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Être immigrant francophone, pas un obstacle pour s’installer en Ontario

OTTAWA – Selon une récente étude de Statistique Canada, les immigrants francophones n’ont pas plus de difficultés à s’intégrer économiquement en Ontario et dans les provinces à l’extérieur du Québec que leurs homologues anglophones.

Arrivée de France au Canada en 1988, Catherine* n’a pas suivi le parcours classique des Français. Tout de suite, elle s’est installée à Toronto. Et malgré son anglais balbutiant, elle a rapidement trouvé un travail.

« J’avais choisi Toronto pour apprendre l’anglais. J’ai d’abord travaillé comme nourrice dans une famille anglophone, car beaucoup cherchaient des francophones pour parler en français à leurs enfants. Ensuite, c’est le français qui m’a aidé à trouver mon poste actuel », explique celle qui travaille aujourd’hui dans le milieu de l’éducation francophone.

Les opportunités sont là et les chiffres de l’étude sur la Rémunération des immigrants et des enfants d’immigrants appartenant aux minorités de langue officielle tendent à démontrer qu’il n’est pas plus difficile de s’intégrer économiquement pour un immigrant francophone que pour un immigrant anglophone à l’extérieur du Québec.

Mieux qu’au Québec

Si le niveau de rémunération est légèrement plus faible pour les hommes immigrants francophones de 25 à 59 ans, la différence reste très mesurée, de l’ordre de 66 900 $ contre 67 100 $ pour ceux qui ont l’anglais comme première langue officielle parlée. Chez les femmes de la même classe d’âge, les nouvelles arrivantes francophones gagnent nettement moins bien que les hommes francophones, mais mieux que leurs homologues anglophones, avec 48 200 $ contre 45 600 $ pour les femmes, dont l’anglais est la première langue officielle parlée.

Paradoxalement, au Québec, cette réalité s’inverse. Les immigrants dont l’anglais est la première langue officielle parlée gagnent mieux que ceux pour qui c’est le français.

Être bilingue

Ces résultats doivent toutefois être nuancés, reconnaît René Houle, auteur de l’étude et analyste principal de recherche à la Division de la statistique sociale et autochtone à Statistique Canada. Car chez les immigrants installés à l’extérieur du Québec, 90,7 % sont bilingues.


« C’est sûr que pour s’intégrer économiquement, les personnes doivent parler l’anglais » – René Houle, Statistique Canada


La famille de Ramazan Masumbuko vit à Cornwall depuis un an. Venus de la République démocratique du Congo avec leurs trois enfants, cet ancien journaliste et sa femme, issus du programme des réfugiés, ont été installés en Ontario.

« J’ai rapidement trouvé un emploi à mon arrivée et ma famille s’adapte bien », se félicite-t-il.

Toutefois, sa femme ne peut pas encore travailler, son anglais étant insuffisant.

À Mississauga, le mari de Kahina Chabane n’a pas eu le même problème. Après dix ans au Québec, le couple originaire d’Algérie et leurs trois enfants nés au Canada ont décidé de changer de province.

« Mon mari a trouvé un emploi dans son domaine, comme électromécanicien. Même s’il ne parle pas bien anglais, on lui a répondu qu’il finira par l’apprendre et que ce qui compte, ce sont ses compétences. J’avoue que la question de l’anglais m’inquiétait un peu au départ, mais les gens sont compréhensifs et je réalise même que de parler le français peut m’ouvrir des portes. Quand je postule, on m’appelle, même si je précise que je ne parle pas très bien anglais. Au Québec, bien que j’y ai fait des études, on ne m’a jamais laissé ma chance. »

Mais il convient de ne pas nier la réalité, juge Alain Dobi, agent de projet pour le Réseau de l’immigration francophone (RIF) Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.

« Il est difficile de s’épanouir professionnellement si on est unilingue francophone et je pense que dans le réseau, nous sommes aujourd’hui tous d’accord pour le dire aux candidats à l’immigration. »

Mêmes défis

M. Houle ne veut d’ailleurs pas dresser un tableau trop idéaliste de la réalité des immigrants francophones à l’extérieur du Québec. Comme tous les nouveaux arrivants, rappelle-t-il, ils font face à des défis : faire reconnaître leurs diplômes, leurs expériences professionnelles, développer un réseau…

« C’est la première fois qu’on s’intéresse à l’intégration des immigrants selon la première langue officielle parlée. On comble donc une lacune, mais il y a encore beaucoup de choses à fouiller. »

M. Dobi invite à regarder d’autres critères que le niveau de rémunération.

« L’intégration économique, c’est aussi regarder le taux de chômage, voir si les gens travaillent dans leur domaine, si leur niveau de salaire correspond à leurs compétences… »

Alain Dobi, agent de projet pour le Réseau de l’immigration francophone Centre-Sud-Ouest de l’Ontario. Source : Twitter

Selon une étude à paraître prochainement, il constate que le taux de chômage des immigrants francophones dans le centre-Sud-Ouest est bien plus élevé que celui des nouveaux arrivants anglophones.

Pour les enfants

Les défis existent donc et M. Masumbuko les connaît bien.

« C’est sûr que c’est facile de trouver un travail ici, mais c’est beaucoup plus compliqué pour des postes plus « stratégiques ». C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de retourner aux études. Je veux donner une meilleure vie à ma famille et un avenir à mes enfants. »

Car c’est souvent la principale motivation des familles qui viennent s’établir au Canada. Et c’est aussi ce qui a conduit Mme Chabane et son mari à quitter le Québec.

« On me demandait toujours d’où je venais, d’où venait mon accent… Quand je passais des entretiens, on ne me rappelait jamais… Mon mari et moi nous sommes rendus compte que nos enfants, même nés au Canada, risquaient de vivre la même chose, voir même pire. »

Les chiffres de Statistique Canada donnent plutôt raison aux parents. Car les enfants d’immigrants de langue française à l’extérieur du Québec atteignent une rémunération proche de celle des Canadiens de plusieurs générations. Ils obtiennent également plus souvent un diplôme universitaire que les enfants d’immigrants de langue anglaise, et sont bien plus bilingues, avec un taux de 97,9 %.

Des risques pour les enfants

Catherine souligne toutefois d’autres risques à s’installer dans une province majoritairement anglophone.

« Face aux difficultés rencontrées par un de mes enfants au jardin d’enfants, j’ai arrêté de lui parler en français. Aujourd’hui, mes enfants sont assimilés. J’ai sous-estimé la capacité de l’anglais à prendre le dessus. Aujourd’hui, quand je rencontre des francophones qui viennent d’arriver, je les mets tout de suite en garde. »

Une bonne nouvelle pour les communautés

Malgré son aspect très préliminaire, l’étude de Statistique Canada tombe plutôt bien pour les communautés francophones qui insistent depuis pour attirer davantage de nouveaux arrivants, note M. Houle.

« Ce que l’on constate, c’est que l’intégration des immigrants francophones n’est pas plus difficile. »

Pour M. Dobi, la communauté doit adapter son discours.

« On doit dire aux candidats à l’immigration qu’ici, ils peuvent travailler en anglais, mais vivre en français. »

* Le nom a été changé afin de conserver l’anonymat souhaité par notre témoin.

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