Politique

Moins d’étudiants étrangers francophones qu’anticipé par Ottawa, constate la VG

La vérificatrice générale Karen Hogan attend de comparaître devant le Comité permanent des comptes publics à Ottawa, le lundi 23 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld

OTTAWA – Le nombre d’étudiants étrangers au Canada a diminué plus que prévu sous l’effet des mesures du gouvernement fédéral et l’intégrité du système ne s’est pas améliorée, c’est ce que constate la vérificatrice générale (VG). Elle note également qu’Ottawa a du même coup sous-estimé le nombre d’étudiants francophones internationaux.

Dans son rapport déposé lundi au Parlement, la vérificatrice générale, Karen Hogan, révèle un écart important dans un programme pilote d’immigration francophone : le Canada n’a accueilli que 780 étudiants sur les 2300 qu’Ottawa visait initialement.

Le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire, lancé en août 2024, avait pour but de répondre aux obligations législatives du ministère d’augmenter la population francophone au pays. Il visait notamment à ce que les étudiants qui iraient étudier dans les établissements francophones à l’extérieur du Québec soient exemptés du plafond national des permis d’études. De plus, les candidats n’ont pas à démontrer leur intention de quitter le Canada à la fin de leurs études et peuvent obtenir une voie d’accès à la résidence permanente à la fin de celles-ci.

« Le taux d’approbation préliminaire s’élevait à 71 %, ce qui est nettement plus élevé que pour les candidates et candidats de ces mêmes pays ne participant pas au programme pilote », observe la vérificatrice générale.

Au moment du lancement du programme en question, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) n’avait pas établi d’indicateurs de rendement. Cependant, la VG indique que l’organisme « a mis au point des indicateurs de rendement propres au programme pilote à la fin de notre audit et prévoit commencer à suivre les résultats du programme pilote en 2026 ». Ce projet pilote doit en principe prendre fin en août de cette année.

En 2023, Ottawa a annoncé une réforme du Programme des étudiants étrangers où il visait notamment à réduire la population étudiante. Karen Hogan constate que, malgré la baisse annoncée, la population étudiante internationale a été encore plus basse que les prévisions d’IRCC.

La part des étudiants provenant de pays d’Afrique francophone dans les nouveaux permis a fluctué, passant de 9,2 % en 2023 à 13,6 % en 2024, avant de redescendre à 8,7 % en septembre 2025. Capture d’écran, rapport de la vérificatrice générale

Le rapport indique que le ministère a également noté une baisse du taux d’approbation : il est passé de 58 % en 2023 à 41 % en 2024 et à 38 % en septembre 2025. IRCC « ignorait pourquoi les taux d’approbation étaient inférieurs aux prévisions », note la VG, qui révèle aussi que les plus petites provinces ont été plus touchées proportionnellement par la réduction.

Intégrité compromise

Après son enquête, la VG a conclu que le ministère de l’Immigration « ne mettait pas efficacement en œuvre les réformes du Programme des étudiants étrangers », notamment en ce qui concerne l’intégrité du système.

IRCC a ignoré 800 cas de fraude détectés après approbation, permettant à 92 % de ces individus de solliciter d’autres statuts au Canada, souvent avec succès. Ces contrôles d’intégrité sont largement insuffisants : environ 153 000 cas de ce type ont été signalés en 2023 et 2024, mais le financement accordé au ministère lui a seulement permis d’enquêter sur environ 4000 d’entre eux.

La VG soutient que IRCC n’a pas évalué en quoi « ces réformes avaient contribué à la diminution du nombre de demandes soumises ou à la baisse des taux d’approbation ». Capture d’écran

Enfin, l’absence de suivi systématique sur les départs empêche d’identifier précisément les étudiants dont le permis est expiré et qui demeurent au pays sans autorisation.

« Nous acceptons les recommandations de la vérificatrice générale concernant le renforcement du suivi en cas de fraude ou de non-conformité présumées. Nous agirons pour améliorer ces processus », a déclaré la ministre de l’Immigration, Lena Diab.

Elle note toutefois que ce rapport n’a porté que sur les 18 premiers mois « d’un effort de réforme plus vaste » qui s’étend jusqu’en 2027 et qu’il ne s’agit pas de « l’incidence globale des changements en cours ».