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Direction libérale : Coteau veut libérer le potentiel économique francophone

Temps de lecture : 5 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

L’ancien ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, également passé au ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport ou encore des Services sociaux et communautaires sous le gouvernement de Kathleen Wynne, Michael Coteau est candidat à la chefferie du Parti libéral de l’Ontario (PLO). Le député torontois de Don Valley-Est, depuis 2011, se présente comme un politicien d’expérience ayant la volonté de repenser l’Ontario. Lundi 20 janvier, il a rendu publiques ses propositions pour les Franco-Ontariens.

LE CONTEXTE :

Le 7 mars prochain, les militants libéraux devront départager M. Coteau, les anciens ministres Steven Del Duca et Mitzie Hunter, Alvin Tedjo, Brenda Hollingsworth et Kate Graham. ONFR+ vous présente la vision de chacun d’entre eux en matière de francophonie. L’entrevue avec M. Coteau a été réalisée en anglais. 

L’ENJEU :

Le PLO compte actuellement six députés à Queen’s Park et beaucoup reste à faire pour les libéraux à l’horizon du scrutin de 2022.

« Dans votre plateforme pour les Franco-Ontariens, vous insistez beaucoup sur l’aspect économique de la francophonie. Pourquoi ?

Parce que je pense qu’après avoir célébré l’histoire et la culture francophone de l’Ontario, il est temps de passer à la prochaine étape et de libérer le potentiel économique que nous offre notre francophonie. Elle peut nous permettre de nous ouvrir sur le monde et de construire des liens, notamment avec l’Afrique francophone qui possède un grand potentiel économique. La Chine l’a compris et l’Ontario doit tirer profit de son avantage francophone et augmenter ses échanges avec ces pays. C’est la raison pour laquelle je propose d’établir une branche économique au sein du ministère des Affaires francophones. On doit faire comme le Québec et avoir une présence partout dans l’Afrique francophone avec des bureaux régionaux.

Le premier ministre Doug Ford a non seulement manqué de respect à l’histoire et à la culture francophone de notre province, mais il manque aussi l’opportunité économique extraordinaire d’avoir la deuxième communauté francophone la plus importante d’Amérique.

Vous dites vouloir vous assurer de la pleine participation de la communauté franco-ontarienne à la vie de la province. Qu’est-ce qui bloque selon vous ?

La décision de Doug Ford de supprimer le Commissariat aux services en français est une très mauvaise décision, car il jouait un rôle essentiel très important en matière de services en français. Je veux donc le restaurer.

Dans les petites communautés, il y a aussi un problème de perte de poids démographique pour les Franco-Ontariens. Il faut donc travailler sur l’immigration francophone. Quand j’étais ministre des Affaires civiques et de l’Immigration [février 2013 à juin 2014], nous avons établi une cible de 5 % d’immigration francophone par année. C’est très important qu’on y parvienne pour ces régions.

Cette cible de 5 % n’a jamais été atteinte sous votre gouvernement. Que faut-il faire, selon vous ?

Il faut être plus proactif, voyager à travers le monde pour inciter les francophones à venir s’installer en Ontario. Mais ceux-ci ne viendront pas si nous ne pouvons leur garantir qu’ils pourront vivre ici tout en conservant leur langue et en ayant des services en français.

À ce titre, les décisions de Doug Ford de supprimer le Commissariat aux services en français et d’abolir le projet de création de l’Université de l’Ontario français ont envoyé un très mauvais message. L’université est le type de projet parfait pour encourager les francophones à étudier ici, ce qui leur donnera ensuite envie de rester.

Vous dites également vouloir renforcer la Loi sur les services en français. Quels genres de changements sont nécessaires, selon vous ?

Je reçois souvent dans mon bureau de circonscription des familles qui viennent me dire qu’elles n’ont pas accès à ces services. Ce n’est pas normal ! On doit corriger cette situation ! Je propose notamment d’ajouter la préférence linguistique sur la carte de santé afin de corriger certains problèmes. Je souhaite aussi m’assurer de la présence de francophones sur les différents comités pour entendre leur perspective.

