La défaite face au Brésil n'a pas été un obstacle à la fête pour les Haïtiens du Grand Toronto regroupés à Pickering vendredi. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
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FIFA 2026 : plus que du soccer pour les Haïtiens de la région du Grand Toronto

La défaite face au Brésil n'a pas été un obstacle à la fête pour les Haïtiens du Grand Toronto regroupés à Pickering vendredi. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

PICKERING – Le résultat importait finalement assez peu. Le score de 3-0 pour le Brésil, la deuxième défaite en deux matchs de la sélection haïtienne à la Coupe du monde, n’a pas empêché une centaine de membres de la communauté de célébrer ensemble, vendredi soir dernier, à Pickering. Pour beaucoup, cette qualification historique représente bien davantage qu’un simple tournoi de soccer : elle est devenue un prétexte pour se retrouver, transmettre une culture et raviver un sentiment d’appartenance parfois difficile à entretenir dans une diaspora dispersée à travers la région du Grand Toronto.

Réunis au Galaxy Event Space à l’initiative de membres de la communauté haïtienne du Grand Toronto, les participants ont vécu une soirée où le soccer n’était qu’une partie de l’expérience.

Avant même le coup d’envoi du match entre Haïti et le Brésil, ils ont assisté à la projection du premier épisode Haïti : Au-delà du jeu. Ce documentaire, produit par TFO, qui retrace l’histoire du soccer haïtien, a donné lieu à une discussion avec sa créatrice, Noémie Ferron, ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine d’Haïti.

Au fil de la soirée, une même idée revenait constamment : la Coupe du monde agit comme un puissant moteur de rassemblement pour une communauté souvent dispersée dans la grande région torontoise.

Une communauté qui se retrouve enfin

Pour Websder Corneille, la soirée représentait avant tout une occasion de renouer avec la communauté.

« Pour nous, c’est une fête collective. Quand il y a un moment de réjouissance ou de célébration, on se met ensemble pour célébrer. Ce n’est pas la question de gagner ou de perdre », explique-t-il.

Selon lui, la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde, une première depuis 1974, a créé un élan qui dépasse largement le cadre du sport.

« C’est historique. On sent un réveil haïtien, que ce soit dans la diaspora ou en Haïti. Il y a une unité qui s’est formée autour de cette équipe. Même des gens qui ne suivent pas habituellement le soccer se mobilisent parce qu’Haïti est à la Coupe du monde. »

Websder Corneille a parcouru près d’une heure depuis le centre-ville de Toronto pour participer au rassemblement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Plusieurs participants soulignent que ce type de rassemblement demeure relativement rare dans la région du Grand Toronto, où les membres de la communauté vivent souvent loin les uns des autres.

« On ne connaît pas tous les Haïtiens qui sont ici. J’étais moi-même surpris de voir autant de gens à cet événement, raconte Carl-Edwin Michel. Le foot, c’est une excuse pour se rassembler. »

Pour lui, cette soirée pourrait même servir de point de départ à d’autres initiatives.

« J’ai parlé à plusieurs personnes ce soir et tout le monde disait qu’on devrait avoir davantage d’événements comme celui-là. Pas seulement pour les Haïtiens, mais aussi pour les gens qui veulent découvrir notre communauté. Je pense que cet événement va faire des petits. »

Un constat partagé par Lionel Perron, qui voit dans cette qualification un symbole d’espoir pour Haïti.

« Je vois ça comme une renaissance d’Haïti. C’est un pays qui a traversé beaucoup d’épreuves. Cette participation à la Coupe du monde, c’est comme les premières pousses vertes qu’on voit sortir de la terre au printemps. »

Transmettre la culture aux nouvelles générations

Au-delà du soccer, plusieurs parents présents ont insisté sur l’importance de profiter de ces moments pour transmettre leur héritage culturel à leurs enfants nés au Canada.

Carl-Edwin Michel, lui-même enfant de la diaspora haïtienne, avait d’ailleurs fait le déplacement avec sa famille.

« Mon fils me disait tout à l’heure qu’il voulait un chandail d’Haïti. C’est une belle opportunité de partager cet amour du soccer avec les enfants, mais aussi de leur faire connaître davantage la communauté », raconte-t-il.

Carl-Edwin Michel (au premier plan à droite) assiste à la soirée avec son fils. Pour cet haïtien né au Canada, la Coupe du monde représente une occasion privilégiée de transmettre la culture et l’identité haïtiennes à la nouvelle génération. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Cette transmission demande toutefois des efforts supplémentaires en Ontario, où la communauté est moins concentrée qu’au Québec.

« Il s’agit de les amener à des événements comme celui-ci, de participer aux fêtes familiales, de leur montrer des vidéos, de leur faire découvrir la culture et la nourriture haïtiennes. À Toronto, ça demande davantage d’efforts qu’à Montréal, mais c’est important qu’ils comprennent aussi qu’ils sont haïtiens », affirme-t-il.

Pour plusieurs familles présentes, la Coupe du monde est ainsi devenue un outil de transmission culturelle autant qu’un événement sportif.

Une série TFO pour raconter l’histoire haïtienne

Avant le match, la projection de la série documentaire de Noémie Ferron a permis aux participants de découvrir ou redécouvrir certaines pages méconnues de l’histoire du soccer haïtien.

Ancienne internationale haïtienne, la réalisatrice a expliqué que le projet cherchait autant à raconter un parcours sportif qu’à mettre en lumière la résilience d’un peuple et le rôle essentiel de sa diaspora.

« Je pense que c’est une grâce d’être capable d’être un peu partout dans le monde. C’est quelque chose qui nous différencie, mais on partage tous une même culture », a-t-elle expliqué.

Selon elle, cette réalité explique en partie le succès récent de la sélection nationale.

« En 2021, la majorité de l’équipe évoluait à l’extérieur du pays et pourtant elle a réussi à se qualifier. Il y a très peu de pays qui fonctionnent de cette façon. »

Avant la diffusion du match, Noémie Ferron a présenté sa série documentaire qui donne notamment la parole aux joueurs de l’épopée de 1974 et à la nouvelle génération qui a ramené Haïti sur la scène mondiale 52 ans plus tard. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Noémie Ferron rappelle également que le soccer occupe une place unique dans la société haïtienne.

« C’est presque une religion. C’est le seul sujet capable de réunir tout le monde autour d’un objectif commun. Peu importe les divisions ou les difficultés, quand il est question de l’équipe nationale, tout le monde se rassemble derrière elle. »

Pour plusieurs participants, la série a aussi permis de mieux comprendre les liens entre les générations, en donnant la parole aux joueurs de l’équipe de 1974 tout en racontant le parcours de la relève.

La fête plus forte que le résultat

Quelques heures plus tard, le Brésil confirmait son statut de favori en s’imposant 3-0 face à Haïti.

Pourtant, lorsque l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, l’ambiance est demeurée festive. La musique a rapidement repris ses droits, les discussions se sont prolongées autour des tables et plusieurs participants sont restés sur place longtemps après le match.

Avec deux défaites en autant de matchs, Haïti est devenue la première nation officiellement éliminée de la Coupe du monde 2026. Une réalité qui n’a toutefois pas entamé l’enthousiasme des personnes réunies à Pickering. Plusieurs donnaient déjà rendez-vous à leurs proches pour le troisième et dernier match de la phase de groupes, ce jeudi 25 juin à 18h, contre le Maroc.