Mobilisation record à l'Université d'Ottawa, où plus de 130 personnes se sont rassemblées pour redéfinir l'avenir et l'accès aux services en français dans la capitale fédérale. Photo : Inès Rebei/ONFR
Société

États généraux : la communauté plaide pour une francophonie visible partout à Ottawa

Mobilisation record à l'Université d'Ottawa, où plus de 130 personnes se sont rassemblées pour redéfinir l'avenir et l'accès aux services en français dans la capitale fédérale. Photo : Inès Rebei/ONFR

OTTAWA – La consultation des États généraux de l’Ontario français a rassemblé plus de 130 participants mercredi soir à l’Université d’Ottawa. Coorganisé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’ACFO Ottawa, l’événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français.

« C’est la plus grosse foule qu’on a eue depuis qu’on a commencé au début d’avril. » C’est par ces mots que le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk, a salué l’auditoire mercredi soir. 

Initialement prévue dans les locaux de l’Hôpital Montfort, cette consultation – qui représentait la 18e étape de la tournée provinciale menée en vue des États généraux de l’Ontario français – a dû être déplacée d’urgence à la dernière minute à l’Université d’Ottawa pour pouvoir accueillir l’ensemble des quelque 132 participants. 

« On s’est retrouvé avec un beau problème. Au début, on avait anticipé peut-être 60 ou 70 participants, mais quand on a dépassé les 80, c’est là qu’on a dû changer d’emplacement », explique la directrice générale de l’ACFO Ottawa, Anik Larivière. 

Alors que l’ACFO Ottawa avait déjà prévu tenir sa propre consultation locale, l’AFO l’a approchée pour coorganiser l’événement dans le cadre des États généraux, permettant ainsi d’unir leurs forces pour donner vie à cette soirée qui a duré plus de cinq heures. Photo : Inès Rebei/ONFR

Assurant la première partie de la consultation, l’ACFO Ottawa a souhaité donner un ancrage local aux discussions en mettant l’accent sur les transformations récentes de la capitale. 

« Le panorama de la ville d’Ottawa a vraiment changé ces dernières années. On voit que tout l’ouest d’Ottawa s’est développé, le bassin de la francophonie s’est élargi, Orléans a changé aussi, tout comme le centre-ville. On veut asseoir les gens pour parler de comment ils vivent cette nouvelle réalité, avec plus de projets de développement, plus de francophones et plus d’immigration. »

Recul institutionnel dans l’espace public

Pour plusieurs participants, le manque de visibilité du français commence par les symboles publics de la municipalité bien qu’elle soit officiellement bilingue. Le résident d’Ottawa et ancien bibliothécaire Gilles Marleau a partagé un constat lié aux infrastructures de transport scolaire.

« Dans le passé, les autobus scolaires à Ottawa affichaient School bus d’un côté et Autobus scolaire de l’autre. Maintenant, ils sont tous marqués uniquement School bus. L’enfant, en sortant de l’école, voit ça et sait tout de suite que sa langue n’est pas valorisée au même titre que l’anglais. »

Gilles Marleau insiste sur la nécessité de stimuler la fierté francophone à Ottawa, déplorant le manque de citoyens qui osent exiger des services ou de l’affichage en français dans les commerces locaux. Photo : Inès Rebei/ONFR

Selon le retraité, les conseils scolaires ont la responsabilité d’imposer un affichage bilingue sur les véhicules de transport desservant les établissements francophones. Il soutient que cette initiative pourrait recevoir l’appui de la communauté anglophone inscrite dans les programmes d’immersion. 

Cette nécessité d’afficher et de revendiquer l’usage du français s’étend également au secteur commercial de la capitale. Le directeur artistique de Vox Théâtre, Pier Rodier suggère de s’inspirer d’initiatives passées pour identifier clairement les espaces accueillants.

« Dans le passé à Ottawa, il y avait la campagne « Allô Bonjour », où les commerces et les institutions affichaient « Ici, on parle français ». C’était une façon d’identifier les endroits où l’on pouvait entrer et obtenir un service en français. On pourrait réinstaurer cela à plusieurs niveaux. »

« En tant que francophone, j’aime bien qu’on me serve en français. De savoir que certaines boutiques l’offrent, ça m’incite à y aller », lance Pier Rodier de Vox Théâtre. Photo : Inès Rebei/ONFR

M. Rodier rappelle que l’immigration francophone croissante offre une main-d’œuvre bilingue capable d’appuyer les entrepreneurs, d’autant plus que la communauté détient un poids économique majeur qu’il faut faire valoir auprès des commerçants de la région. 

« Il faut outiller les entrepreneurs anglophones et leur faire savoir que les francophones de la région d’Ottawa ont un pouvoir d’achat et aiment consommer. Cela pourrait les encourager à embaucher du personnel bilingue. »

Le partage de certaines ressources, comme des comptables compétents, entre différents organismes a été soulevé par une participante lors de la soirée. Photo : Inès Rebei/ONFR

Mieux accueillir les nouveaux arrivants

Selon des chiffres présentés mercredi soir, la région de la capitale nationale serait devenue la principale terre d’accueil de l’immigration francophone en Ontario, attirant à elle seule les trois quarts des nouveaux arrivants qui choisissent la province et ce, depuis 2025. 

