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François Bazinet, le chiffre 19 comme porte-bonheur

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

FINCH – Dernier d’une famille de 19 enfants, François Bazinet connaît dès sa naissance une situation particulière. C’est finalement 2019 qui aura été pour lui l’année de toutes les consécrations et les reconnaissances. D’abord l’Ordre de la Pléiade reçu en avril dernier, puis le Prix Florent-Lalonde pour « les efforts et l’engagement d’un bénévole au sein de la communauté » obtenu il y a 15 jours lors du Grand gala de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Rencontre avec le résident de Finch aux « 65 ans de bénévolat ».

Fin octobre, vous receviez deux des trois récompenses remises par l’AFO, le prix Florent-Lalonde et le Prix de l’horizon franco-ontarien au nom du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) dont vous êtes le président. Quelle fut votre première réaction ?

Je les ai reçues avec des sentiments partagés, car l’une des personnes du conseil scolaire était en lice avec moi pour le Prix Florent-Lalonde [Félix Saint-Denis]. J’étais heureux, mais partagé. Recevoir un prix ne change pas le monde, mais donne des ailes pour aller plus loin.

Auriez-vous préféré gagner seulement le prix au nom du CSDCEO et laisser la victoire à Félix Saint-Denis ?

Je ne sais pas si j’aurais préféré, mais on était dans la même liste. Je pense que le fait que quatre des neuf finalistes dans les trois catégories étaient du CSDCEO était déjà un bon honneur.

2019 a été une année exceptionnelle pour vous, on peut dire ça comme ça ?

C’était une bonne année, mais pas la seule. En 2018, j’avais gagné le Prix Richelieu de la francophonie. En 2017, je suis devenu membre de la Compagnie des Cent-Associés francophones lors du Banquet de la francophonie à Embrun et j’ai reçu, dans le cadre du 150e anniversaire du Canada, une médaille commémorative par le député Guy Lauzon. Aussi, je suis devenu le récipiendaire de la Promenade d’honneur de Cornwall

Comment expliquez-vous toutes ces récompenses ?

Je l’explique par mon engagement avec divers organismes de la communauté. J’ai participé à diverses équipes comme le Village d’antan franco-ontarien (VAFO). Je participe aussi activement à la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), dont j’ai été trésorier provinciale de l’association. J’ai été aussi impliqué avec le Centre culturel de Cornwall et je suis membre de l’ACFO Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG), bien que je ne fasse pas partie du conseil d’administration. J’ai fait d’autres choses très spontanées : j’ai organisé une célébration franco-ontarienne au Concours international de labour et exposition rurale 2015 à Finch.

Le 25 septembre dernier était inauguré le monument de la francophonie de St-Albert, un projet que vous avez piloté pendant plusieurs mois. À quoi ça sert un monument de la francophonie ?

Ça permet de rassembler une communauté aux alentours d’un projet commun, développer la fierté franco-ontarienne. Celui sur St-Albert, on a ajouté deux touches, tout d’abord reconnaître nos ancêtres, et laisser un héritage aux générations futures.

Il est dans un endroit stratégique, à la limite du cimetière où sont nos ancêtres qui ont développé en nous la fierté franco-ontarienne. Ce sont eux qui nous ont semé cette graine de fierté. Il est aussi placé de manière stratégique à côté de la cour de l’école. Il est en fait entre le passé et le futur et représente le présent.

Le monument de St-Albert a été inauguré le 25 septembre 2019. Archives ONFR+

Vous aviez piloté d’autres projets de monuments comme à Cornwall ou Embrun. Comment explique-t-on que certains prennent quelques mois et d’autres plusieurs années avant la réalisation ?

Tout projet, c’est une pression de temps. Pour moi, ça a été 12 mois à 40 heures par semaine. Il faut chercher un don. En moyenne c’est trois communications, une communication où tu présentes la communication, une où tu fais un rappel, et une où tu viens cueillir. Nous n’avons pas de subventions des gouvernements, ce sont celles d’organismes et de particuliers. La municipalité de la Nation a toutefois participé pour l’édification du monument de St-Albert.

Autre projet pour lequel vous avez été très investi : le VAFO à titre de membre du conseil d’administration de 2012 à 2015. Le projet ne lève pas, on le sait. Pourquoi ?

(Il réfléchit). Vous m’embarquez sur un terrain glissant. Les commentaires n’engagent pas le VAFO mais que moi, je veux que ce soit clair. La première raison, c’est la Fromagerie St-Albert. Elle n’a jamais voulu identifier, louer et donner un terrain au Village d’antan, qui n’a donc jamais eu de terrain défini à son actif.

La seconde raison, c’est que le gouvernement aurait été prêt à investir, mais ne voulait pas financer le Village d’antan à perpétuité. Ils auraient mis trois ou quatre millions de dollars mais c’est tout. Ils (le gouvernement provincial) ne voulaient pas le financer pendant 50 ans comme le Upper Canada Village. Je ne pense pas que le projet est mort ! Il sera plus virtuel ! J’y crois !

