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Des élus demandent à la GRC de rétablir la formation en français

OTTAWA – Le comité permanent des langues officielles enjoint la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à revenir sur sa décision de mettre fin, depuis le 1er avril, à la formation unilingue en français à son école, Division Dépôt en Saskatchewan. Un épisode qui s’ajoute aux nombreux problèmes à la GRC, ces dernières années, en matière de langues officielles.

Lancée à l’initiative du député conservateur Alupa Clarke, également porte-parole de son parti en matière de langues officielles, les élus s’inquiètent, dans une motion, «d’un réel risque de diminuer l’offre de formation pour la communauté de langue officielle en situation minoritaire, plutôt que de permettre aux agents unilingues d’apprendre une seconde langue».

«L’accès aux postes dans le corps fédéral doit rester ouvert aux francophones, dans le respect de notre dualité linguistique», disent les élus.

La GRC est sous le feu des projecteurs depuis sa décision de remplacer la formation policière en français de ses cadets par une formation bilingue à son école, Division Dépôt en Saskatchewan.

L’institution fédérale explique que ce projet pilote de deux ans est nécessaire pour répondre à la réalité du terrain, puisque les agents sont plus souvent appelés à travailler dans des milieux anglophones ou bilingues.

Le gouvernement défend la GRC

Au bureau du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, on défend cet argument, expliquant que le programme de formation accélérée d’anglais langue seconde pour renforcer les perspectives d’emploi des candidats francophones, lancé en 2012, «comportait des lacunes importantes».

«L’effectif actuel des services policiers de la GRC est composé de postes anglais essentiels et de postes bilingues, étant donné que le Québec possède son propre corps policier», rappelle le bureau du ministre.

La nouvelle approche mise à l’essai pour les deux prochaines années, précise-t-il, «vise à offrir aux cadets francophones une plus grande exposition à leur deuxième langue officielle».

«La moitié des cours sont donnés en français et l’autre moitié est donnée en anglais. Les cadets auront accès à du matériel de formation dans les deux langues officielles et pourront soumettre leurs travaux dans la langue officielle de leur choix. Les instructeurs sont tous parfaitement bilingues et un soutien linguistique est à la disposition des cadets tout au long du programme», énumère le ministère.

Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale (au pupitre). Source: Twitter

La formation linguistique étant désormais effectuée avant la formation régulière, cela devrait permettra aux cadets d’être placés plus rapidement dans un détachement après avoir obtenu leur diplôme et donc à la GRC d’augmenter sa capacité de servir les Canadiens en français partout au pays en formant trois troupes francophones par année plutôt qu’une, ajoute l’équipe du ministre.

Récidiviste

La décision de la GRC fait l’objet de plaintes au Commissariat aux langues officielles. Et ce n’est pas la première fois que l’institution se retrouve suspectée de manquer de sensibilité en matière de langues officielles.

En 2015, l’ancien porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), Yvon Godin, avait porté plainte pour dénoncer le manque de personnel bilingue sur la colline parlementaire, l’endroit le plus visité de la capitale nationale.

Auparavant, en 2013, la GRC avait été pointée du doigt à cause du site internet de sa fondation. La boutique Mountie, qui commercialise depuis 2007 des accessoires souvenirs à l’effigie de la GRC, a beau être soumise à la Loi sur les langues officielles, on y retrouvait des T-shirts plus chers en français qu’en anglais et des traductions pas toujours adéquates dans la langue de Molière.

Six ans plus tard, le détaillant officiel de la GRC a fait des progrès, mais on y trouve encore plusieurs traductions absentes ou défaillantes et certains produits indisponibles en français.

Récemment, dans une enquête du Commissariat terminée en mars, la GRC s’est vue reprocher des conférences de presse tenues uniquement en anglais dont le contenu n’était pas équivalent dans les deux langues officielles. Ces conférences de presse visaient à informer la population canadienne des constats à la suite d’événements d’envergure touchant la sécurité nationale.

Un argument pour la modernisation de la Loi

«Je ne pense pas que ce soit de la mauvaise volonté, mais plutôt l’absence d’un réflexe pour déterminer en amont l’impact des changements ou de nouveaux programmes sur les obligations linguistiques de la GRC», juge pourtant la politologue au Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard. «C’est dommage pour une institution chargée de faire respecter la Loi de ne pas respecter la Loi sur les langues officielles», note-t-elle.

La politologue rappelle que cela démontre aussi les limites du pouvoir du commissaire.

«La GRC se retrouve souvent au palmarès des mauvais élèves. Ça fait plusieurs fois qu’elle se fait taper sur les doigts, pourtant elle n’a jamais été en mesure de développer un réflexe bilingue. On voit que comme plusieurs recommandations du commissaire, si l’institution ne prend pas au sérieux les plaintes ou que les plaignants ne se rendent pas jusque devant la cour, rien n’oblige les institutions récalcitrantes à se plier.»

Donner davantage de pouvoirs coercitifs au commissaire aux langues officielles, comme le proposent plusieurs intervenants qui s’intéressent à la modernisation de la Loi sur les langues officielles, pourrait aider à régler le problème, tout comme le fait d’avoir un leadership politique fort.

«Clarifier qui a le flambeau des langues officielles pourrait aider», estime Mme Chouinard.

Contactée par ONFR+, la GRC n’avait pu donner suite à notre demande d’entrevue au moment de la publication.

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