Des kiosques francophones exclus d’un festival par Santé publique Toronto
TORONTO – Lors du festival Kompa Zouk (FKZO) dimanche dernier, un seul des cinq kiosques de nourriture antillaise préparée par des cuisiniers francophones a pu assurer le service. Selon l’organisatrice, une barrière linguistique a bloqué les échanges avec Santé publique Toronto (SPT), l’agence ne comptant aucun inspecteur bilingue pour faciliter le traitement des candidatures des traiteurs.
« En 18 ans à la barre de ce festival annuel, j’ai du mal à croire ce que nous avons vécu cette année », déplore Marie-Jennyne Mayard, qui a fondé le FKZO en 2008. Elle raconte qu’après que les cinq kiosques aient envoyé leur formulaire rempli à Santé publique Toronto, « la communication est devenue difficile. » Sur les cinq kiosques prévus, un seul a pu être maintenu, et ce, à la suite de lourdes négociations avec l’organisme.
La cuisinière franco-torontoise Carline Semexant, qui devait proposer ses plats au festival pour la première fois, alors qu’elle avait déjà tout préparé et payé la location de sa tente, qualifie cette situation de sabotage : « La personne responsable nous a rendu la vie dure. » Elle explique que les vendeurs sont restés sans réponse de SPT après avoir soumis leurs formulaires sanitaires, lesquels précisaient la liste des ingrédients, leur provenance, le menu et un schéma d’aménagement des tentes.

Les imprévus ont entraîné des pertes pour les vendeurs concernés : « Je me suis rendue jusqu’à Montréal pour acheter des ingrédients haïtiens. » La cuisinière évalue ses pertes à 2500 $, sans aucune perspective de dédommagement pour le moment.
Un inspecteur bilingue réclamé : Santé publique Toronto dément
« On a demandé un inspecteur bilingue parce qu’il y avait une barrière linguistique avec les vendeurs. SPT m’a informée par téléphone qu’il n’y en avait pas. Par la suite, l’inspecteur en question s’est contenté de refuser les candidatures de nos vendeurs la veille », évoque l’organisatrice.
Dans une déclaration envoyée à ONFR, SPT déclare au contraire que « durant ce processus de consultation, aucune demande d’inspecteur bilingue n’a été adressée au SPT ». Selon eux, « les fournisseurs n’ont pas fourni suffisamment d’informations à l’inspecteur concernant ces derniers et les aliments et boissons proposés. Par conséquent, il n’a pas pu examiner les dossiers ni consulter tous les fournisseurs participants avant l’événement. »

Mme Mayard martèle pourtant que les formulaires avaient été envoyés depuis le 19 juin après quoi elle a multiplié les démarches auprès de SPT, sans jamais réussir à joindre le responsable : « Il n’a jamais pris mon appel parce que j’exigeais quelqu’un de bilingue », affirme-t-elle. « L’inspecteur a également partagé par courriel des informations et des ressources sur la sécurité alimentaire avec l’organisateur, afin qu’il les diffuse aux fournisseurs participants, car leurs coordonnées n’avaient pas été communiquées directement au service de santé publique de Toronto (TPH) », affirme l’organisme.
Mme Mayard rétorque : « Après avoir été notifiés que c’était incomplet, les vendeurs ont renvoyé les formulaires, puis nous n’avons plus eu de nouvelles. Certains d’entre eux ont alors appelé l’inspecteur, mais il ne comprenait pas, donc il a raccroché. »
« C’est incompréhensible. Nous avons beaucoup de questions », confie l’organisatrice. « Nous sommes un festival francophone, pourquoi ne peut-on pas avoir un représentant de SPT francophone aussi? », se demande-t-elle.
Par ailleurs, Mme Semexant s’indigne que d’autres kiosques non affiliés au festival étaient présents sur les lieux : « On a retiré les kiosques de nos mains pour les donner aux autres. C’est comme si on nous avait repris notre patrimoine pour leur donner. »

Certains vendeurs ayant eu l’impression que leurs préoccupations n’ont pas été prises en compte entendent retenter leur chance l’an prochain. « On doit trouver une solution pour que ça ne se reproduise plus. »
« Ne vous découragez pas! » lance aux vendeurs Mme Mayard qui souhaite faire évoluer le festival d’ici l’an prochain et qui espère que cet incident linguistique n’entamera pas la confiance des jeunes entrepreneurs.