Vous êtes toujours président du conseil scolaire. C’est quoi au juste être président du CSDCEO ?

J’avais été conseiller scolaire pendant six ans avant, mais je ne savais pas ce que c’était être président. Il faut être disponible à tous les jours, travailler en lien étroit avec le directeur d’éducation. Comme conseiller scolaire ou président, on met jamais les pieds dans la cuisine et on ne fait pas la vaisselle, c’est la tâche du directeur d’éducation. Nous n’avons qu’un seul employé : le directeur d’éducation qui s’occupe du bon fonctionnement.

J’aime dire que le président est assis dans son fauteuil et doit être prêt à réagir. Il faut être disponible. Être président, c’est beaucoup de représentativité, des activités dans les écoles par exemple.

Vous avez été enseignant en mathématiques durant votre carrière. Pourquoi avoir choisi les mathématiques ?

Les mathématiques, c’est rien, c’est plutôt la discipline qui est au service de toutes les autres. Par exemple, elles permettent les études sociales pour comparer les sociétés. De la physique ou la chimie, les maths sont la base. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui font une carrière purement mathématiques, mais beaucoup de personnes se servent des mathématiques pour faire une carrière.

Comment vous servez-vous des mathématiques dans votre vie quotidienne ?

Pour le monument de la francophonie par exemple, à faire des analyses projectives, où est-ce que l’on s’en va, est-ce que l’on aura assez d’argent, est-ce que l’on va mettre les efforts du côté des fermes, des individus, des organismes, pour aller chercher le maximum.

Vous êtes originaire de Mayerville, village disparu à l’est de St-Albert. Pourquoi préférez vivre à Finch, communauté anglophone, qu’à St-Albert ?

je suis parti de là il y a 51 ans. Finch est une communauté anglophone, et je m’en viens d’une famille nombreuse. Au moins à Finch, je n’ai pas mon frère ou mon neveu dans ma face quand je me lève le matin ! C’était le seul village où il n’y avait pas de Bazinet. Les 19 dans ma famille sont présents à Ottawa et Gatineau.

Crédit image : CSDCEO

Dernier d’une famille de 19 ans, ce n’est pas rien. Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance ?

J’en garde des bons souvenirs d’enfance, car j’étais le plus gâté. Ce n’était peut-être pas ma mère qui m’a élevé mais frères et mes sœurs. Ça allait avec l’époque. La voisine d’en face, ils étaient 12. Même si cinq de mes frères et sœurs sont décédés, tous les ans, on est entre 100 et 160 dépendamment du pique-nique, aux rassemblements familiaux. S’ils venaient tous, on serait 460.

Qu’est-ce que cela vous a enseigné d’être issu d’une famille si nombreuse ? 

Ça m’a appris le bénévolat. J’ai appris le bénévolat avant que le mot existe. À un ou deux ans, ma mère me disait d’aller aider mon frère. Les garçons, les vieux, demeuraient sur des fermes. Il fallait aider. Je suis resté comme cela.

Il y avait des privations ?

On n’avait pas grand-chose, mais on n’était pas pauvre. Au niveau du linge, on le passait au suivant. Au niveau de la nourriture, on faisait congeler les produits. Quand mon père faisait la liste d’épicerie, ça se limitait à la cassonade, le sucre, la mélasse, le thé, la farine. Aussi l’hiver, on enterrait la viande dans un hangar à grain pour que la viande gèle.

En recevant vos prix au Grand gala de l’AFO, vous avez dit avoir 65 ans de bénévolat. Pourquoi ?

Tout simplement car j’ai commencé le bénévolat à deux ans pour soigner les poules et les nourrir. Avant, j’étais une source de bénévolat (rires).

Et avez-vous donc construit une famille nombreuse à votre tour ?

J’ai eu deux enfants ! Ça a baissé avec les générations. On voit l’évolution car ma sœur aînée a par exemple eu neuf ans. Mon frère aîné en a eu huit.

On va bientôt célébrer le premier anniversaire de la crise linguistique. Pensez-vous qu’il y a eu un sursaut de la communauté franco-ontarienne au cours des 12 derniers mois ?

Pour nous réveiller, on a besoin de ses crises. Avant cette date fatidique, on était sur le cruise. Le 1er décembre 2018, on s’est rassemblé. De ce fait, cette année, le congrès de l’AFO a été une assemblée beaucoup plus forte, réunie et aux aguets. On a besoin d’événements comme cela. »


LES DATES-CLÉS DE FRANÇOIS BAZINET :

1953 : Naissance à Mayerville

1969 : S’installe à Cornwall

1974 : Débute sa carrière d’enseignant à Avonmore

2008 : Prend sa retraite

2010 : Devient conseiller scolaire du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO), puis président à partir de 2016

2019 : Obtient l’Ordre de la Pléiade, puis le Prix Florent-Lalonde lors du Grand gala de l’AFO.

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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