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Échanges musclés sur le bilan conservateur en langues officielles

La députée conservatrice Sylvie Boucher et la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly. Montage #ONfr

OTTAWA – La dernière réunion du comité permanent des langues officielles, ce jeudi, a viré à l’affrontement entre la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly et la députée Sylvie Boucher sur le bilan des conservateurs en matière de langues officielles. 

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Je n’ai pas de leçon à recevoir de mes collègues conservateurs en matière de langues officielles. (…) Ils ont coupé le Programme de contestation judiciaire qui est fondamental pour l’avancement des droits linguistiques au pays. (…) Et ils ont coupé dans le formulaire long du recensement. (…) Quand il y a une absence d’informations en provenance de Statistique Canada, comme gouvernement, peu importe qu’on soit libéral ou conservateur, on n’a pas de données pour bien répondre aux besoins de nos communautés!», a lancé la ministre Joly à la députée de Beauport-Côte-de-Beaupré-Île d’Orléans-Charlevoix, Sylvie Boucher.

Quelques minutes plus tôt, la députée conservatrice avait demandé des excuses à la ministre face à ses attaques répétées contre le bilan des conservateurs en matière de langues officielles.

«Ça fait depuis 2006 que je suis élue, et ça fait depuis 2006 que je me bats pour les langues officielles. Donc, j’aimerais avoir des excuses au nom des conservateurs ici alentour de la table, qui se battent jour après jour au même titre que vos confrères libéraux et notre confrère NPD [Nouveau Parti démocratique] pour les langues officielles. Quand vous avez dit que les conservateurs s’en foutent des langues officielles, ce n’est pas vrai!», avait lancé Mme Boucher.

La députée conservatrice Sylvie Boucher. Archives #ONfr

Un échange musclé qu’a tenté d’arbitrer le député néo-démocrate, François Choquette, après une envolée du député libéral Darrell Samson contre le bilan conservateur, regrettant le ton très partisan des échanges.

 

Alupa Clarke demande des preuves

Pour Alupa Clarke, qui prend le relais du dossier des langues officielles pour le critique conservateur en la matière, Steven Blaney, la réaction de Mme Boucher est normale.

«Dans les réponses du gouvernement aux rapports du comité ou à nos lettres, la ministre Joly ne peut s’empêcher de mettre toujours la même phrase, parlant «d’une décennie de coupures conservatrices». Je comprends le point de vue de ma collègue qui en marre de voir les libéraux jouer le jeu de la propagande.»


«Que Mme Joly décide d’être partisane, c’est son droit. Mais si elle veut parler de coupures, qu’elle le prouve!» – Alupa Clarke, député conservateur


«Il va falloir que la ministre prenne ses responsabilités et arrête d’accuser tout le monde. Après six mois, je peux prendre la critique, mais pas après trois ans au pouvoir! On pose des questions, on fait des rapports, et on n’obtient aucune réponse de sa part», insiste Mme Boucher, qui souligne l’aspect non partisan du comité.

Son collègue, M. Clarke demande des faits.

«Il n’y a pas eu de coupures réelles sous le gouvernement conservateur. On a maintenu les argents, même si on n’a pas suivi l’inflation. Mais il ne faut pas oublier qu’on traversait une des pires récessions économiques. Et quand Mme Joly parle du Programme de contestation judiciaire, celui-ci a été réinstauré.»

Alupa Clarke à la Chambre des communes. Gracieuseté

Supprimé en 2006 sous le gouvernement de M. Harper, le Programme de contestation judiciaire (PCJ) avait finalement été remplacé par le Programme d’appui aux droits linguistiques, en 2009, à la suite d’une entente hors cour avec la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

Et d’ajouter: «Les libéraux se targuent d’être les meilleurs, mais ça fait huit mois qu’on attend le retour du Programme de contestation judiciaire qu’ils ont annoncé!»

 

Échanges futiles

Pour le politologue à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa, Martin Normand, des débats au sein des comités sont nécessaires, mais celui-ci s’est avéré futile.

«Ce genre d’échanges ne fait pas avancer le débat. On a l’impression que Mme Joly et Mme Boucher essaient de se faire du crédit sur le dos des minorités. Oui, il y a un engagement de leur part, mais elles suivent surtout la ligne de leur parti.»

Pour lui, les propos de Mme Joly à l’endroit du Parti conservateur du Canada (PCC) ne sont que partiellement légitimes.

«Il y a eu des gestes qui ont marqué, comme la suppression du programme Avantage significatif francophone ou de la version longue du recensement. Ça a mis en cause la bonne volonté des conservateurs. Mais il est difficile de parler de coupures. Et même si l’investissement dans le Plan d’action pour les langues officielles a frappé l’imaginaire, beaucoup de gestes se font également attendre chez les libéraux», souligne-t-il, énumérant le retour du PCJ, les ratés dans la nomination du commissaire aux langues officielles ou encore, la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Le politologue reconnaît l’implication de certains députés conservateurs, mais critique l’absence du porte-parole conservateur à la table du comité.

«Ça manque de sérieux de ne pas voir siéger Steven Blaney [porte-parole pour Patrimoine canadien, les Langues officielles et la Francophonie]. Il aurait notamment dû être là pour questionner la ministre. Ça donne l’image d’un désengagement de leur part.»

Le député Clarke vient à la défense de son collègue.

«Nous avons décidé que je me concentrerai sur les langues officielles et lui, sur Patrimoine canadien. Depuis un mois, il est très occupé dans son comté et hier [jeudi, jour de la comparution de Mme Joly], il accueillait notre chef Andrew Scheer dans sa circonscription pour une rencontre importante avec le premier ministre québécois François Legault.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.