Le premier ministre Doug Ford a annoncé le maintien de la réducation des taxes sur l'essence et le carburant. Archives ONFR

TORONTO – Le premier ministre Ford a estimé ce mardi en conférence de presse que Justin Trudeau devait abolir la taxe sur le carbone « nocive » pour les Ontariens, tandis qu’il prolonge la réduction des taxes sur l’essence jusqu’en juin 2024.

« J’exhorte le premier ministre (Justin Trudeau) à faire ce qui est juste et à éliminer complètement cette taxe », a déclaré Doug Ford en déplacement dans son fief d’Etobicoke. « C’est une taxe qui fait augmenter les prix d’absolument tout, depuis le carburant jusqu’à l’alimentation et l’électricité. Tout ce que vous touchez est transporté, d’une manière ou d’une autre, par du carburant. »

Selon le premier ministre, le gouvernement fédéral a reconnu son erreur et fait un premier pas, la semaine dernière, en exonérant de taxe les utilisateurs de mazout de chauffage. Il doit maintenant aller jusqu’au bout en mettant un terme à cette taxe « injuste » dans un contexte d’inflation et de faible pouvoir d’achat des Ontariens.

En présence de son ministre des Finances Peter Bethlenfalvy, Doug Ford a vilipendé les taux d’intérêt élevés de la Banque du Canada pesant sur les budgets des ménages. « Ces taux d’intérêt nous tuent : il faut les réduire pour rendre le logement plus abordable », a-t-il plaidé devant la presse.

Déjà, la semaine dernière, Doug Ford avait écrit une lettre au gouverneur de la Banque du Canada ainsi qu’au premier ministre Trudeau pour protester contre la « hausse massive et douloureuse » des taux d’intérêt, les enjoignant à s’attaquer « aux causes profondes » des pressions inflationnistes, à investir dans les infrastructures et à agir davantage pour l’immigration de travailleurs qualifiés.

Maintien de la réduction des taxes à la pompe

À deux jours du dévoilement de l’énoncé économique d’automne, le premier ministre a annoncé le prolongement de la réduction des taxes sur l’essence et le carburant, en vigueur depuis le 1er juillet 2022. Une réduction qui a permis jusqu’ici aux usagers d’économiser plus de 10 cents par litre selon le gouvernement.

« Les familles et les entreprises seront soulagées à la station-service pendant au moins six mois supplémentaires », a-t-il fait valoir, avec à la clé « 260 $ d’économie depuis l’introduction de cette réduction ».

Cette mesure, qui devra passer par la case Queen’s Park et le vote d’un projet de loi, permettra de continuer à réduire la taxe sur l’essence de 5,7 cents le litre et la taxe sur le carburant de 5,3 cents le litre, jusqu’au 30 juin prochain.

Cette sortie de Doug Ford intervient quelques jours après que Justin Trudeau ait annoncé une suspension de trois ans de la taxe carbone pour le transport de l’huile de chauffage dans les foyers des Maritimes.

« Le fédéral doit se réveiller et traiter tous les canadiens de la même facon », a lancé ministre de l’Énergie Todd Smith, en chambre à Queen’s Park, ce mardi, accusant le gouvernement Trudeau de rendre la vie des Ontariens moins abordable.

« Pas d’autres d’exclusion à venir » sur la taxe carbone assure le fédéral

À Ottawa, les différents ministres du gouvernement Trudeau ont insisté ce mardi sur le fait que cette annonce visait à s’adapter à la situation particulière de l’Atlantique et qu’elle ne consiste pas en un premier pas pour exempter les autres provinces de la taxe carbone.

« Il n’y aura plus d’autres d’exclusion à venir », a tranché le ministre des Ressources naturelles Jonathan Wilkinson.

« On a une approche nationale qui prend en considération des réalités régionales », a commenté de son côté le seul représentant albertain au conseil des ministres, Randy Boissonnault.

La première ministre de l’Alberta Danielle Smith, à l’image de ses homologues ailleurs au pays, a demandé à ce que la taxe carbone soit supprimée. Dans les derniers jours, le chef conservateur Pierre Poilievre, dont le parti réclame l’annulation de cette taxe depuis plus d’un an, a vivement critiqué cette « volte-face ».

« Pourquoi les députés libéraux à Thunder Bay, North Bay, Sudbury, Sault-Sainte-Marie et d’autres communautés où il fait un froid glacial ne bénéficient pas de la même pause (sur la taxe carbone)? Est-ce parce que leur député libéral local est complètement inutile? », a-t-il attaqué lundi à la période des questions.

Le ministre des Ressources naturelles a indiqué qu’il ramènerait sur la table à l’intention des provinces le Programme pour la conversion abordable du mazout à la thermopompe. Ce dernier permet aux propriétaires, à l’installation d’une thermopompe, de recevoir jusqu’à 15 000 $ du fédéral, un montant bonifié de 5 000 $ lors de l’annonce de la semaine dernière. Pour être éligibles à ce programme via le système provincial, les provinces doivent égaliser le 5 000 $ qu’Ottawa met sur la table. Jusqu’à présent, seules l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador ont accepté l’offre.

« Nous y retournons pour offrir cela à toutes les provinces (…). Nous sommes prêts à commencer ces conversations demain. J’ai déjà joint certains de mes collègues (provinciaux) dans les derniers jours et je vais tous les joindre dans les prochains jours », a invité le ministre Wilkinson.