FIFA 2026 : les montagnes belges des partisans de Toronto
TORONTO – Après avoir frôlé l’élimination face au Sénégal quelques jours plus tôt, les Diables rouges ont cette fois signé leur prestation la plus aboutie de la compétition en éliminant les États-Unis. Une qualification qui confirme la montée en puissance de la Belgique, mais aussi celle de sa communauté de partisans à Toronto, de plus en plus nombreuse à se retrouver autour de la Coupe du monde.
Cette fois, les partisans belges de Toronto n’ont pas eu besoin de se ronger les ongles jusqu’aux dernières minutes. Réunis comme depuis le début de la Coupe du monde au Crafty Coyote, sur la rue Bloor Ouest, ils ont vécu une soirée bien différente du seizième de finale renversant contre le Sénégal. Face aux États-Unis, la Belgique a maîtrisé son sujet, s’est imposée 4-1 et a validé son billet pour les quarts de finale.
Même l’égalisation américaine, venue ramener brièvement les deux équipes à 1-1, n’a pas vraiment fait trembler la terrasse bondée du bar. Le doute n’aura duré que quelques instants. Charles De Ketelaere a rapidement redonné l’avantage aux Diables rouges, signant un doublé qui a remis tout le monde en confiance. Les cris ont vite remplacé les regards inquiets.
« Il fallait réagir rapidement. Je pense que c’est ce qu’on a fait. De Ketelaere n’avait pas été bon de la Coupe du monde jusque-là, mais là, il est venu tout de suite marquer le 2-1. Son doublé, ça a vraiment remis tout le monde en confiance », raconte Emilien Messiaen.
Pour Benjamin Guelen, le sentiment de supériorité belge n’a presque jamais quitté les supporteurs. « On se sentait bien, toujours en confiance, parce qu’on savait qu’on avait le match en main. La Belgique a dominé quasiment toute la partie. Les Américains n’ont pas eu beaucoup d’occasions. »

Une qualification sans véritable frayeur
Dans un contexte pourtant électrique, la Belgique a répondu sur le terrain. La rencontre avait été précédée par la polémique entourant l’annulation du carton rouge de Folarin Balogun, après l’intervention très commentée de Donald Trump. Loin de déstabiliser les Diables rouges, l’épisode semble avoir servi de carburant.
« Je pense que cette histoire de carton rouge a retourné un peu la situation et a motivé notre équipe à 100 % », estime Benjamin Guelen.
Emilien Messiaen y voit aussi un élément déclencheur. « À mon avis, ça a un peu reboosté les joueurs en disant : ‘OK, Balogun, pas Balogun, on va leur mettre une petite raclée et ça ira très bien.’ »
Sur le terrain, Rudy Garcia a également gagné son pari. Le sélectionneur français de la Belgique avait choisi de se priver de plusieurs cadres au coup d’envoi, dont Kevin De Bruyne, Jérémy Doku et Romelu Lukaku. Un choix audacieux, mais payant. La Belgique a contrôlé la rencontre avec une équipe largement remaniée, avant que Lukaku n’entre en deuxième période pour inscrire le quatrième but.

Cette fois, l’attaquant n’a pas changé le match comme contre le Sénégal. Il a plutôt mis la cerise sur le sundae, une expression bien canadienne qui avait des airs de pied de nez aux Américains. Déjà devant 3-1, les Belges ont pu savourer ce dernier but comme la touche finale d’une soirée presque parfaite.
« On a démarré avec une équipe B, mais pour le coup, ça a bien servi. Une belle victoire, assez sereine », résume Emilien Messiaen. « Les États-Unis, ce n’était pas le Sénégal. On s’y attendait, mais ça a été confirmé pendant le match. Beaucoup plus simple. »
Du doute à la confiance
Cette sérénité contrastait fortement avec le parcours jusque-là mouvementé des Diables rouges. On parle souvent de montagnes russes dans le sport. Pour les partisans belges de Toronto, il faudra désormais parler de montagnes belges.
Avant la compétition, l’enthousiasme était mesuré. La Belgique arrivait avec moins de certitudes que lors des éditions précédentes, portée par une génération moins étincelante sur papier. Les premiers matchs de groupe n’avaient pas vraiment rassuré. Le niveau semblait moyen, les ambitions prudentes.
« Honnêtement, on n’imaginait pas nécessairement qu’ils aillent aussi loin », reconnaît Benjamin Guelen. « Les deux premiers matchs n’étaient pas vraiment convaincants. Tout le monde pensait qu’on aurait un meilleur niveau. Mais au fil des matchs, ils se sont améliorés et ils ont pris de plus en plus confiance. »

