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Le leadership de Faouzi Metouilli a été récemment reconnu par l'ordre de la Pléiade et le Prix du service volontaire de l'Ontario. Archives ONFR+

Faouzi Metouilli, porte-étendard des Marocains de Toronto

Temps de lecture : 7 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

TORONTO – Le président de de l’Association marocaine de Toronto (AMDT) s’apprête dans quelques jours à passer le flambeau. Récemment fait chevalier de l’Ordre de la Pléiade, cet agent du Conseil scolaire MonAvenir impliqué dans plusieurs comités consultatifs en français revient sur un riche parcours de sa ville natale, Marrakech, à sa ville d’adoption, Toronto.

« Pourquoi quitter la présidence de l’AMDT maintenant ?

J’ai fait deux mandats et j’ai même prolongé depuis 2018 car personne ne voulait prendre la relève. Le 14 mai prochain, des élections désigneront de nouveaux visages qui auront l’opportunité de continuer ce qu’on a entamé et de créer d’autres projets.

Qu’est-ce qui vous a le plus passionné dans ce rôle de président ?

J’ai été élu il y a huit ans à un moment où il fallait un peu tout reconstruire depuis la base. On a bâti une structure connue et estimée dans la communauté. C’est très gratifiant. J’ai toujours aimé œuvrer dans des associations caritatives qui instaurent le partage et la connaissance. C’était donc naturel pour moi de m’investir dans cette association pour accompagner les immigrants qui s’installent et contribuent au changement du tissu communautaire. Je voulais montrer qu’on était capable de faire des choses grandioses.

À quelles « chose grandiose » pensez-vous particulièrement ?

On a réalisé le grand projet d’avoir un consulat général du Maroc à Toronto. Depuis juin 2020, les gens n’ont plus besoin de se rendre à Montréal et dépenser 500 $ pour faire un papier qui coûte 10 $. Grâce à l’appui de l’ambassadeur du Royaume du Maroc et ministre canadien du Commerce international, le consulat général sert aujourd’hui non seulement la communauté mais aussi établit des partenariats d’affaires qui contribuent au développement économique.

M. Metouilli a reçu le prix de l’excellence collective individuelle en 2017 décerné par le CCO. Gracieuseté

Comment avez-vous conforté la présence culturelle des Marocains à Toronto au cours de ces huit dernières années ?

D’abord en mettant sur pied une grande soirée culturelle qui réunit, chaque mois de mars, plus de 500 convives, bien que la pandémie nous ait contraint à la mettre en veille ces deux dernières années. Ensuite, en ouvrant un local stable qui permet de recevoir les nouveaux arrivants et aider la communauté de diverses manières. On a aussi organisé une conférence des femmes entrepreneures. C’est la première fois qu’on faisait une conférence de cette envergure avec une centaine de business women africaines et canadiennes.

La communauté marocaine est-elle en expansion en Ontario ? Où se concentre-t-elle et pourquoi Toronto l’attire de plus en plus ?

J’ai assisté ces cinq-six dernières années à un afflux dans le Grand Toronto, alors qu’auparavant le voyage se faisait principalement du Maroc au Québec. Malgré le coût de la vie, les gens diplômés viennent ici pour les opportunités d’emploi et la volonté d’apprendre l’anglais. Ils viennent du Maroc, du Québec et du Moyen-Orient.

Que représente votre nouveau titre de chevalier de l’Ordre de la Pléiade, à vos yeux ?

Ça met en valeur tout le travail que tu fais et ça témoigne du respect que portent les gens à ton travail. Ça fait vraiment chaud au cœur et ça donne l’énergie de s’engager encore plus. Toute chose que tu fais dans la communauté, qu’elle soit petite ou grande, fait un effet et est reconnue comme telle.

M. Metouilli décoré de l’Ordre de la Pléiade par l’Assemblée parlementaire de la francophonie. Gracieuseté

Quels étaient vos plans lorsque vous étiez étudiant en relations économiques internationales à Rabat ?

Avant même de finir mes études, un déclic en moi m’a poussé à changer de place, voir d’autres horizons. Je suis allé en Europe. J’y suis resté trois mois. Mais je n’étais pas à l’aise, alors j’ai décidé de me tourner vers le Canada, où vivait déjà ma sœur.

Avez-vous gardé un lien avec Marrakech ?

Oui, Marrakech est dans mon cœur, même si je l’ai quittée à l’âge de sept ans pour aller à la capitale Rabat, afin de suivre ma famille et mon père, militaire de carrière. Chaque fois que je voyage au Maroc, je reste la moitié de mon temps à Marrakech.

Qu’est-ce qu’on trouve à Marrakech et qu’on ne trouvera jamais à Toronto ?

Le style de vie est très différent, plus européen. Ici tu cours, tu cours, tandis que là-bas c’est très lent. Les gens prennent le temps de manger, discuter, se rencontrer. J’aime cette ville car elle est relaxante et le climat très agréable. Après tout le stress qu’on peut accumuler ici, là-bas je me détends vraiment.

