation fera vibrer le public avec des chorégraphies inspirées de différentes traditions africaines. Pour sa fondatrice, promotrice et chorégraphe, Carine Acquah, chaque représentation est aussi une leçon d’histoire.

« Beaucoup de gens pensent que la danse africaine se résume aux percussions. Pourtant, chaque chanson raconte une histoire et chaque mouvement a une signification. Avant de danser, nous expliquons toujours aux jeunes ce que racontent les paroles afin qu’ils comprennent ce qu’ils transmettent au public. »

Carine Acquah cumule les rôles de promotrice, manager et chorégraphe au sein d’AfroNation, dont elle accompagne le développement artistique. Photo : gracieuseté

Une philosophie qui rejoint celle de Keïla, tête d’affiche du Festival Habari Africa. Artiste franco-comorienne ayant grandi entre les Comores, Madagascar, La Réunion et la France, elle fera découvrir au public torontois un univers où se rencontrent maloya réunionnais, sonorités comoriennes, influences malgaches, afro-soul et musiques urbaines.

Avant son concert du samedi soir, elle animera également un atelier consacré au maloya, tradition musicale de La Réunion inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Pour elle, sa venue à Toronto revêt une portée qui dépasse largement le cadre artistique. « C’est un grand honneur de représenter cette identité plurielle, confie-t-elle. Avant tout, on porte le message qu’il est possible de vivre ensemble et de coexister avec toutes ces différentes cultures. »

De La Réunion à Toronto, Keïla profitera de sa première participation au Festival Habari Africa pour faire découvrir au public un héritage musical encore inédit dans l’histoire du festival. Photo : Nour Aucomte

L’artiste dit avoir été frappée dès son arrivée par le caractère multiculturel de Toronto, une ville où chacun semble pouvoir afficher librement son identité. « On devrait apprendre de villes comme Toronto », estime-t-elle, voyant dans cette diversité une richesse qui fait écho à son propre parcours.

Son concert promet ainsi plus qu’une succession de chansons, mais bien « un voyage », dit-elle, à travers les cultures de l’océan Indien, porté par des messages de paix, de résilience et de guérison.

Une invitation, finalement, à parcourir l’Afrique sans quitter le Grand Toronto, le temps d’un week-end.