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Incendie de Red Lake : des milliers d’évacués dans l’angoisse

Temps de lecture : 4 minutes

RED LAKE – L’incendie qui fait rage dans le Nord-Ouest de l’Ontario a détruit plus de 500 hectares de forêt entre Madsen et Red Lake. Les autorités ont évacué une partie des 4 000 résidents, hier soir. Alors que les bombardiers d’eau intensifient leurs rotations, sous un vent soutenu, une longue attente commence pour les résidents qui ont quitté leur maison dans la précipitation.

« On a vu une longue colonne de fumée, hier, dans l’après-midi, du côté de Madsen », rapporte Isabelle Racine, une résidente de Red Lake. « C’était pas mal proche. Alors, quand on a vu l’annonce d’évacuation en soirée, on a fait le tour des voisins pour voir s’ils n’avaient besoin de rien, puis on est parti. »

Un vent violent a rapidement dirigé le feu vers Red Lake, contraignant la municipalité à demander à ses résidents, hier aux alentours de 22 heures, de quitter les lieux pour se replier plus au Sud, à Ear Falls ou Dryden.

L’évacuation se poursuit

Au total, 1 500 d’entre eux ont quitté la ville, lundi soir, et d’autres sont en train de le faire, ce mardi. Trois autres sites sont en cours d’aménagement à Kenora, Ignace et Fort Frances, pour accueillir les évacués.

Agathe Breton-Plouffe a quitté sa maison alors que les flammes étaient à moins de deux kilomètres.

« J’avais peur pour ma famille de rester coincée à Red Lake », confie-t-elle. « On a fait nos valises et on est parti pour Ear Falls, deux heures avant l’avis d’évacuation. »

Un bombardier d’eau au-dessus du feu, vue depuis une habitation. Gracieuseté Agathe Breton-Plouffe

Habituellement, le trajet se fait en 45 minutes. Cette fois, il a fallu trois heures aux évacués pour rallier la localité.

Mme Racine, pour sa part, a trouvé refuge dans un motel de Vermilion Bay. Elle décrit une évacuation massive et une ruée vers les hôtels le long de l’autoroute 105, le principal accès à la ville.

« Tout le long en descendant, les motels et les lodges étaient pleins », raconte-t-elle.

Elle suit l’évolution de la situation au compte-goutte et espère retrouver son domicile, une fois le risque dissipé.

« Je me sens anxieuse et peu informée. Ma fille n’a pas encore évacué. J’essaie de penser à autre chose, mais je ne crois pas qu’on va rentrer aujourd’hui. »

« On dirait l’enfer »

Mme Breton-Plouffe se dit triste et choquée par les images partagées par ses amis.

« On a vu des vidéos de la route de Madsen à Red Lake. Ça a brûlé de chaque côté. On dirait l’enfer. Il faisait noir avec du feu autour. »

Installée à Red Lake depuis dix ans, elle n’a jamais vécu un tel incendie. Mais, comme beaucoup, ce drame lui fait penser à la catastrophe de 1980. Un gigantesque incendie avait alors ravagé des milliers d’hectares et nécessité une évacuation totale durant dix jours. Quarante ans plus tard, l’histoire semble se répéter.

Cohorte de voitures quittant la ville, hier soir, sur l’autoroute 105. Gracieuseté : Helen Yutzy

Michèle Alderton se rappelle de ce grand incendie. La fondatrice de l’Association francophone de Red Lake, aujourd’hui retraitée, fait la comparaison entre les deux sinistres.

« La grosse différence, c’est qu’on a plus confiance qu’en 1980, car on a des technologies pour communiquer et trouver des logements plus facilement. Par contre, la COVID-19 est un aspect nouveau. On n’y pense plus, mais il faut rester vigilant. »

Elle a conduit toute une partie de la nuit avec six membres de sa famille, enfants et petits-enfant, pour atteindre Winnipeg, à six heures de route.

Évacuations par les airs

Le maire Fred Mota a annoncé la fermeture de l’autoroute 105, dès ce midi. Les prochaines évacuations vont être opérées par les airs pour les résidents dans l’impossibilité de fuir par leurs propres moyens.

« C’est dur de voir ça », confie Gisèle Morrissette. Cette native de Red Lake qui vit à Timmins, est soulagée que son fils et son père, restés sur place, aient pu sortir de la ville pour se mettre en sécurité.

« Ils étaient à cinq kilomètres de l’incendie. J’ai beaucoup d’amis à Red Lake. Il y a bien du monde qui ne veut pas partir, mais il faut qu’ils partent », exhorte-t-elle, espérant que le vent diminue pour faciliter le travail des pompiers.

Coordination des efforts d’évacuation autour du maire Fred Mota. Gracieuseté : Ville de Red Lake

Dans ce malheur, Mme Breton-Plouffe salue la solidarité spontanée des Ontariens.

« Je n’ai pas de mot pour décrire la générosité et la solidarité des gens. »

Grâce à des amis, elle a pu s’abriter dans une maison avec quatre chambres durant la période.

Elle ne cache pas une certaine appréhension. « J’ai mes enfants et mes animaux avec moi, donc si le feu passe sur ma maison, ça sera une perte matérielle. Ce n’est pas grave, mais c’est sûr que c’est énervant. C’est dévastateur. On ne souhaite ça à personne. »

Plus d’une trentaine de feux sont actifs dans le Nord ontarien, dont 22 dans le Nord-Ouest, selon les derniers chiffres du ministère des Richesses naturelles et des Forêts.

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