#Francophonie, #Ontario

Huguette Habel, une militante de longue date à Sarnia

Natalie Normand et Huguette Habel. Crédit image: Gracieuseté, www.laction.ca

[LA RENCONTRE D’ONFR]

SARNIA – Huguette Habel a été l’une des fondatrices du Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario. Militante francophone de longue date à Sarnia, elle a été de tous les combats. Aujourd’hui retraitée, elle s’est confiée à #ONfr sur son long parcours en milieu minoritaire.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

«Comment vous êtes-vous impliquée dans la francophonie?

Nous avons déménagé dans la région de Sarnia, avec mon mari après son embauche pour une compagnie de la région. Comme nous étions francophones du Québec, nous avons vécu un choc culturel de voir qu’il n’y avait que des anglophones. Je tenais à ce que mon fils ait une éducation en français et dès ce moment, je me suis impliquée dans l’association de parents. Nous étions minoritaires et si on voulait faire changer les choses, il fallait s’impliquer.

Est-ce que c’était difficile de trouver des ressources francophones à Sarnia?

Il y avait quand même quelques organismes pour pouvoir développer notre réseau francophone. En plus des services offerts à l’école Saint-Thomas-d’Aquin, je suis devenue membre du Club Jolliet, qui était le groupe de francophone de la région de Sarnia et qui, par la suite, est devenu le centre culturel francophone Jolliet. Je me suis rapidement impliquée dans les comités du Club de l’époque, mais je me suis aussi rendue compte qu’à l’extérieur de ce petit réseau, il n’y avait pas de ressources en français.

Est-ce que vous avez trouvé difficile de faire entendre votre voix francophone à Sarnia dans les années 80?

On ne pouvait pratiquement pas faire entendre notre voix. Je me souviens très bien que lorsqu’on voulait célébrer la Saint-Jean Baptiste, on devait le faire à la paroisse. En dehors de ça, c’était difficile. Comme toujours, c’est à force de faire des pressions que les choses ont changé et la Ville de Sarnia a fini par nous donner une semaine de la francophonie.

Est-ce que les choses ont beaucoup changé depuis cette époque?

Vous savez, il n’y a pas beaucoup plus de services en français, mais ceux qui sont là sont établis et présents pour rester. Aujourd’hui, on peut voir le drapeau franco-ontarien voler au vent à la mairie. Ce n’est pas rien comme acquis.

Comment vous voyez cette évolution?

On a tellement travaillé fort pour arriver au point où l’on est aujourd’hui. Quand je repense au drapeau, je vois que c’est un gros plus. Il faut dire que l’on n’a pas réussi seul et je veux souligner que l’on a reçu l’aide de francophiles.

Si l’on revient un peu sur votre parcours de militante, vous avez été bénévole l’ancêtre du centre culturel francophone Jolliet. Quel est le rôle que ce centre jouait dans votre vie?

À ce moment, le Club Jolliet était très fréquenté. Il y avait 200 ou 250 membres qui se réunissaient pour une foule d’activités. C’était vivant. On voyait bien qu’à l’extérieur, nous n’avions pas les mêmes opportunités de parler en français. Aujourd’hui, on constate que le rôle du centre a bien changé parce que nous n’avons plus besoin de tous les services qui y étaient offerts à l’époque.

Huguette Habel et le conseil d’administration du Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario. Crédit image: Gracieuseté

Vous avez aussi été l’une des membres fondatrices du Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario. Comment est venu le besoin de créer cet organisme?

Le Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario est venu combler le besoin qu’avaient les femmes de se regrouper entre nous. Au début, c’était très modeste, on se réunissait dans mon sous-sol, mais tranquillement on a grandi pour devenir ce que l’on est aujourd’hui. Il fallait encourager les femmes qui avaient besoin d’aider ou qui étaient simplement seules à sortir de leur isolement.

Comment est-ce que c’était le Réseau-femmes au début?

C’était difficile au début. On faisait tout bénévolement parce qu’on devait se faire connaître. Tranquillement, nous allions frapper aux portes des anglophones pour expliquer qui nous étions. Graduellement, on a fini par se faire entendre et plus de femmes sont venues se joindre à nous. L’an dernier, le Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario a célébré son 25e anniversaire.

Est-ce que vous vous attendiez à ce que le Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario dure aussi longtemps?

Certainement pas! On savait qu’il y avait un besoin, car il y avait beaucoup de femmes qui étaient seules puisque leurs maris venaient de décéder. Il fallait les sortir de leur isolement et c’est un peu pour ça que l’on a élargi nos services. Au début, on était plus un groupe qui se réunissait pour faire du social, mais au fil du temps, on a commencé à aider des femmes à retourner aux études ou à trouver du travail adéquat.

Quels services sont maintenant offerts au Réseau-femmes du sud-ouest de l’Ontario?

Le travail s’est professionnalisé avec le temps. Ce n’est pas que nous n’étions pas professionnels à l’époque, mais avec le temps, le Réseau-femmes du sud-ouest a reçu du financement pour embaucher des gens très qualifiés pour offrir des services de conseillers. Le gouvernement est venu nous donner un coup de pouce pour grandir et représenter le sud-ouest de la province. Maintenant, il y a un bureau à Windsor, un autre à London en plus celui de Sarnia. On est bien loin du sous-sol chez moi, mais on a toujours eu la volonté de s’établir de manière permanente

Est-ce que vous avez trouvé difficile de prendre votre retraite?

Oui ça a été difficile. Je le regrette encore, mais que voulez-vous, on avance en âge et on doit laisser la chance aux plus jeunes.

Comment voyez-vous le Réseau-femmes du sud-ouest d’un œil extérieur?

C’est très différent et je leur souhaite beaucoup de succès. Le personnel a beaucoup changé dans les dernières années et ce sont de jeunes personnes très dynamiques. C’est plaisant de voir les nouvelles activités qui sont faites. C’est très différent de ce que nous faisions. Il y a maintenant une plus grande ouverture sur le monde et sur les autres communautés. Lorsque je suis allée récemment à l’une des activités, j’ai été agréablement surprise de voir que je ne connaissais presque personne et aussi de voir qu’une dizaine de pays étaient représentés. Ça démontre bien que le Réseau-femmes du sud-ouest évolue beaucoup et continue de grandir.

Quel est votre souhait pour la francophonie du sud-ouest de l’Ontario?

Mon souhait serait que les jeunes francophones et les jeunes familles de la région continuent de s’impliquer. Il faut pouvoir continuer de faire vivre le français, mais pour y arriver, il faut que la relève soit présente. Nous avons travaillé très fort pour établir notre centre communautaire et pour unir les deux écoles secondaires de la région de Sarnia. Les jeunes doivent continuer à s’impliquer dans notre communauté si l’on veut continuer à voir voler le drapeau franco-ontarien à Sarnia.»

 


LES DATES-CLÉS D’HUGUETTE HABEL:

1975: Arrivée à Sarnia

1977: Implication dans l’association de parents de l’école Saint-Thomas d’Aquin

1987: Devient conseillère scolaire

1991: Création du Réseau-femmes du sud-Ouest de l’Ontario

2017: Retraite du Réseau-femmes du sud-Ouest de l’Ontario

 

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
jmorissette@tfo.org @jfmorissette72

Jean-François Morissette est un diplômé des programmes de sciences politiques et de journalisme de l’Université Laval, à Québec. Il a évolué au sein de plusieurs médias, dont le journal provincial L’Étoile, qui couvre les dossiers de la communauté francophone du Nouveau-Brunswick. Il a aussi collaboré avec Le Journal de Québec et la Quête. Il couvre le parlement ontarien pour #ONfr.