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Immigration : quand Noël cicatrise toutes les blessures

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – Si pour la plupart, les fêtes de Noël sont synonymes de retrouvailles familiales festives et de moments de partage avec les siens, il en est loin d’être toujours le cas pour une catégorie précise, celle des immigrants, et plus particulièrement des nouveaux arrivants. ONFR+ est parti à la rencontre de l’une d’entre elles, la famille Salgo qui passe son premier Noël réunie au Canada depuis une demi-décennie. Le plein d’émotions.  

Qui de mieux que le cercle familial pour fêter Noël ? Dinde format XXL, lettres rédigées au père Noël, décoration du sapin, achat et ouverture des cadeaux… cette période de l’année est très attendue par un tiers des familles de la planète. En Ontario, ce sont des millions d’individus qui s’apprêtent à se rassembler dans un contexte pandémique tout de même assez restrictif.

Mais si ces relatives limitations sont dues à la crise sanitaire, elles sont totales pour certains nouveaux arrivants du fait même qu’ils sont immigrés. En effet, procédure oblige, beaucoup laissent leurs familles au « pays » avant de recourir à un regroupement familial. Pour ceux-là, la dinde à un goût amer.

Désiré Salgo a connu ce sentiment de solitude pendant plusieurs années avant que sa femme et ses trois enfants ne le rejoignent pour passer leur premier Noël en Ontario, et ce durant cinq années pendant lesquelles ils étaient séparés par tout un océan.   

D’abord l’histoire

L’eau a bien coulé sous les ponts lorsque Désiré Salgo était impliqué dans la politique de son pays natal, le Burkina Fasso où un coup d’État survenu en 2015 l’avait obligé à demander le statut de réfugié au Canada par crainte pour sa vie.  

« Je suis arrivé en 2016. Trois mois après, mon dossier a été accepté en tant que personne à protéger. Ensuite, en 2018, j’ai été enfin apte à demander la résidence permanente et, aussitôt, j’ai fait la demande pour que ma famille, restée au pays, puisse me rejoindre ici à Toronto. Ça a traîné un peu à cause de la COVID-19, mais ils sont finalement arrivés en juin 2021, à peine un mois après qu’ils ont reçu leur résidence permanente », raconte l’ancien réfugié.

Désiré Salgo a foui son pays en 2016 pour demander le statut de réfugié au Canada. Gracieuseté

Il est recevable d’avancer que l’un des « bienfaits » de la pandémie est la généralisation de l’outil virtuel qui permet de garder le contact aux quatre coins du globe, et que l’ont pourrait imaginer donc la distance moins pénible, mais à cela, M.Salgo répond : « C’est vrai que pendant tout ce temps, on communiquait en mode virtuel, mais je ne pouvais pas les toucher, sentir leur odeur et les prendre dans mes bras, et ça, c’était dur à supporter. »

Même vide était ressenti de l’autre côté de l’Atlantique.

« C’était très difficile parce qu’on ressentait toujours son absence et plus particulièrement pendant Noël, lorsque toutes les familles se réunissaient et pas nous. Chaque fois à cette période, les enfants me demandaient d’après leur père », retrace Flora Salgo, la larme à la gorge. 

« Ma fille m’appelle tonton »

Ce premier Noël revêt donc pour la famille Salgo une propension toute singulière. Plus que cela, il a un effet cicatrisant sur les cœurs, ceux-là mêmes que le dicton veut qu’ils soient loin les uns des autres, parce que loin des yeux.    

« J’avais une joie immense lorsqu’on s’est enfin réuni ici. Mais toute cette distance et ce temps passé loin de Désiré ont laissé des séquelles chez tout le monde. Ce premier Noël est vraiment l’occasion de ressouder nos liens familiaux, de recoller les morceaux et de dépasser ce passé douloureux, surtout pour ma petite fille pour laquelle j’espère que ce Noël sera l’occasion de se rapprocher de son papa », confesse Mme Salgo qui, comme son mari, étudie actuellement à Humber Collège.

Surtout pour sa petite fille parce que celle-ci n’a que cinq printemps cet hiver. Autrement dit dans une langue crue, elle n’a jamais connu son père et ce Noël est le premier qu’elle passera avec lui. 

« Quand j’ai quitté le Burkina, ma dernière fille avait un mois jour pour jour. Je ne l’ai pas vu grandir. Aujourd’hui, elle est jalouse quand sa maman s’adresse à moi ou s’assoit à côté de moi. Elle a grandi avec sa mère, et un homme qui entre dans leur vie est pour elle un intrus. Pour tout vous dire, elle m’appelle tonton. Le temps et la distance ont créé un grand fossé émotif qu’il faut panser, et les activités communes comme la décoration du sapin ou l’ouverture des cadeaux vont beaucoup aider pour ça », estime le père de famille.    

Et d’ajouter après un profond soupire : « Enfin, tout ça va appartenir à l’histoire ancienne après ces fêtes. Maintenant ils sont là et je peux enfin me consacrer à l’éducation de mes enfants. » 

 

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