#Francophonie, #Ontario

Doug Ford appelle des Franco-Ontariens pour se défendre

Le premier ministre, Doug Ford. Archives #ONfr

TORONTO – Doug Ford a toujours donné son numéro de téléphone cellulaire publiquement. Au lendemain des coupes qu’il a menées, les Franco-Ontariens l’inondent d’appels au 416 805-2156. Et le premier ministre ontarien les rappelle, leur parle et défend ses décisions.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Doug Ford ne donne pas d’entrevue aux médias pour expliquer les coupes chez les francophones, mais depuis quelques heures, il s’explique auprès de citoyens franco-ontariens directement, individuellement.
«J’ai appelé son numéro, la boîte vocale était pleine, mais j’ai laissé mon numéro. Puis, j’ai reçu un appel, c’était… Doug Ford», confie Véronique Mortimer, une jeune Franco-Ontarienne d’Ottawa. «Je lui ai fait part de mon mécontentement, il était ouvert à mes critiques, mais défensif et prudent», ajoute-t-elle.

Si le premier ministre ontarien a répété plusieurs des «messages clés» de son gouvernement depuis quelques heures, Doug Ford a été un peu plus loin. Et ses propos n’ont pas plus à Véronique Mortimer.

«Il a comparé les Franco-Ontariens aux autres minorités. Il a dit que oui, il y avait 600 000 francophones, mais qu’il y avait aussi 600 000 Chinois et 600 000 Italiens. J’ai eu un malaise d’entendre cette comparaison entre minorités. En plus, les Franco-Ontariens ont des droits en vertu de la Loi sur les services en français», confie-t-elle. Des propos qu’il a utilisés dans au moins une autre conversation téléphonique, à en croire un citoyen qui a partagé les détails de sa conversation en ligne.

Jacynthe Dupont, une citoyenne d’Ottawa, a aussi appelé le premier ministre et elle a pu lui parler une dizaine de minutes. «Il ne semble pas très au courant des langues officielles, c’est inquiétant. De comparer les 600 000 francophones en Ontario aux autres communautés, c’est un peu choquant d’entendre ça. Il y a un contexte historique différent et des lois linguistiques qui protègent le français», dit-elle. «Je lui ai demandé s’il était au courant des lois linguistiques. Il m’a répondu la même chose que tout le monde: qu’il est l’ami des francophones et qu’il n’avait pas d’argent», ajoute Mme Dupont.

 

Manque de compréhension

Au fil de la discussion, Mme Dupont affirme que le premier ministre semblait ne pas comprendre la place qu’occupent les francophones en Ontario et leur contribution historique à la province.

«J’ai été très respectueuse et j’ai tenté de lui faire comprendre l’impact de ces décisions et l’apport de notre communauté, puis nos droits. Mais je l’ai aussi invité à s’entourer de gens qui connaissent cet enjeu et notre communauté. J’ai vécu l’hôpital Montfort, j’étais en douzième année à l’École Samuel-Genest. Aujourd’hui, je ressens un peu la même gifle», a-t-elle indiqué.

Doug Ford a aussi dit à Véronique Mortimer que ces coupures n’étaient pas idéologiques. «Il m’a dit que ce n’était pas personnel, qu’il aimait les francophones. Il m’a dit qu’il adorait la communauté franco-ontarienne, qu’il ne nous voulait pas de mal, mais qu’il n’y avait pas d’argent», a-t-elle témoigné.

Véronique Mortimer (au centre) lors de la manifestation en faveur de la création d’une université franco-ontarienne. Crédit image: gracieuseté, Véronique Mortimer

Contrairement à ce qui est affirmé dans la mise à jour économique du gouvernement, Doug Ford lui aurait aussi affirmé qu’il n’écartait pas complètement la création d’une université francophone dans la province, si la situation économique le permettait à l’avenir.

William Burton, un autre jeune franco-ontarien, s’est essayé à composer le fameux numéro. «Il s’est protégé en affirmant qu’il n’avait pas d’argent, mais a dit encore une fois que ce n’était rien contre les francophones», témoigne-t-il.

«Il a spinné toutes ses réponses. On dirait que toutes les questions, il écoutait, mais il n’entendait pas. Il essayait de trouver des réponses. Il s’est protégé de tous les bords», s’attriste-t-il.

William Burton tenait à lui poser une question: «Avez-vous consulté la communauté franco-ontarienne avant de poser de tels gestes ?», lui a-t-il lancé. «Non, nous ne l’avons pas fait», aurait répondu franchement le premier ministre.

 

Une mauvaise stratégie?

Doug Ford a toujours expliqué que la publication de son numéro de téléphone cellulaire s’inscrit dans une logique de bon « service à la clientèle ». Mais lors d’une entrevue avec #ONfr, au printemps dernier, il admettait être inondé d’appels et de messages. Il en avait alors 2 642 non répondus.

Le spécialiste des médias numériques, Mathieu Fortin, croit que ces appels directement à Doug Ford sont une mauvaise idée.

«J’ai un message qui me tient vraiment à cœur, je me suis rendu compte que des jeunes ont commencé à appeler le cellulaire de Doug Ford. S’il vous plaît, arrêtez de faire ça. Ne soyez pas des super héros seuls, laissez les organismes faire des décisions juridiques, matures, organisées, avec un plan d’action à long terme», a-t-il soutenu dans une vidéo postée en ligne. Il appelle la communauté à être unie derrière les grands groupes francophones, comme l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

«On a eu les mêmes discussions dans le temps de Montfort. Mais si on a un premier ministre qui nous encourage à l’appeler, je ne vois pas pourquoi on ne profiterait pas de cette tribune pour se faire entendre», réplique Jacynthe Dupont. «Il ne donne pas d’entrevue et ne s’explique pas autrement!», ajoute-t-elle.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.