La frontière entre l'Ontario et le Québec, au cœur de la nouvelle stratégie d'échanges commerciaux et linguistiques de l'Acfo Prescott-Russell. Photo : Inès Rebei/ONFR
Société

Rapprochement avec le Québec : le nouveau pari de l’Acfo Prescott-Russell

La frontière entre l'Ontario et le Québec, au cœur de la nouvelle stratégie d'échanges commerciaux et linguistiques de l'Acfo Prescott-Russell. Photo : Inès Rebei/ONFR

HAWKESBURY – Face aux impératifs de renouvellement de ses enveloppes budgétaires fédérales, l’Association canadienne-française de l’Ontario de Prescott-Russell (ACFO-PR) choisit de rompre avec les modèles de développement traditionnels. L’organisme régional mise désormais sur une stratégie d’interdépendance culturelle et économique en abattant la barrière administrative de la rivière des Outaouais pour s’allier au Québec frontalier.

« Si on ne démontrait pas des idées novatrices, on risquait d’être carrément coupé », voilà comment Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO-PR, explique ce choix de se tourner vers la province voisine.

Patrimoine canadien exigeait, en effet, un renouvellement profond des projets habituels, une pression qui s’est transformée en opportunité pour la structure franco-ontarienne. 

L’idée semble avoir séduit le bailleur de fonds qui vient tout juste d’accorder une nouvelle enveloppe de 37 500 $ sur deux ans à l’organisme, une somme qui demeure toutefois inférieure aux budgets précédents.

Cette réalité financière a poussé M. St-Pierre à bousculer le statu quo pour concevoir une collaboration inédite. « C’est pour ça que je suis allé à gros coup », ajoute-t-il en indiquant avoir basé sa nouvelle stratégie sur un maillage serré avec la région québécoise de la Petite-Nation. 

Sylvain St-Pierre, directeur général de l’ACFO Prescott-Russell, souhaite relier sécurité linguistique et vitalité économique locale. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un choc culturel inversé sur la sécurité linguistique

Le directeur général de l’ACFO-PR dit observer un paradoxe important dans les mentalités de part et d’autre de la frontière interprovinciale, estimant que l’Ontario français possède une expertise de la résilience à partager.

M. St-Pierre affirme que de l’autre côté de la rivière, la perception de la sécurité linguistique est parfois trompeuse : « Je pense qu’ils ne se rendent pas compte de la possibilité de perdre le français très facilement ». 

Il soutient qu’une vague d’immigration anglophone pourrait rapidement déstabiliser le Québec frontalier, à l’image des défis démographiques relevés en Ontario : « C’est facile de perdre sur l’autre côté. Ici, mon but c’est d’apporter la fierté d’être francophone […] et c’est important de ce temps de se tenir ensemble. »

Selon M. St-Pierre, le recul du français et l’anglicisation progressive constatés dans certains commerces de l’Est ontarien ont entraîné des conséquences financières directes, notamment en décourageant la clientèle québécoise de venir dépenser dans la région.

Afin de retourner cette tendance, l’organisme délaisse le discours purement identitaire pour utiliser le levier des affaires.

Le directeur général de l’ACFO-PR rappelle que la langue et l’économie sont intimement liées sur le marché local. « C’est bien de demander des services en français, mais est-ce que les gens réalisent que c’est lié à l’économie? », s’interroge M. St-Pierre. 

Il constate que lorsque le visage francophone des municipalités s’efface, l’impact commercial est immédiat : « Les gens de la Petite-Nation me disent qu’ils viennent moins parce qu’ils s’aperçoivent qu’ils ne se font plus servir en français ».

Agroalimentaire et culture

Pour concrétiser cette vision, l’ACFO-PR mise sur des secteurs économiques de proximité, au premier rang desquels figurent l’agroalimentaire et le secteur culturel.

L’organisme prévoit de commencer les discussions ce jeudi avec les intervenants québécois, l’objectif serait, entre autres, de connecter la Table agroalimentaire du Québec au Réseau agroalimentaire de l’Est ontarien pour créer un marché régional unifié.

Des projets de circuits touristiques communs, des visites de centres culturels en autobus et des concepts de municipalités jumelées sur le modèle européen pourraient aussi être des pistes étudiées pour des échanges interprovinciaux les deux prochaines années.

M. St-Pierre insiste sur le fait que les deux rives partagent la même réalité quotidienne, mais que les structures politiques forcent les intervenants à travailler de manière isolée. « Ces deux organismes, je veux essayer de les mettre ensemble », explique-t-il, en faisant référence aux tables agroalimentaires des deux provinces. 

Le directeur général conclut en affirmant que relier ces réseaux et créer ces corridors d’échanges n’est pas une simple posture philosophique : « Je trouve ça très important pour les deux prochaines années de faire des ponts entre les deux régions ».