Dans votre programme, vous ne promettez pas de devenir bilingue. Est-ce que ça veut dire que vous n’allez même pas essayer ?

Je suis des cours de français depuis plusieurs années. Mais c’est très difficile et je ne veux pas faire de fausses promesses comme Doug Ford ou Andrea Horwath. Mais je vais continuer à essayer et j’espère progresser.

J’ai vécu huit ans à Ottawa, j’ai travaillé dans la fonction publique fédérale, je comprends l’importance du bilinguisme et son impact positif, notamment sur le cerveau. Mes enfants vont en immersion et je pense qu’il est essentiel d’offrir à tous les Ontariens, tout au long de leur vie, la possibilité de devenir bilingues s’ils le souhaitent.

Michael Coteau avec la candidate libérale dans Ottawa-Vanier, Lucille Collard. Source : Facebook

Vous insistez beaucoup sur l’importance pour le Parti libéral de reconnecter avec sa base, mais récemment, l’Association libérale de Glengarry-Prescott-Russell s’est montrée très critique envers une décision de l’association provinciale d’imposer la nomination d’Amanda Simard et d’en faire, de facto, la prochaine candidate en 2022 dans la circonscription. Est-ce que ça ne va pas à l’encontre de votre vision ?

Je comprends la réaction de l’association locale. Ils ont travaillé très fort pendant la dernière élection contre Amanda Simard qui était alors la candidate progressiste-conservatrice. Cela crée donc une certaine frustration. Mais la constitution de notre parti est claire que la personne qui est en place n’a pas besoin de repasser par une investiture.

Je préfère qu’Amanda Simard concentre son travail à se battre pour les droits des Franco-Ontariens à travers la province, contre Doug Ford, plutôt qu’à vendre des cartes de membres et à gagner une investiture.

Amanda Simard est sans doute la plus importante personne pour défendre les droits des Franco-Ontariens. Elle s’est tenue debout, contre son gouvernement, pour ses valeurs. Ce sont des personnes comme elle que nous voulons au sein du parti. Elle vient de nous rejoindre, c’est encore frais, mais je pense que les choses vont s’arranger.

Vous êtes un ancien député et ministre des gouvernements McGuinty et Wynne. Après le résultat des élections 2018, ne pensez-vous pas que le Parti libéral a plutôt besoin d’une direction qui ne serait pas liée à ces anciens gouvernements ?

Je suis très fier de ce que nous avons fait avec M. McGuinty et Mme Wynne. Je n’en aurais jamais honte. Même si nous avons fait des erreurs, nous avons aussi fait des choses incroyables, notamment pour les droits des Franco-Ontariens et en démontrant qu’on est plus fort en travaillant ensemble.

Des six candidats à la direction du Parti libéral de l’Ontario, pourquoi les militants devraient-ils vous choisir ?

Parce que je suis celui qui a le plus d’expérience politique. J’ai occupé des ministères très difficiles, mais j’ai livré la marchandise. J’ai aussi un parcours et des expériences hors de la politique qui démontrent la qualité de mon travail, notamment comme conseiller scolaire et vice-président du Toronto District School Board pour augmenter l’offre en immersion.

Et puis, ce que je propose, c’est une vision d’avenir pour l’Ontario. Je veux que l’on repense la province et que nous développions une vision non pas sur quatre ans, mais pour les 50 prochaines années. »

Les principales propositions de Michael Coteau pour les Franco-Ontariens :

Revitaliser et renforcer la Loi sur les services en français

Restaurer un Commissariat aux services en français indépendant

Permettre aux cartes de santé d’indiquer la préférence linguistique

Établir une branche économique au sein du ministère des Affaires francophones

Améliorer les possibilités d’apprentissage du français dans l’enseignement postsecondaire et augmenter l’accès aux études postsecondaires en français

Création de bourses dédiées aux études postsecondaires en français et pour les étudiants francophones

Doubler le nombre d’enseignants capables de dispenser un enseignement en français

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