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Débat de Kapuskasing : les conservateurs critiqués pour leur absence

Temps de lecture : 5 minutes

KAPUSKASING – La campagne électorale provinciale est dans sa dernière étape, et c’est jeudi soir qu’a eu lieu à Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario, le troisième et dernier débat en français animé par Rudy Chabannes de TFO. Seuls deux candidats ont répondu présents, le député sortant Guy Bourgouin du Nouveau Parti démocratique (NPD) et le candidat du Parti libéral Matthew Provonost tous deux dans la circonscription Mushkegowuk—Baie James. Le Parti progressiste-conservateur a été l’objet de tirs groupés des deux candidats, tout comme l’absence de son député Éric Côté.

Le débat d’une durée d’une heure s’est déroulé sans la présence de plusieurs candidats dont l’absence a été soulignée tout au long du débat. Contactée à plusieurs reprises par TFO, la candidate du Parti vert (PV), l’infirmière praticienne et professeure universitaire Catherine Jones, n’a jamais donné suite à son invitation.

De son côté, le candidat francophone progressiste-conservateur Éric Côté a refusé de participer au débat. Il s’agit du deuxième candidat du Parti progressiste-conservateur (PPC) à ne pas accepter de participer à un débat. Stéphane Sarrazin avait décliné sa participation au deuxième débat en français organisé par TFO à Embrun, dans l’est de la province, le 19 mai dernier.

Par ailleurs, le candidat du Nouveau Parti bleu Mike Buckley a préféré décliner l’invitation en raison de son français qu’il a indiqué ne pas juger suffisamment bon pour l’exercice.

Les deux débatteurs Guy Bourgouin et Matthew Pronovost. Crédit image : Inès Rebei

L’absence dénoncée d’Éric Côté

Les progressistes-conservateurs et l’absence de son représentant ont donc été, sans surprise, l’objet de nombreuses attaques de la part des deux participants.

« Je trouve que c’est un gros manque de respect envers les électeurs », lance M. Bourgouin, avant de féliciter au passage son adversaire libéral d’assister au débat. S’en suivront de forts applaudissements de la salle.

Il émettra ensuite la possibilité que cette absence soit la conséquence d’une décision du parti, « c’est-tu son parti qui l’a muselé ? », et de continuer  « quel genre de représentant il va être à Queen’s Park s’il n’est pas capable de débattre, de répondre aux questions ici, je trouve qu’on mérite mieux comme représentant ».

L’enseignant et pompier volontaire, M. Pronovost n’en pense pas moins.

« À Queen’s Park, il y a 123 autres députés, pour aucune raison il est incapable de venir se prononcer ici, comment peut-on lui faire confiance pour être une voix forte ? Si son parti ne le laisse pas parler, ils vont-tu écouter ses idées, on n’a pas un vrai candidat, on a une face et un nom », affirme-t-il.

La question du retour du Northlander

Un autre point d’intérêt a été le fameux dossier du Northlander, que le candidat du Parti libéral promet de ramener. Selon lui, si les transports sont en voie de disparaître dans le Nord de la province c’est parce que les gens ont de plus en plus peur d’utiliser les transports en commun, une situation que la pandémie aurait exacerbée.

Le candidat des libéraux Matthew Pronovost. Crédit image : Inès Rebei.

Il dit vouloir permettre aux personnes vulnérables, en situation de précarité ou sans auto de se déplacer notamment avec le service d’autobus de Kapuskasing à Timmins pour la modique somme de 1 $, au lieu du 41 $ actuel, non sans provoquer une réaction chez son adversaire du NPD.

Selon M. Bourgouin, le parti de M. Pronovost manque de vision et est mal placé pour rétablir le train.

« Faut pas oublier que c’est les libéraux qui l’ont cancellé, puis dire qu’il ne pouvait pas survivre, mais là on va le faire à une pièce et dire qu’il va survivre », lance-t-il.

Il annonce de son côté que son parti propose plutôt de subventionner le Northlander et souligne que la question des transports est essentielle pour le Nord.

Des moments de tension

Avec 60 % de francophones dans la circonscription, la question de la représentation des Franco-Ontariens à Queen’s Park a elle aussi suscité quelques vives réactions et le premier de plusieurs moments de tensions du débat.

Comme porte-parole de l’opposition, M. Bourgouin a souligné qu’il est bien placé pour servir les intérêts des francophones et a énuméré quelques-unes des mesures qu’il a amenées de l’avant comme un projet de loi sur l’entretien des routes en hiver.

De son côté, Matthew Provonost est quant à lui sceptique sur le potentiel de son adversaire.

« Guy a fait son travail, mais on a besoin de résultats », clame-t-il.

Il ajoute que son parti est le seul qui empêchera une privatisation du secteur de la santé pour ensuite faire allusion aux nombreux décès dans les foyers de soin de longue durée pendant la pandémie qui auraient étés provoqués davantage par la négligence que par la COVID-19 elle-même, estime-t-il.

L’ex-porte-parole du NPD en matière d’Affaires francophones. Crédit image : Inès Rebei.

Il n’en faudra pas plus provoquer le candidat du NPD. « J’ai été accusé de bien des choses mais jamais d’avoir une voix faible ! » lance-t-il avec humour avant de reprendre un ton plus sérieux.

« Dire que ces familles-là ne sont pas mortes du COVID je pense que c’est un grand manque de respect aux familles qui ont perdu des aînés, il faut faire attention avec ce genre de commentaire », dénonce-t-il avec émotion.

S’en suivra un moment de grande tension avec le candidat, M. Pronovost, qui reproche à son adversaire de lui mettre des mots dans la bouche, et de déformer ses propos.

La question des Premières Nations

Autre fait intéressant du débat, la question autochtone relativement absente de la campagne qui a été discutée durant le débat. Lui-même d’orginie métisse, Guy Bourgouin a exprimé avec émotion vouloir défendre les intérêts des Premières nations.

« On a vu trop souvent les Premières Nations crier, des enfants qui n’avaient pas d’école, des manques d’eau, des manques de maisons et le reste. »

M. Pronovost annonce de son côté vouloir construire 20 000 maisons pour les Premières nations, et dit qu’il faut établir des besoins solides en matière de gestion des eaux spécifiquement pour ces populations.

Il dit vouloir partager les ressources et va même jusqu’à annoncer vouloir fournir des soins de santé par et pour ces populations.

« On va les laisser voir leur financement et décider ce qui est mieux pour leur monde parce que pendant trop longtemps c’est nous qui leur avons dit comment vivre et se comporter. »

L’élection aura lieu jeudi prochain, le 2 juin.

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