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Désignation de Sudbury communauté francophone accueillante, ça change quoi ?

Temps de lecture : 4 minutes

SUDBURY –  L’immigration francophone va-t-elle passer la seconde vitesse à Sudbury ? L’espoir est en tous cas ravivé. Mercredi, le Grand Sudbury a été désigné « communauté francophone accueillante » par le ministère de l’Immigration, des Réfugiés, et de la Citoyenneté (IRCC). Un titre qui laisse augurer beaucoup de possibilités.

Concrètement, le Grand Sudbury se partagera avec 13 autres municipalités une enveloppe de 12,6 millions de dollars sur trois ans. Ce projet pilote fédéral vise à aider des municipalités rurales hors Québec à développer des services d’accueil pour les immigrants francophones.

Qu’est ce qui changera au quotidien ? Il y aura tout d’abord et durant toute l’année 2019 des discussions menées par le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RIF).

« Un comité consultatif composé de personnes de la communauté d’accueil et de la communauté immigrante s’apprête à être mis sur pied », explique Moïse Zahoui, agent d’appui de projet au RIF.

Le processus décrit par le RIF est clair : autour des thèmes comme « le leadership inclusif, l’accès équitable aux services d’accueil, les opportunités économiques, l’entreprenariat, l’engagement et la participation civique, les espaces publics accueillants », il faudra alors déterminer une stratégie et un « plan communautaire ».

Moïse Zahoui, agent d’appui de projet au RIF. Souce : Facebook

« Nous allons évaluer les défaillances, ce qui ne marche pas dans l’immigration. Le comité consultatif ne prendra pas de décisions, ce sont les partenaires et organismes qui le feront. »

Les futures étapes pour 2020 sont plus nébuleuses. « On sera alors plus dans le financement de projets. On prône toutefois la collaboration entre les différents organismes, indépendamment du volet utilisé. »

Un potentiel d’immigration encore mal exploité

Faire de Sudbury une ville d’immigration francophone peut comporter son lot de difficultés. D’ailleurs, selon l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM), Sudbury, considérée comme le troisième grand foyer franco-ontarien, n’avait accueilli que 105 immigrants francophones sur les 10 000 arrivés en Ontario entre 2006 et 2011. L’équivalent d’une proportion de 0,84 % sur cette période. Trop peu en comparaison de Toronto (45 %) et Ottawa (39 %).

« Le make-up démographique des villes du Nord, ça a toujours été des communautés extrêmement diversifiées », croit la professeure agrégée en sciences politiques à l’Université Laurentienne, Aurélie Lacassagne. « Les britanniques n’ont jamais constitué une majorité. Sudbury est le fruit d’une riche histoire d’immigration (…) Nous avons des bonnes bases pour que cela fonctionne. »

Mme Lacassagne siégera d’ailleurs sur le comité de consultation dont les autres membres seront annoncés prochainement.

« Ce n’est pas tout le monde qui veut se retrouver dans une grande ville, beaucoup de gens veulent aller dans les milieux ruraux », laisse entendre le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin. « On a bien réussi à faire connaître des villages à des familles. Des villes de la dimension Sudbury ont beaucoup d’attraits. Pas tout le monde veut vivre au milieu du béton et des autoroutes. »

Le Collège Boréal, à Sudbury. Archives ONFR+

Mais derrière les atouts se cachent des faiblesses apparentes. Ce que le comité de consultation devra mettre en exergue.

« Il y a bel et bien une immigration d’étudiants internationaux qui viennent au Collège Boréal ou à l’Université Laurentienne, mais on a du mal à les garder une fois qu’ils sont diplômés », fait part Mme Lacassagne. « Il y a une stratégie d’attraction pour les étudiants, mais ça s’arrête là. »

Et les besoins d’emploi criants dans certains secteurs du Nord cacheraient là encore quelques limites pour les nouveaux arrivants. « Les immigrants qui parlent français ne parlent pas tous anglais », confie Moïse Zahoui du RIF. « Cela s’ajoute à un problème de reconnaissance des acquis. »

Une stratégie couronnée de succès ?

À savoir maintenant si cette stratégie fédérale sur trois ans peut s’avérer payante, nos trois intervenants sont unanimes. La réponse est oui.

« C’est un projet pilote, une phase expérimentale, c’est suffisant », croit Moïse Zahou. « On ne demande pas de faire des miracles, mais d’avoir des résultats. »

Des résultats au niveau de l’employabilité des francophones ou d’une éventuelle hausse des nouveaux arrivants parlant la langue de Molière ? Là encore, le responsable au RIF renvoie la balle aux travaux futurs du comité de consultation.

« Le concept discuté semble intéressant », précise Mme Lacassagne. « D’après ce que je comprends, on sort d’une approche purement économique, pour une perspective beaucoup plus holistique. En d’autres mots, on veut, cette fois, renforcer notre communauté avec des francophones. »

Pour l’AFO, le bouche-à-oreille devrait opérer. « Il y a vraiment des possibilités pour que le mot se passe », veut croire le président Carol Jolin. « Une fois qu’un immigrant réussit, le mot se passe. »

Pour l’instant, les noms de six autres communautés accueillantes ont été dévoilés. Le Grand Sudbury est la première en Ontario à obtenir ce titre.

Les villes de Hawkesbury et de Cornwall, dans l’Est ontarien, sont toujours en lice.

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