Lever du drapeau marocain à Toronto en présence du premier ministre Doug Ford. Gracieuseté

Presque dix ans après le printemps arable qui a balayé l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, le Maroc a-t-il véritablement mué ?

Ce pays a beaucoup changé, notamment depuis le changement de sa constitution en 2011. On s’en rend compte surtout vu de l’extérieur et qu’on y voyage une fois par an. Certes il y a toujours du chômage et il reste beaucoup de choses à faire, mais en termes de droits, d’économie ou encore de prospérité, il y a une grande différence que je vois depuis ces dernières années.

Vous êtes employé au sein du Conseil scolaire MonAvenir depuis 22 ans. En quoi l’éducation en milieu minoritaire est-elle, à vos yeux, une mission cruciale ?

L’éducation est importante partout. Sans éducation, on ne peut pas évoluer. Ça me tient beaucoup à cœur. Au-delà de mes fonctions administratives, j’ai eu l’occasion d’enseignent brièvement les mathématiques. Voir comment le conseil se développe et comment les enfants étudient dans leur langue de préférence, c’est gratifiant. Alors c’est sûr que pour avoir ces droits il faut se battre, mais j’espère que la nouvelle Loi sur les langues officielles renforcera ces droits pour les francophones d’être servis dans leur langue, non seulement dans l’éducation mais aussi tous les secteurs d’activité.

Que représente le lever du drapeau marocain chaque année devant l’Assemblée législative de l’Ontario et l’hôtel de ville de Toronto que vous ne ratez jamais ?

C’est un moment historique. Chaque 18 novembre, on commémore l’indépendance du Maroc et on tient à préserver cette histoire. C’est une fierté pour nous car cela nous rappelle notre pays d’origine, mais c’est aussi un enrichissement pour les jeunes qui sont nés ici au Canada et qui peuvent mieux saisir la complexité historique de ce pays qui est passé par la colonisation et pas mal d’étapes ces 100 dernières années.

Le maire John Tory et Faouzi Metouilli. Gracieuseté

Vous avez été membre du comité des affaires francophones de la ville de Toronto. Pour quelle raison cette structure est-elle aussi inefficace ? Faut-il la réformer ?

Il faut changer pas mal de choses. C’est mon point de vue personnel. C’était très lent et ce n’est pas ma façon de faire. J’y suis entré par amour de la francophonie et pour que le français soit reconnu mais, une fois dedans, je me suis senti coincé. On parle, on fait des réunions, on parle, on fait des réunions… Souvent en anglais suivant le fonctionnaire de la ville présent. Ca n’a pas d’allure de ne pas trouver des gens qui parlent en français dans un comité français.

Vous qui avez siégé au conseil d’administration de la radio torontoise CHOQ-FM, trouvez-vous que les gouvernements aident suffisamment les médias communautaires à travers la province ?

Il y a eu des fonds ces dernières années mais ça reste limité. Il faut être doué pour aller les chercher. Le travail bénévole qui se fait dans ces radios est colossal car il faut constamment trouver des fonds et sensibiliser les gens pour qu’une station survive. C’est très lourd comme travail. C’est un exploit qui a besoin de l’appui de la communauté et des gouvernements.

Faouzi Metouilli (à droite) aux côtés de Gilles Marchildon, directeur du campus torontois du Collège Boréal, et Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (au centre). Gracieuseté

En tant que membre du comité consultatif minorités raciales et ethnoculturelles, jugez-vous que des progrès substantiels ont été réalisés dans la prise en compte des minorités dans notre société  ?

L’AFO fait du bon travail. On échange des idées sur comment donner de la place à ces minorités. Mais au niveau du gouvernement, il reste beaucoup de travail à faire car les inégalités demeurent.

Est-il vrai que les questions environnementales et le changement climatique vous passionnent ? Y a-t-il des enjeux communs entre le Maroc et le Canada ?

Oui, j’ai consacré ma thèse à l’environnement au Maroc. J’ai assisté à une conférence mondiale sur le changement climatique à Marrakech en 2017. C’est un problème mondial qui affecte tout le monde. On devrait prendre cela bien plus au sérieux. Les Canadiens sont très divisés sur ce dossier mais si on prend cela de façon humaine et objective, avant de regarder l’économie, on sera obligé un jour de faire des concessions.

Quels projets avez-vous en tête ?

Je vais passer le relai de la présidence de l’AMDT mais ça ne veut pas dire que je vais disparaître de la communauté. Je vais rester et aider comme je peux. Je vais accorder plus de temps à ma famille et à mes enfants qui grandissent. J’ai aussi l’intention de développer ma compagnie et de participer à plusieurs comités liés à la francophonie. »


LES DATES-CLÉS DE FAOUZI METOUILLI

1969  : Naissance à Marrakesh, au Maroc

1999  : Immigre en Ontario

2000  : Rejoint le Conseil scolaire MonAvenir

2014  : Devient président de l’Association marocaine de Toronto

2020  : Nommé conseiller et ambassadeur pour la paix par les Nations Unies

2022  : Fait chevalier de l’Ordre de la Pléiade

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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