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Économie franco-ontarienne : un portrait inédit pour mieux cerner les enjeux

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – C’est la première étude du genre. La Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) a établi un profil de l’économie franco-ontarienne. Ces données ciblées qui traduisent le potentiel sous-estimé des femmes, des immigrants et des débouchés commerciaux étrangers, démontrent la force économique des entreprises francophones ainsi que des travailleurs bilingues, et pourraient influencer les stratégies de croissance de la province qui cherche par tous les moyens à relancer son économie.

Saviez-vous que l’on compte 18 875 petites et moyennes entreprises (PME) francophones en Ontario  ? Imaginiez-vous qu’il y a moins de femmes francophones à la tête d’une entreprise, comparé à l’ensemble des femmes entrepreneurs de la province et qu’elles seront 40 % en 2031 à occuper ce statut  ?

Dans une synthèse statistique inédite, la FGA livre un portrait succinct, mais probant de ce à quoi ressemble aujourd’hui l’économie francophone de la province et quels défis et opportunités elle pourrait rencontrer au cours des dix prochaines années.

Le premier enseignement à souligner, c’est que 50 % des entreprises détenues par des francophones hors Québec sont implantées en Ontario. Elles représentent 4,2 % des PME de la province et opèrent majoritairement dans les secteurs de l’information, la culture, les services immobiliers, administratifs et de soutien. Comparativement au reste des sociétés ontariennes, elles sont plus présentes dans l’agriculture, la foresterie, les mines et la construction.

Infographie ONFR+. Source : Profil sommaire de l’Économie franco-ontarienne – FGA.

Deuxième enseignement notoire : 11,5 % de la main-d’œuvre ontarienne est bilingue (français/anglais), soit près de 900 000 personnes. Ces travailleurs sont, en moyenne, presque deux fois plus diplômés que leurs collègues anglophones ne maîtrisant pas le français  : 40 % des bilingues de 15 ans et plus obtiennent un bac ou diplôme supérieur, contre 25 % des anglophones. Ils sont surtout un atout majeur pour la province puisqu’ils génèrent 12,1 % de son produit intérieur brut (PIB), soit près de 80 milliards de dollars.

La moitié d’entre eux travaillent dans l’administration publique, l’enseignement, les soins de santé, le commerce et les services. Dans l’extraction minière et l’administration publique, le quart des travailleurs sont bilingues, tandis qu’un enseignant sur cinq maîtrise les deux langues officielles.

Femmes et immigrants : de futurs dirigeants qu’il faut aider

Les projections de la FGA indiquent que, dans une dizaine d’années, 40 % des propriétaires d’entreprise seront des femmes et 10 % seront des immigrants, c’est-à-dire des personnes nées en dehors du Canada. Mais la situation actuelle laisse supposer que ces deux catégories font face à plus de difficultés que l’ensemble des dirigeants ontariens.

La participation féminine à la propriété est par exemple inférieure de près de 10 points de pourcentage à celle de l’ensemble des PME et les immigrants responsables de la prise de décision au sein des PME francophones sont six fois moins nombreux que pour les PME dans leur ensemble.

Richard Kempler, directeur général de la FGA. Archives ONFR+

Pour rectifier le tir, les organismes franco-ontariens qui agissent dans la sphère économique se sont regroupés pour former la FGA. Née en début d’année, cette fédération – de 14 organismes et 4 000 membres – mène des actions de sensibilisation, de mentorat et de financement en direction des femmes, mais Richard Kempler, son directeur général, croit qu’il faut « leur donner plus d’ampleur et les étaler sur le long terme ».

« C’est un problème crucial à un moment où elles ont été beaucoup impactées que les hommes par la COVID-19 », insiste M. Kempler. « Un des premiers actes de la FGA a été de mettre en place des ateliers concrets. On avait prévu 80 inscriptions, on en a eu le double. Donc il y a un vrai besoin, particulièrement dans la littéracie financière et la recherche de financement. Il faut pérenniser ces services dirigés par des spécialistes du milieu. »

Le coup de pouce aux entrepreneurs immigrants pourrait passer par des jumelages, un accompagnement dans l’optique de décrocher du financement gouvernemental et des contrats publics. Lancer ces futurs entrepreneurs apparaît d’autant plus vital qu’un autre problème se profile à l’horizon : celui de la relève francophone. Près de six PME francophones sur dix sont gérées par des personnes de 50 ans et plus.

L’export, une mine d’or sous-exploitée

Toujours selon les projections contenues dans le document, les PME francophones de la province exportent moins que le reste des PME ontariennes. Pour conquérir des marchés francophones à l’extérieur du Canada, Dominic Mailloux, le président de la FGA, estime qu’il faut « convaincre les petites que ce n’est pas une chasse gardée des grands groupes » et mener des missions commerciales dans les pays francophones. « On convie les acteurs à un exercice de rattrapage et les gouvernements à nous outiller pour les aider à développer leur stratégie d’exportation. Cela bénéficiait non seulement à ces entreprises, mais aussi à toute l’économie de l’Ontario. »

D’ici dix ans, 13 % des compagnies francophones feront de l’exportation. L’expansion de Quartier d’affaires, la plateforme de réseautage d’entreprises francophones lancée il y a quelques mois sur B2BeeMatch, pourrait jouer un rôle d’accélérateur dans le maillage de leurs besoins.

Dominic Mailloux, président de la FGA. Source : Twitter Club canadien

«  On convie les acteurs à un exercice de rattrapage et les gouvernements à nous outiller » – Dominic Mailloux

Face au manque général de main d’œuvre bilingue dans l’Est et le Nord, M. Kempler prône une meilleure reconnaissance des qualifications et diplômes pour que les immigrants qui arrivent puissent être très vite plongés dans le bassin socio-économique ontarien. Selon lui, les grands groupes doivent montrer la voie. « Si les grandes entreprises utilisent la francophonie comme outil commercial et de gestion, par effet de capillarité, ça va impliquer les entreprises plus petites. »

« On doit être aussi capable de mettre tous les acteurs de la francophonie ensemble », ajoute M. Mailloux. « On n’existe depuis seulement quatre mois mais, grâce au réseautage, on découvre des gens qui ont des compétences particulières et se retrouvent exposés à des opportunités qu’ils n’auraient pas connues autrement. »

Les quatre enjeux prioritaires de l’économie francophone :
– Favoriser la croissance entrepreneuriale des femmes
– Inciter les immigrants à lancer leur entreprise
– Promouvoir la relève francophone
– Soutenir la conquête de nouveaux marchés francophones

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