#Francophonie, #Ontario

Georgette Sauvé, l’âme militante de Cornwall

La militante de la région de Cornwall, Georgette Sauvé. Crédit image: Archives #ONfr

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

CORNWALL – Avec plus de 10 000 francophones, Cornwall reste l’un des grands foyers franco-ontariens. Pour Georgette Sauvé, la relève se fait encore attendre. À presque 84 ans, l’ancienne présidente de l’ACFO Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) revient pour #ONfr sur cette vie militante.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

«Vous avez quitté en février 2016 la présidence de l’ACFO-SDG, un poste que vous avez occupé en intermittence et à quatre reprises depuis les anneés 1990. Peut-on dire aujourd’hui que c’est vraiment terminé?

Oui, c’est terminé. Le vouloir était là, la passion était là, mais le corps ne suivait plus. Ça engendre beaucoup de responsabilités quand on occupe un poste comme celui-ci. Il faut être engagé, mais aussi comme un phare. Il faut chercher de la crédibilité, et avoir de la résonance auprès de la population.

Comment explique-t-on votre longévité? Vous étiez la meilleure ou il n’y avait pas de relève?

Il n’y avait pas de relève. D’autres leaders avaient la capacité de le faire. J’ai une certaine déception de voir certains enseignants prendre leur retraite à 53-54 ans qui pourraient s’impliquer beaucoup. Ça commence tranquillement à se faire, mais la relève n’est toujours pas là. Quoi que lorsqu’on a lancé le projet LOL, c’était pour montrer aux jeunes que l’on pouvait s’affirmer et s’amuser en français, ça a marché.

Quels sont les défis pour gérer une ACFO d’envergure moyenne, comme celle de la région de Cornwall?

On a toujours eu la même subvention du gouvernement, 26 000 $. Ça n’a pas été augmenté. On avait des besoins, mais c’était difficile de prouver aux fonctionnaires le bien-fondé de nos demandes. Il faut pour survivre faire des miracles. À un moment donné, diriger l’ACFO était extrêmement difficile. J’ai voulu montrer que l’ACFO avait sa place. Dans l’ensemble, les Franco-Ontariens ont fait des progrès. On a acquis maintenant une crédibilité auprès des gouvernements, même auprès des anglophones, des leaders.

Georgette Sauvé dans les bureaux de l’ACFO-SDG. Archives #ONfr

À qui pensez-vous comme leader?

Denis Vaillancourt en était un. Je le connais depuis plusieurs années. On habitait et on a grandi dans le même village. J’ai travaillé avec lui, je connais son engagement. Il a fait énormément de choses. J’aimerais que sur le plan provincial, on reconnaisse ses mérites.

Qu’est ce qui vous a motivé à rejoindre certaines causes francophones?

Je suis une québécoise transportée en Ontario. J’ai épousé un Franco-Ontarien. Dans les années 1960, j’ai déménagé ici à North Lancaster. À partir de là, je me suis rendue compte qu’en tant que francophone, on n’était pas grand-chose, et pas très bien perçu. On était des citoyens de deuxième classe. Ça m’a frappé. Il a fallu se battre constamment. On a fait cela goutte-à-goutte. Je me suis impliquée vraiment à partir des années 1980. À partir de 1998, on a eu du vent dans les voiles, et ça a fleuri de manière extraordinaire.

Vous avez vécu six ans à Toronto et avez fini votre carrière à l’École élémentaire Gabrielle-Roy en 1994. Au passage, vous avez été même présidente de l’ACFO-Toronto. Quel souvenir gardez-vous de cette ville?

C’était une francophonie différente, et un milieu plus fermé. Je me souviens qu’il y avait des Québécois, des Français, des Maliens. On se réunissait, mais il y avait toujours des petits groupes entre nous. Quelque soit le lieu, on vit quand même tous des crises linguistiques qui se ressemblent.

Lors des dernières années, on a vu pas mal de crises, dont celle de 2012, avec la contestation du bilinguisme à l’hôpital de Cornwall. On se souvient de cette vidéo du Seaway News où l’on vous voit en train de parler au militant Howard Galganov. Quel souvenir gardez-vous de cette crise linguistique, six ans après?

(Rires). Galganov s’est greffé à la cause des mécontents de l’hôpital, pour que les municipalités endossent ses résolutions. Il a voulu s’immiscer dans ce mouvement-là, et quand il a approché la municipalité de Stormont-Sud (cette municipalité annulera le versement annuel de 30 000 $ à l’hôpital), j’ai dit no way. J’ai rencontré l’administration, et approché des conseillers municipaux. J’ai dit non, il ne gagnera pas chez nous, lui, jamais! Un bon francophone de Stormont-Sud a décidé de mettre le 300 000 $ à l’hôpital pour compenser la subvention manquante. On ne l’a jamais trop publicisé. Il me semble que la subvention de Stormont-Sud a été donnée quelques années plus tard.

D’après nos recherches, non… *

(Surprise) C’est ça qui est enrageant. C’est de voir que beaucoup d’individus anglophones avaient le syndrome du conquérant, sans le réaliser. On est quand même en 2018, ça ne devrait plus exister.

Quels sont les défis spécifiques de la francophonie dans la région de Cornwall?

Le gros défi, c’est de trouver la relève. Il faut garder ces jeunes leaders et les convaincre. Les jeunes aujourd’hui ont l’air à se valoriser en étant bilingue. Je bondis quand on dit que le bilinguisme, c’est une sorte d’identité. Ce n’est pas ça. Être bilingue, c’est une habileté. C’est mon point de vue, et je suis en désaccord avec certains leaders dessus. Je suis pour l’affirmation de ce que l’on est. Ma nationalité moi, c’est d’être Canadienne d’expression française. Je suis Canadienne d’expression française, avant d’être Franco-Ontarienne.

Cornwall est située à la frontière des États-Unis. Est-ce que cette proximité est un inconvénient?

Je ne l’ai jamais senti négativement. Je pense que la raison de l’assimilation est plus la culture anglaise. Le gros danger reste l’anglicisation. L’anglais devient la langue universelle, contre laquelle il est difficile de lutter. La langue anglais c’est short, c’est court, tout le monde parle anglais. La langue française est riche, c’est quelque chose de plus. C’est une valeur ajoutée.

En terminant, si vous étiez à la place de Justin Trudeau, quelle serait votre première mesure pour les francophones?

D’abord, une reconnaissance plus officielle des francophones. Je vois ce que Justin fait avec le Québec, et ça m’inquiète. On dirait que le Québec est un peu négligé au fédéral, et que les députés québécois au fédéral ne réalisent pas l’importance qu’ils ont, qu’ils préfèrent être dans le melting pot. Il suffirait pourtant d’une étincelle pour que le feu revienne. En tout cas, s’il y avait une bataille et une crise quelconque, je serais encore capable de me battre pour faire triompher la francophonie.»

 

*Selon les informations recueillies par #ONfr en août 2017, la subvention de la municipalité de Stormont-Sud annulée en 2012 n’a depuis pas été versée à l’hôpital.

 


LES DATES-CLÉS DE GEORGETTE SAUVÉ:

1934: Naissance à Saint-Télesphore (Québec)

1961: Arrivée en Ontario à North Lancaster

1994: Prend sa retraite après six ans à Toronto

2012: Figure du proue des francophones lors de la crise linguistique de Cornwall

2016: Quitte définitivement la présidence de l’ACFO-SDG

 

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

 

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.