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Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles.

Déclin du français : Ottawa refuse d’admettre sa responsabilité

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Le gouvernement fédéral reconnaît qu’il doit en faire plus pour freiner le déclin du français au pays, mais refuse d’endosser une part de responsabilité dans les dernières années. De son côté, le commissaire aux langues officielles (CLO) pointe du doigt le fédéral pour la baisse du poids démographique des francophones, arguant des échecs répétés en immigration.

Près d’une semaine après que les données sur le français soient sorties montrant une baisse du poids démographique des francophones à l’échelle nationale, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor qualifie une fois de plus la situation de « troublante ».

« Le gouvernement fédéral prend ses responsabilités pour s’assurer qu’on adresse cette situation. On reconnaît que le français est en déclin au Canada et on doit reconnaître aussi qu’il y a une augmentation des personnes qui parlent le français au pays, mais oui on voit que le poids démographique est en déclin. C’est pour cette raison qu’on doit aller de l’avant avec un projet de loi (C-13) qui est ambitieux, mais aussi avec un Plan d’action avec des items concrets pour adresser cette situation qui est préoccupante », a lancé la membre du cabinet Trudeau, ce jeudi en conférence de presse.

Mais lorsque questionnée, la ministre refuse de dire si son gouvernement aurait pu en faire plus depuis son arrivée au pouvoir en 2015.

« Ce sont des chiffres préoccupants, soyons très clairs. Mais on doit aussi dire qu’on n’était pas surpris. Comme gouvernement fédéral, quand même, nous sommes le premier gouvernement qui a reconnu un déclin du français dans ce pays et c’est pour cette raison qu’on va de l’avant avec un projet de loi qui est ambitieux », répond-elle.

Le cap sur l’immigration francophone

Pour la députée néo-brunswickoise, l’immigration francophone doit être une priorité absolue dans les prochaines années pour régler la situation, arguant qu’il faut « absolument en faire plus et il faut le faire vite ».

« On veut s’assurer de réparer de notre poids démographique dans ce pays et on doit s’assurer d’avoir qu’on va avoir une politique d’immigration et une stratégie d’immigration francophone pour adresser cette perte démographique. »

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge.
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Crédit image : Commissariat aux langues officielles du Canada

« Il faut se donner les moyens pour essayer de renverser la vapeur » – Raymond Théberge

En faire plus et vite, c’est ce que les gouvernements ont échoué à faire depuis deux décennies, critique le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge.

« C’est le fédéral qui est responsable de l’immigration. C’est une compétence partagée, mais c’est le gouvernement fédéral qui établit les cibles. Depuis 2003, on s’est donné une cible qu’on a jamais atteinte, donc ça veut dire qu’on n’a pas mis en place les programmes nécessaires pour atteindre cette cible », reproche-t-il.

Ce dernier fait référence à la cible de 4,4 % en immigration francophone en contexte minoritaire qu’Ottawa n’a jamais atteint depuis 2003. Selon une étude du CLO, ces manquements année après année représentent 120 000 immigrants francophones de moins depuis 20 ans.

« Il faut se donner les moyens pour essayer de renverser la vapeur », poursuit-il. « La démographie, c’est cumulatif. C’est un peu comme un glacier qui tout d’un coup qui apparaît, le résultat que l’on voit cette année fait suite à des décisions qui ont été prises en 2003, 2004, 2005, au niveau de l’immigration, au niveau des cibles d’immigration qu’on n’a jamais atteintes. Donc il y a un manque à gagner et ceci fait partie maintenant de la démographie. »

La nouvelle loi comme outil

Ginette Petitpas Taylor le souligne à maintes reprises, son projet de loi C-13, qui est présentement à l’étude en comité parlementaire, est l’une des clés pour rétablir le poids démographique de la francophonie canadienne. La mouture actuelle stipule que l’appareil fédéral se doit de se doter d’objectifs, de cibles et d’indicateurs et que « l’immigration est l’un des facteurs qui contribuent au maintien ou à l’accroissement du poids démographique des minorités francophones ».

Mais cet énoncé n’inclut aucune conséquence si le gouvernement ne respecte pas ses objectifs et ne vise pas à rétablir les erreurs du passé, dénonce la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) dans son mémoire de juin sur le projet de loi C-13.

« Le projet de loi est sous étude à ce point-ci, mais on veut s’assurer d’avoir des mécanismes pour atteindre ces cibles-là », rétorque Mme Petitpas Taylor.

« C’est bien beau de mettre une cible, le plus important est qu’on doit s’assurer des mécanismes pour atteindre ces cibles-là (…) On va faire le travail avec mes collègues et le ministre Fraser (Sean Fraser) entre autres pour s’assurer qu’on puisse mettre sur pied exactement les services qui sont nécessaires et aussi les motivations pour aller recruter ces gens-là dans les autres pays », ajoute-t-elle.

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser. Crédit : Compte Twitter Sean Fraser

Depuis la récente arrivée du ministre de l’Immigration Sean Fraser, l’immigration francophone n’a jamais atteint la cible de 4,4 %, mais Ginette Petitpas Taylor se dit « confiante ».

« J’ai une très bonne relation avec le ministre Fraser et sa sous-ministre. Quand on parle d’avoir une cible et une politique (en immigration francophone), moi et le ministre Fraser on est sur la même page », mentionne-t-elle.

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