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Des points en plus pour les immigrants francophones hors Québec

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Les candidats à l’immigration francophones et bilingues recevront des points supplémentaires dans le système Entrée express. Une initiative qui doit permettre d’accroître l’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

Depuis hier, les candidats francophones peuvent prétendre à une augmentation de 15 à 25 points, alors que les candidats bilingues peuvent espérer de 30 à 50 points supplémentaires dans le cadre de leur demande d’immigration via Entrée express.

Ce système établit une banque de candidats admissibles à l’immigration qui sont ensuite choisis selon un barème de points. Celles et ceux qui ont l’une des notes les plus élevées lors des tirages réalisés régulièrement peuvent ensuite demander leur résidence permanente, précieux sésame pour s’installer au Canada.

L’âge, les diplômes, la maîtrise d’une des langues officielles, l’expérience de travail au Canada, le profil du conjoint, la transférabilité des compétences ou encore, le fait d’avoir fait des études au Canada ou d’être formé dans un domaine très demandé permettent aux candidats d’accumuler jusqu’à 1 200 points.

Un « bon signe » pour la FCFA

Les points supplémentaires annoncés seront-ils, dès lors, suffisants pour démarquer les candidats francophones ? Thomas Mercier, coordonnateur au sein du Réseau de soutien à l’immigration francophone du nord de l’Ontario (RSIFNO), le pense.

« Clairement, ça va aider en encourageant plus de francophones à s’inscrire via Entrée express et en leur donnant plus de chance de se distinguer. Actuellement, la loi du nombre ne les favorise pas et on constate un biais systématique du fait qu’IRCC [Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada] est une grosse machine anglophone qui a pris l’habitude de recruter surtout dans des pays anglophones ou en privilégiant l’anglais. Cela peut contribuer à briser ce cercle vicieux. »

Le programme Entrée express

Lancé en janvier 2015, Entrée express est le système de gestion des demandes présentées dans le cadre de certains programmes d’immigration économique, comme le Programme des travailleurs qualifiés, le Programme des travailleurs de métiers spécialisés et la catégorie de l’expérience canadienne, ainsi qu’au niveau provincial, d’un volet du Programme des candidats des provinces.

Dans son annonce de mardi, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, insiste sur la volonté du gouvernement de « soutenir le développement des communautés francophones en situation minoritaire à l’extérieur du Québec ».

« Nous continuerons d’attirer des immigrants francophones afin d’assurer l’épanouissement des communautés francophones en situation minoritaire. »

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino. Source : Facebook

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, salue l’annonce du ministre.

« Nous sommes vraiment contents, car nous avons travaillé très fort dans ce dossier et que nous avons en face de nous un ministre qui comprend, qui entend et qui agit. On ne connaît pas encore tous les détails et l’impact que ça aura, mais si ça permet d’augmenter le nombre d’immigrants francophones, ce sera un gain. C’est un bon signe ! »

Toujours loin de la cible

Ce n’est toutefois pas la première fois que le gouvernement décide d’augmenter les points des candidats francophones dans Entrée express. En 2017, à l’issue du premier Forum ministériel sur l’immigration francophone à Moncton, le fédéral avait annoncé 30 points supplémentaires « pour les candidats ayant de solides compétences en français », ce qui n’était pas le cas auparavant.

L’annonce, également saluée à l’époque par la FCFA, n’a toutefois guère eu l’effet escompté, puisque l’immigration francophone à l’extérieur du Québec se situait à 2,82 % en 2019, soit 8 470 personnes. Une augmentation par rapport aux années précédentes, mais qui reste encore loin de la cible fédérale de 4,4 % d’admissions de francophones hors Québec d’ici 2023, comme l’a reconnu le gouvernement fédéral dans son communiqué.

« Bien que l’immigration francophone hors Québec ait augmenté, des données récentes montrent que les outils de sélection en place ne seront pas suffisants pour atteindre la cible de 4,4 % d’ici 2023 », précise le ministère qui espère que cette nouvelle attribution de points supplémentaires permettra d’y parvenir.

Un effet limité par la pandémie

Toujours est-il que la pandémie de COVID-19 et les restrictions qu’elle entraîne vont rendre difficile de voir les effets de cette mesure dans l’immédiat.

« La réalisation de progrès en vue de l’atteinte de cette cible sera facilitée par un éventuel assouplissement des restrictions de voyage associées à la pandémie mondiale », concède IRCC.

Le coronavirus a eu un effet important sur l’immigration canadienne avec des délais de traitement des dossiers qui ont explosé. Par exemple, comme le rapportait ONFR+ en août dernier, le nombre de résidents permanents d’expression française en Ontario a chuté de 70 % au deuxième trimestre 2020.

« C’est sûr qu’en nombre absolu, on ne risque pas de voir de grands changements à cause de la COVID-19, mais on va peut-être voir une différence au niveau des pourcentages de l’immigration francophone qui devraient augmenter une fois la mesure en place », estime M. Mercier.

Pour la FCFA, il faudra au moins deux ans pour analyser l’impact de cette mesure, soit à l’aube de 2023, année de la fameuse cible de 4,4 %.

Revoir la cible

Mais d’ici là, l’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire espère bien poursuivre ses discussions avec le ministre Mendicino.

« La cible de 4,4 %, ça fait 16 ans qu’on en parle. Est-ce encore une cible pertinente ? Il y a un recul du poids démographique des francophones et nous pensons qu’il faut la réviser pour tenir compte de cette réalité », glisse M. Johnson.

Le président de la FCFA, Jean Johnson. Archives ONFR+

D’autres mesures pourraient également être prises pour favoriser l’immigration francophone, estime M. Mercier.

« Destination Canada se concentre surtout sur Bruxelles et Paris, mais l’Afrique est souvent oubliée. Il y a aussi tout un travail à faire au niveau de la reconnaissance des diplômes et des acquis professionnels, et aussi pour les résidents temporaires. Car l’objectif, ce n’est pas seulement d’attirer ces personnes dans les communautés, mais de les retenir. »

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