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L’Est ontarien sécurise son service de répartition incendie bilingue

Le centre de répartition des incendies gère l’ensemble des appels d’urgence des municipalités de Prescott et Russell, à l’exception de Clarence-Rockland. Photo: Gracieuseté du centre de répartition de Hawkesbury

HAWKESBURY – Après des semaines d’incertitude, Hawkesbury et les Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) confirment qu’ils augmenteront dès 2026 la dotation du centre régional de répartition des incendies. Une décision cruciale pour préserver le seul service de répartition incendie francophone entièrement bilingue en Ontario, menacé par l’arrivée du 9-1-1 de nouvelle génération.

L’annonce met fin aux craintes soulevées en automne, alors qu’un rapport interne évoquait la possibilité que Prescott et Russell perdent son service local si les nouveaux standards technologiques ne pouvaient être respectés. 

Le NG911, ou 9-1-1 de nouvelle génération, est un système numérique régulé par la Commission de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui doit être pleinement adopté par tous les centres d’urgence canadiens d’ici 2027. Ce système nécessite une présence constante des répartiteurs pour assurer la rapidité et la sécurité des interventions, une exigence que le centre de Hawkesbury ne pouvait pas respecter avec la taille de son équipe actuelle.

Le budget de la répartition passera ainsi à 1,191 million de dollars en 2026, une hausse de plus de 578 000 dollars, afin de doubler le nombre de répartiteurs, de quatre à huit permanents, et d’ajouter deux postes à temps partiel, ainsi qu’un superviseur.

Un modèle désuet

Pour le capitaine du Service des incendies de Hawkesbury, Julien Boisvenue, cette transition était devenue incontournable. Avec le système NG911, les centres doivent utiliser des consoles sécurisées en continu, ce qui rend impossible la présence d’un seul répartiteur par quart, comme c’était le cas jusqu’à maintenant.

« Présentement, il y a un ordinateur dans la cafétéria, dans la cuisine, même un téléphone dans la salle de bain. Si le répartiteur se déplace, il doit pouvoir répondre. Avec le NG911, ça ne peut plus exister », explique-t-il.

« Le ministère du Travail ne permet plus ce genre de pratiques. Les normes recommandent deux personnes sur place en tout temps. »

Le modèle en vigueur depuis des années reposait sur un répartiteur accompagné d’un pompier de garde, qui pouvait prêter main-forte au besoin. 

Une formule devenue intenable : « Si moi je pars en intervention, le répartiteur se retrouve seul. Même appeler un collègue pour se faire aider prend dix ou douze minutes. Ce n’est plus acceptable avec le système qui s’en vient », dit-il.

Un téléphone d’urgence dans la salle de bain du centre de répartition. Photo : Gracieuseté du centre de répartition de Hawkesbury

La francophonie comme force

Le maire de Hawkesbury, Robert Lefebvre, insiste sur l’importance linguistique du centre local, qui dessert l’ensemble des services d’incendie des CUPR, à l’exception de Clarence-Rockland.

« C’est le seul centre de répartition incendie francophone et parfaitement bilingue en Ontario », rappelle-t-il.

« Pour nous, c’était impensable de perdre ça. »
— Robert Lefebvre

Selon lui, la mise à niveau permettra même de solidifier la position du centre dans la région, où plus de 60 % des habitants parlent français comme langue principale, tout en assurant un service bilingue pour l’ensemble de la population.

« Le nouveau système va améliorer la qualité de l’information envoyée aux intervenants. Et ça peut aussi nous permettre d’offrir nos services à d’autres municipalités, peut-être même dans le Nord ou au Québec. »

Le capitaine Boisvenue voit la même occasion : « Notre force, c’est la francophonie. On garantit que si un enfant appelle en français, il aura un répartiteur francophone immédiatement. Pas de transfert, pas de délais. C’est unique. »

Une facture partagée, mais jugée raisonnable

L’augmentation du personnel sera financée par les CUPR, ce qui se traduira par une hausse du coût par habitant. 

« Ça va passer d’environ 6 dollars à 11 ou 12 dollars par citoyen », estime le capitaine Boisvenue, qui demeure confiant que la population comprendra. « Quand il y a un incendie, on nous veut vite. Mais à part ça, on est toujours trop chers », lance-t-il en riant.

Le maire Lefebvre confirme que le financement supplémentaire a été approuvé tant par Hawkesbury que par les CUPR.

« C’était ça, ou perdre le service et devoir envoyer nos appels ailleurs. Ce n’était pas une option. »

Un chantier qui commence dès janvier

Les postes sont désormais affichés en ligne et les nouvelles recrues devront être formées à la technologie NG911, un processus qui prendra plusieurs mois.

Le chef du service des incendies, Brian Wilson, souhaite que les embauches débutent en janvier 2026, afin que le centre soit prêt lors du déploiement du système au cours de l’année.

Malgré le défi financier, Hawkesbury voit dans cette transition une occasion de consolider sa place en tant que pôle de services essentiels en français. 

« Nous sommes fiers d’offrir ce service bilingue », dit le capitaine Boisvenue. « Et maintenant, il sera plus solide que jamais. »