Puis il y a eu le Sénégal. Un seizième de finale irrespirable, presque perdu, avant un retournement complet dans les dix dernières minutes. La Belgique, malmenée, avait arraché sa qualification au bout d’un scénario fou.
« Contre le Sénégal, ça a été fou, honnêtement. Même moi, je n’y croyais plus trop. Je ne regardais plus trop le match. Et puis, on voit le premier but, le deuxième but. Ça a été quelque chose d’assez exceptionnel », se souvient Emilien Messiaen.
Benjamin Guelen reste lucide sur ce match. « Je pensais que le Sénégal avait mieux joué que nous pendant tout le match. Je pense même qu’ils méritaient de gagner. Mais les dix dernières minutes étaient à notre avantage. C’est le football. Ça s’est terminé en beauté pour nous. »
L’Espagne en ligne de mire
Depuis ce miracle, quelque chose semble avoir changé. La Belgique ne donne plus seulement l’impression de survivre dans cette Coupe du monde. Elle avance. Et elle avance maintenant vers l’Espagne, adversaire autrement plus redoutable en quart de finale.
« Contre l’Espagne, on est outsider. Si on gagne, ce n’est que du bonus. Mais je pense qu’on va tout faire pour gagner. On a vu qu’on était capable de sortir des gros matchs », estime Emilien Messiaen.

Une victoire ouvrirait possiblement la porte à une demi-finale contre la France, si les Bleus battent le Maroc dans l’autre quart de cette partie du tableau. Forcément, le souvenir de 2018 n’est jamais très loin chez les Belges.
« On est ici avec des amis français, beaucoup d’amis français. Franchement, ce serait un plaisir de rejouer contre eux, en espérant ne pas avoir la même chose qu’en 2018 », sourit Emilien Messiaen. « Sur un match, tout peut changer, tout peut chavirer. Tout est possible. »
Benjamin Guelen préfère avancer prudemment. « Match par match. La France a l’air d’être la meilleure équipe de toute cette Coupe du monde. Mais les retournements de scénario nous inspirent un peu confiance. Ça va être dur contre l’Espagne, et surtout contre la France si on arrive aussi loin. Mais on ne sait jamais. »
Une communauté qui grandit à chaque match
Au Crafty Coyote, cette aventure belge dépasse pourtant le simple résultat sportif. Pour Delphine Hautfenne, organisatrice des rassemblements de TO BE, chaque match est devenu une occasion de faire grandir la communauté belge de Toronto.
« Chaque match, on a un peu plus de monde », constate-t-elle. « Aujourd’hui, je pense qu’avec la controverse contre les États-Unis, on avait plein de gens non belges qui venaient nous supporter. »

Elle le reconnaît avec le sourire : elle n’était pas, à l’origine, une grande passionnée de soccer. Mais la Coupe du monde a changé quelque chose.
« Moi, je suis seulement les matchs pour la Belgique. J’avais quelqu’un devant moi qui suivait le foot à fond, donc il m’expliquait tout ce qui se passait. C’était super chouette. Il y a un but, je suis contente. On en a eu quatre, c’est génial. »
Son rôle, surtout, est ailleurs. « J’essaie de regrouper un maximum de monde, parce que c’est mon rôle aussi d’être certaine que les gens qui viennent seuls rencontrent du monde et ne soient pas seuls dans leur coin. »
La suite se vivra donc au même endroit. Belgique-Espagne est prévue vendredi à 15 h, heure de Toronto. Les Diables rouges tenteront d’atteindre le dernier carré. Les partisans, eux, espèrent simplement prolonger encore un peu ces montagnes belges.