Passer au contenu Passer au pied de page

Déchirements sur le choix des futurs membres du comité francophone de Toronto

TORONTO – Une trentaine d’organismes et d’individus ont soumis leur candidature pour obtenir l’un des huit postes disponibles pour représenter les dizaines de milliers de Franco-Torontois à la Ville de Toronto. Un groupe s’est positionné pour obtenir l’ensemble des huit postes, ce qui provoque la colère de plusieurs acteurs francophones. 

Ce qui est en jeu : la possibilité d’influencer les décisions de la Ville de Toronto sur ses initiatives à l’endroit des francophones. Aussi, un accès privilégié à John Tory, le maire de la métropole du Canada, qui devrait présider le comité consultatif francophone.

Alors que le processus de sélection bat son plein, une poignée d’acteurs franco-torontois issus de plusieurs secteurs d’activité ont eu vent des efforts de huit personnes et organismes pour « s’accaparer l’ensemble des postes du comité », ont-ils dénoncé à ONFR+ sous le couvert de l’anonymat.

René C. Viau rejette ces critiques du revers de la main. C’est lui qui a eu l’idée de proposer une liste de huit intervenants pour siéger au comité. Dans un souci d’efficacité, dit-il. « Oui, j’ai proposé une liste à des gens avec qui j’avais des contacts à l’hôtel de ville. À des bureaucrates. J’ai proposé une liste de huit noms », admet celui qui est directeur torontois de la Société économique de l’Ontario et membre du conseil d’administration du Centre francophone de Toronto, du Collège Boréal et de Francophonie en fête.

S’il refuse d’identifier les huit personnes de cette liste, au moins une provient d’un des organismes où il s’implique, selon nos informations. C’est sans compter sa propre candidature et celle de deux personnes qui travaillent pour un même organisme franco-torontois.

« C’est simplement parce que je veux qu’on se retrouve avec des gens autour de la table qui ont une voix qui va porter à Toronto », ajoute-t-il, pour expliquer sa démarche.

René C. Viau discute avec le maire de Toronto, John Tory, lors d’une réception publique pour le mois de la francophonie Crédit image : gracieuseté

Les huit membres qu’il propose vont changer des choses ensemble, dit-il. « Peut-être qu’on souhaiterait justement qu’il y ait des intervenants qui puissent amener une lueur de changement et peut-être plus de résultats. Ça fait trois ans et il n’y a pas eu de résultats. Si je propose une liste, c’est parce qu’effectivement il n’y a pas grand-chose qui s’est fait auparavant », explique René C. Viau.

Serge Paul, président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto) et une des huit personnes de la liste de René C. Viau, croit que la Ville n’a pas l’expertise pour faire un choix éclairé. « Sincèrement, ils n’ont pas les connaissances et les moyens pour déterminer qui a la capacité de siéger en se fiant seulement à leur formulaire de candidature. Avec René, on a sélectionné sur cette liste des gens de la communauté qu’on connaît bien et qui pourront s’exprimer », affirme Serge Paul.

Une démarche fortement critiquée

Informés par ONFR+ de cette initiative, d’anciens membres du comité consultatif francophone de Toronto ne cachent pas leur malaise.

« L’approche d’une liste me rappelle les notions d’une clique politique. Ce n’est pas sain pour le débat, l’échange d’idées, la différence d’opinions. Un comité comme ça fonctionne quand il y a des désaccords et des échanges entre gens qui n’ont pas toujours la même vision et qui ensuite réussissent à bâtir un consensus. On avance ensuite », croit le directeur du Théâtre français de Toronto, Joël Beddows.

Joël Beddows, directeur artistique du Théâtre français de Toronto.Archives, #ONfr

Il ne comprend pas la légitimité de cette démarche, alors qu’un processus indépendant est en place pour choisir individuellement huit membres parmi la trentaine de candidats.

« C’est un désaveu du système de sélection. La Ville propose un processus de sélection. Est-ce qu’il y a une raison pour laquelle on ne ferait pas confiance à ce processus ? Si c’est le cas, il faut changer le système pour que les personnes les plus aptes soient présentes autour de la table », martèle-t-il.

Le Théâtre français était auparavant représenté au comité par Ghislain Caron, son directeur administratif. M. Beddows a, cette fois, présenté sa propre candidature.

« Je m’attends à un processus où les dossiers seront analysés de manière individuelle. C’est pas une logique de partis politiques. La Ville est-elle ouverte à des processus de lobbying ? Si c’est le cas, il faut que ça soit affiché », insiste-t-il.

Diane Chaperon-Lor, qui a déjà représenté le Club canadien au comité consulatif francophone, affirme qu’il est inacceptable qu’un groupe s’entende en coulisses pour obtenir l’ensemble des sièges du comité consultatif.

« Je poserais beaucoup de questions sur les motivations de quelqu’un qui voudrait mettre de l’avant un groupe et qui se croit en position de faire ces démarches. Une communauté se revitalise par sa diversité. Ce serait plutôt dangereux », lance-t-elle « On ne peut pas rallier la communauté avec des cliques », lance-t-elle.

Par le passé, elle a exigé de la Ville de Toronto qu’elle clarifie les critères de sélection, dit-elle.

« J’ai demandé qu’on ait des critères d’intégrité et de gouvernance. Il faut considérer des règles de gouvernance, de conflits d’intérêts, de moralité… pour que les gens représentent la collectivité francophone et le fassent de manière intègre et aient des antécédents qui démontrent leurs réalisations », affirme Mme Chaperon-Lor.

René C. Viau ne regrette pas son initiative. Il affirme avoir agi en fonction des balises en place. « Si j’ai proposé une liste, c’est que j’espère qu’elle soit choisie, mais encore là, ce n’est pas moi qui prends la décision », réplique-t-il. « Si les gens ne se sont pas positionnés, ce n’est pas de ma faute », lâche M. Viau.

Si la liste de René C. Viau est choisie dans son entièreté, les huit représentants seront-ils à l’image de la diversité franco-torontoise ?

« Les huit sont proches de René Viau, car on les retrouve dans les conseils d’administration, autour des tables quand il y a des décisions à prendre…Les gens qui ne participent pas et ne vont pas aux réunions, c’est peut-être normal qu’ils ne soient pas choisis », réplique Serge Paul. « C’est pas du copinage, c’est de la démocratie communautaire. Tu participes de façon active et après tu fais partie du comité de la Ville », conclut-il.

Une décision le 16 juillet

La Ville de Toronto affirme que les candidats avaient jusqu’au 7 mai pour se porter candidat au comité. Les fonctionnaires analyseront les dossiers et les élus de Toronto entérineront ces suggestions le 16 juillet.

Le porte-parole de la Ville, Eric George, affirme que la Ville souhaite avoir un comité représentatif de la diversité de la communauté francophone. Mais il n’a pas répondu clairement aux questions d’ONFR+ sur la légitimité d’une proposition commune ou la possibilité que les huit personnes proposées obtiennent ensemble les huit postes disponibles.

« Les fonctionnaires de la Ville vont consulter du personnel de la Ville qui travaille avec la communauté francophone. En plus, les fonctionnaires vont consulter d’autres agences publiques qui travaillent avec la communauté francophone », fait-il savoir.

Sur les huit membres du comité, quatre proviendront d’organismes francophones et quatre seront des citoyens évoluant dans les milieux culturels, économiques ou communautaires francophones. Les membres du comité n’ont pas à être citoyen canadien et ils ne sont pas rémunérés.

Le comité est dissout à chaque élection municipale et doit être reconstitué ensuite, après chaque scrutin. La dernière rencontre était au printemps 2018.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
6+