« L’isolement est l’un des principaux obstacles à l’intégration », dit Fété Ngira-Batware Kimpiobi
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
Fété Ngira-Batware Kimpiobi est la fondatrice et directrice générale du SOFIFRAN (Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara) depuis sa genèse, en 2007.
LE CONTEXTE :
Nouvelle récipiendaire du Prix de la ministre des Affaires francophones, pour son engagement envers les familles immigrantes francophones de la région, cette leader communautaire de Welland sortira en décembre un guide pour les nouveaux arrivants au Canada, Petit GPS pour ne pas perdre le nord.
L’ENJEU :
Convaincue du fait que l’isolement constitue l’un des principaux obstacles à l’intégration, Mme Ngira-Batware Kimpiobi étudie la création d’une chaîne de télévision communautaire pour aiguiller et rapprocher les populations francophones du Niagara.
« Vous avez reçu le prix de la ministre de la Francophonie au Congrès de l’AFO en octobre dernier. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?
Je suis une personne simple qui relativise beaucoup. Ce prix dépasse la reconnaissance individuelle, il symbolise l’aboutissement d’une œuvre collective. Et c’est pour ça que dans mon discours j’ai parlé de la communauté qui m’a reconnue et qui m’a donné l’opportunité de la servir. Ça reste un aboutissement bien sûr, mais si la communauté n’avait pas été là, je n’en serais pas là non plus. La collectivité, le fait d’être ensemble, c’est extrêmement important.
Cette fin d’année, vous publiez un livre intitulé Petit GPS pour ne pas perdre le Nord, soit un guide pour les immigrants. En quoi consiste-t-il ?
Je l’ai pensé comme un abécédaire qui aborde différents aspects qui touchent les immigrants qui arrivent ici. Il s’agit d’un mode d’emploi du nouvel arrivant. Le parcours d’immigrant, je le connais très bien moi-même et, plus tard, en travaillant avec les immigrants, j’ai vu leur fragilité et leurs difficultés. J’ai assisté aux erreurs commises par ignorance et par manque d’informations.
J’ai aussi vu l’impatience des Canadiens qui sont eux dans leur pays. D’une certaine manière, c’est aux arrivants de s’adapter et pas le contraire. C’est pour cette raison que j’ai écrit ce livre. Il m’aura fallu un an et chaque fois qu’une anecdote utile arrivait, il me fallait l’ajouter. Avec ma nouvelle maison d’édition AB Éditions, nous visons une sortie pour décembre 2025.
Vous envisagez de lancer un programme de télévision communautaire francophone dans le Niagara. Pourquoi une telle initiative?
Ce serait en effet l’idée d’une télévision communautaire. On en est à une étape très préparatoire de mise en place et de constitution d’un plan stratégique avec des gens du milieu.
On se trouve dans le Niagara, une région qui accueille énormément de nouveaux arrivants, migrants ou réfugiés. Non seulement ces nouveaux arrivants sont déboussolés, mais ils n’ont pas de contact. L’isolement est l’un des principaux obstacles à l’intégration. Donc c’est une population qui a besoin d’être suivie tout le temps, de recevoir de l’information, d’être connectée avec la communauté et avec les partenaires qui offrent des services d’immigration. Cette chaîne de télévision pourrait être une sorte de passerelle ou de levier qui permettrait de connecter les gens. Ma vision depuis toujours est la suivante : ça ne sert à rien de quitter son pays pour venir vivre avec les gens de chez soi. Mais il faut les aider pour qu’ils puissent vraiment s’intégrer.
Quels thèmes seraient adressés?
Ce serait toutes sortes d’informations utiles, par exemple sur la vie communautaire et sociale, les thèmes de la santé, adaptés parfois à des contextes culturels uniques. La vie économique en ferait partie, avec une mise en avant de l’entrepreneuriat francophone qui est fort dans la région.
Comment la francophonie évolue-t-elle dans la région du Niagara?
Avec 11 écoles de langue française, quatre églises francophones, une immigration active et des organismes francophones (Centre de santé, ABC communautaire, Collège Boréal), la francophonie est très vivante pour une si petite région. Le maire (anglophone) de Welland, Frank Campion, fait des efforts formidables à titre personnel et lit son discours en français à chaque événement. Cependant, dans les différents comités et les institutions officielles, dont la mairie ou les hôpitaux, il faudrait qu’on puisse sentir la présence francophone et avoir accès à plus de services en français. »