La façade du quartier général du ministère de la Défense nationale est photographiée à Ottawa, le mercredi 3 avril 2013. Photo : La Presse canadienne/Adrian Wyld
Politique

« Un recul préoccupant » : un syndicat s’inquiète pour le français à la Défense nationale

La façade du quartier général du ministère de la Défense nationale est photographiée à Ottawa, le mercredi 3 avril 2013. Photo : La Presse canadienne/Adrian Wyld

OTTAWA- Le syndicat qui représente la majorité des employés de la Défense nationale se dit préoccupé par la récente mesure désignant l’anglais comme langue de travail exclusive dans plus d’une centaine de bureaux au pays, soutenant que des membres francophones en sont « frustrés ». De son côté, le ministre de la Défense, David McGuinty, a cherché à relativiser la portée de la directive.

Après la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et les partis d’opposition à Ottawa, l’Union des employés de la Défense nationale (UEDN) fait entendre ses craintes à son tour.

« Si cette réforme a effectivement pour conséquence que des organisations auparavant reconnues comme bilingues deviennent désormais des milieux de travail où le français ne peut plus être utilisé comme langue de travail, il s’agit d’un recul dont nous nous préoccupons », affirme en entrevue James Potts, vice-président exécutif par intérim de l’UEDN.

Ce syndicat représente le personnel civil de la Défense nationale du Canada et compte plus de 18 000 membres travaillant tant dans le secteur public que privé. Au total, le ministère emploie près de 31 000 fonctionnaires civils.

Depuis la mise en place de la directive, l’organisation syndicale indique avoir reçu, au fil des derniers mois, de nombreuses marques d’inquiétude de la part de travailleurs francophones. Auparavant en poste dans des secteurs bilingues, ceux-ci doivent désormais exercer leurs fonctions dans un environnement strictement unilingue.

« Ces membres sont bilingues, mais ils sont avant tout francophones, et ils sont un peu frustrés. Peut-être qu’ils n’auront plus la même relation avec leur gestionnaire parce que ce dernier sera anglophone et ne comprendra pas complètement ce dont ils parlent », relève le responsable syndical.

Le syndicat estime que les membres francophones ne devraient pas voir « leurs droits ou leurs possibilités de carrière diminuer en raison de changements administratifs », avance M. Potts.

« Nous suivons attentivement la mise en œuvre de cette nouvelle politique. Mais si nous constatons que les droits linguistiques de nos membres sont affaiblis, nous n’hésiterons pas à intervenir auprès du ministère », prévient le dirigeant syndical.

180 bureaux touchés

Questionné lors d’une conférence de presse à Calgary, jeudi, sur la perte de services et de perspectives qu’entraînent de tels changements pour les recrues et les vétérans francophones, le ministre David McGuinty n’a pas répondu directement aux craintes soulevées.

« Je sais qu’il y a eu quelques articles là-dessus. La mise en œuvre des changements qui ont été effectués au niveau du bilinguisme officiel suit de très près des changements qui ont été effectués depuis une dizaine d’années à l’échelle nationale », a-t-il affirmé, vantant au passage la forte hausse du recrutement dans l’armée canadienne au cours de la dernière année.

Dans une infolettre diffusée la semaine dernière, la Défense nationale a annoncé qu’elle restreindrait le droit de travailler en français dans plus d’une centaine de bureaux à travers le pays. La mesure touche autant la fonction publique civile que les membres des Forces armées canadiennes.

Plusieurs bureaux situés dans des régions unilingues, qui bénéficiaient auparavant d’une désignation bilingue, ont vu ce statut révoqué au profit de l’anglais ou du français. Au total, près de 180 unités sont touchées : la grande majorité d’entre elles passeront de bilingues à unilingues anglaises. La désignation de l’anglais comme langue de travail concerne principalement des locaux situés dans certaines régions des Maritimes, de l’Ouest canadien et de l’Ontario (à l’exception d’Ottawa, de l’Est et de certaines zones du Nord). Au Québec, quelques unités passeront également du statut bilingue à unilingue francophone.

La Défense nationale a justifié sa démarche en expliquant qu’auparavant, « plusieurs organisations et unités situées dans des régions unilingues éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraînait des plaintes fondées et de la frustration ».

James Potts indique que l’UEDN avait elle aussi constaté que l’ancienne approche générait de l’insatisfaction parmi ses membres. Certains employés unilingues anglophones auront d’ailleurs accès à de nouvelles possibilités d’avancement grâce à ce changement de statut.

« Mais en contrepartie, la disponibilité des deux langues officielles sur le lieu de travail a été réduite, ce qui va à l’encontre de l’usage des langues officielles au travail », conclut-il.