Parmi eux, Michelet Joseph, étudiant d’origine haïtienne établi à Ottawa depuis deux ans, considère que l’enjeu principal dans la capitale nationale ne réside pas dans l’offre, mais bien dans le repérage des ressources disponibles.

Selon l’étudiant en développement international, ce manque de signalement nuit considérablement aux immigrants qui ne savent pas où trouver les services à leur arrivée. 

Bien que le français demeure selon lui minoritaire sur le campus, Michelet Joseph salue les efforts récents de l’Université d’Ottawa, citant notamment la tenue d’une consultation générale et l’organisation d’une foire d’emploi exclusivement francophone comme des initiatives marquantes pour l’amélioration des services. Photo : Inès Rebei/ONFR

« Je ne pense pas que les organisations francophones nous rejoignent suffisamment. Les personnes extraverties comme moi vont d’elles-mêmes chercher de l’aide, mais les personnes introverties ont beaucoup plus de mal à trouver les services à cause de ce déficit de visibilité. Les ressources existent, mais les gens ne savent tout simplement pas où aller. »

Pour corriger le tir, Michelet Joseph propose de décentraliser l’information en s’appuyant sur les élus locaux et les partenaires municipaux, particulièrement pour rejoindre les nouveaux arrivants installés en périphérie, comme à Orléans ou Barrhaven.

Carole Breton, directrice des communications et du développement au Diocèse anglican d’Ottawa, partage cette vision.

« Quand j’ai habité en Saskatchewan, il y avait des francophones qui arrivaient, mais qui ne se renseignaient pas sur les services en français. C’est un constat qui s’applique aussi à Ottawa. Il y a beaucoup d’immigrants, mais il faut s’assurer qu’ils soient au courant de ce qui existe. C’est un travail qui ne doit jamais s’arrêter à cause des mouvements de population et du vieillissement démographique. » 

Lors des échanges, plusieurs participants ont également partagé leur inquiétude de voir le recul démographique des francophones servir de prétexte à une fusion forcée des organismes communautaires. Photo : Inès Rebei/ONFR

Un plus grand rôle décisionnel

La structure des instances municipales a également fait l’objet de discussions à la table où était assise la directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa (RAFO), Chantal Nadeau.

« Souvent, les francophones sont appelés à siéger de manière isolée au sein de divers comités municipaux ou d’organismes pour apporter leur perspective. Ce qui serait intéressant, c’est plutôt de réunir autour d’une même table francophone des représentants de tous les secteurs – les aînés, les garderies, la santé – pour aborder l’ensemble des enjeux, au lieu d’intégrer un seul francophone à des tables sectorielles distinctes. » 

Tout en saluant l’ouverture de la Ville d’Ottawa et le travail du comité consultatif sur les services en français, celle-ci aimerait voir un plus grand pouvoir d’action des francophones de manière générale dans la capitale nationale.

Chantal Nadeau, directrice générale du RAFO, ne cache pas son inquiétude face au recul démographique des francophones à Ottawa, redoutant qu’il n’entraîne une baisse du financement des services communautaires. Photo : Inès Rebei/ONFR

« C’est apprécié qu’on soit consultés mais ça serait plaisant d’avoir un rôle plus décisionnel que consultatif », confie-t-elle.

Prochaines étapes

À la conclusion de cette soirée, les organisateurs affichaient un optimisme manifeste. Du côté de l’AFO, on ne cache pas le sentiment de satisfaction devant le succès et l’effervescence de ce rassemblement dans la capitale.

Le directeur général, Peter Hominuk, se réjouit de voir la communauté locale s’approprier pleinement l’exercice, « C’est le plus gros groupe qu’on a rencontré à ce jour dans la tournée. Je vois des échanges très animés aux tables, et c’est exactement ce qu’on cherche. On veut que les gens pensent vraiment à l’avenir de la communauté. »

Selon la directrice générale de l’ACFO Ottawa, cette concertation locale prend tout son sens à l’approche de grands rendez-vous internationaux qui mettront la région sous les projecteurs. « Le Sommet de la Francophonie mondiale arrive à Ottawa, il faut préparer la ville pour accueillir les gens », rappelle-t-elle.

« Même à Ottawa, la pleine gamme de services n’est pas là. Il y a encore du travail à faire », constate Peter Hominuk (AFO), rappelant que l’accès aux services en français reste le « nerf de la guerre » de ces États généraux. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette effervescence doit maintenant servir de tremplin : « On a des gens qui viennent de 40 à 50 pays dans notre communauté francophone. On devrait utiliser et capitaliser sur ces connaissances pour développer des liens avec d’autres pays de la Francophonie mondiale », insiste Peter Hominuk.

Après la région de la capitale, l’AFO poursuivra son parcours dans l’Est à Pembroke (28 mai) et à Limoges (2 juin), avant de mettre le cap vers le Nord de la province (Sault-Sainte-Marie, Sudbury, North Bay, Timmins, Kapuskasing, Hearst) pour terminer sa course à Thunder Bay le 19 juillet. 

L’ensemble des témoignages et des solutions recueillis lors de ces multiples arrêts aux quatre coins de la province serviront de matière première à la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité linguistique.

Attendu prochainement, ce document stratégique dressera un état des lieux précis des défis actuels et tracera une feuille de route claire pour guider les futures revendications et assurer l’épanouissement de la francophonie ontarienne.