« Je n’ai pas peur des discussions difficiles » : Julie Cafley prend les commandes de la francophonie à l’U d’O
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
Julie Cafley est la vice-rectrice à la Francophonie, aux relations extérieures et communautaires de l’Université d’Ottawa.
LE CONTEXTE :
Nommée le 13 mai dernier, Mme Cafley a pris ses fonctions cette semaine, occupant un poste resté vacant pendant près de deux ans.
L’ENJEU :
Diplômée quatre fois de l’Université d’Ottawa, elle arrive au moment où l’institution entame de grandes consultations sur la francophonie et après l’annonce de l’accueil du Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028, le tout dans un contexte de rapprochement avec la communauté francophone.
« Comment s’est passée votre première semaine à la barre du vice-rectorat?
J’ai commencé ma carrière ici et j’éprouvais toujours de petits frissons en montant les marches du pavillon Tabaret. Lundi matin, en les gravissant à nouveau, la même émotion était là.
J’ai reçu un accueil incroyable. L’équipe de direction est soudée et partage une vision commune. Pour moi, c’est un véritable retour à la maison. Le moment est idéal avec tout ce qui se dessine : le Sommet de la Francophonie, la consultation institutionnelle… C’est un moment charnière pour l’Université et pour moi dans ce rôle.
Votre titre inclut les « relations externes et communautaires » aux côtés de la Francophonie. Qu’est-ce que cela ajoute à votre feuille de route?
À son arrivée il y a un an, la rectrice Marie-Ève Sylvestre a posé un principe clair : l’Université d’Ottawa doit demeurer parmi le top 5 des universités de recherche au pays, tout en restant profondément ancrée dans sa communauté. C’est essentiel pour la région d’Ottawa et de l’Outaouais, et tout particulièrement auprès des francophones.
Le volet communautaire est passionnant parce que les défis sont nombreux, tant sur le campus que dans la ville. Notre rôle est d’agir comme partenaire et leader : je pense notamment à nos travaux avec le maire d’Ottawa sur l’itinérance ou la santé, où nos experts et nos étudiants peuvent vraiment appuyer les démarches en cours.
Quant aux relations externes, elles englobent nos liens gouvernementaux, le secteur industriel et le corps diplomatique, comme les ambassadeurs francophones. Je vois la francophonie au cœur de ces relations externes et communautaires, mais aussi comme un pilier fondamental en soi, puisqu’elle touche l’essence même de notre mission.
Vous avez affirmé vouloir être une vice-rectrice de terrain lors de votre nomination. Comment voyez-vous votre présence auprès de la communauté francophone?
Depuis ma nomination, j’ai tenu à être très active sur le terrain, que ce soit lors des consultations de l’AFO, au Festival franco-ontarien ou durant les recrutements de professeurs francophones.
Durant mes premiers mois, je vais consacrer beaucoup de temps à aller à la rencontre de notre milieu, avec écoute et humilité. L’inclusion exige un effort quotidien. Nos portes sont grandes ouvertes et nous voulons assumer pleinement notre rôle de leadership. La communauté a de grandes attentes envers nous, et nous sommes prêts à répondre présent.
Le poste est resté vacant pendant près de deux ans, après une période marquée par certains défis, notamment autour de la place du français. Comment comptez-vous améliorer la relation avec la communauté franco-ontarienne?
Si les gens se plaignent, c’est parce qu’ils sont investis et qu’ils y croient. Chaque Franco-Ontarien a une connexion avec l’Université d’Ottawa et il est naturel d’avoir de grandes attentes envers une institution dans laquelle on s’investit. J’accueille ces critiques. Je n’ai pas peur des discussions difficiles, c’est au cœur de ce qu’on est comme institution.
La défense du français est essentielle, mais la célébration doit aussi avoir sa place. Parfois, on est vite à critiquer et on ne célèbre pas assez. On offre 371 programmes entièrement en français et on accueille une francophonie pluraliste : il y a de quoi être profondément fier.
Concernant le Sommet de la Francophonie de 2028 à Ottawa, quelles pourraient être les opportunités pour l’Université et pourrait-elle accueillir des activités sur son campus?
Les opportunités sont immenses. Nos chercheurs peuvent éclairer les travaux du Sommet, notamment sur l’impact économique de la francophonie. C’est aussi l’occasion d’impliquer la jeunesse, la culture et le réseau d’ambassadeurs francophones basés à Ottawa. Nous espérons d’ailleurs être présents au Sommet du Cambodge cet automne.
Accueillir un tel événement aux portes de l’Université, sinon directement sur le campus, serait une occasion unique dans une vie. Nous sommes situés à dix minutes de la Colline du Parlement, au cœur de la capitale. Même si rien n’est arrêté, nous voulons jouer un rôle de leadership, pousser nos limites et voir grand pour la francophonie.
Où en est la grande consultation sur la francophonie menée sur le campus par la professeure Stéphanie Gaudet?
À ce jour, plus de 1500 étudiants, 60 professeurs et 70 membres du personnel administratif ont été consultés. C’est un exercice d’une grande ampleur qui établira un diagnostic clair de la francophonie sur le campus en 2026.
Ce travail débouchera sur un plan d’action institutionnel pour harmoniser les initiatives déjà existantes dans les facultés. Dès la remise du rapport, nous établirons un calendrier d’exécution précis. Toute la direction est alignée derrière cette priorité et je me sens pleinement appuyée pour mener à bien ce chantier.
L’Université a multiplié les partenariats récents (Sudbury, UOF, Regina, Windsor). Quelle est votre vision pour ces collaborations?
Le développement de partenariats est au cœur de ma vision pour garantir l’accès à l’enseignement en français partout dans la province et au pays.
Si l’Université d’Ottawa est un acteur d’envergure, nous avons énormément à apprendre d’institutions à taille humaine, ancrées dans leur région et en milieu minoritaire. Il s’agit de combiner nos forces en gardant l’intérêt de l’étudiant au centre. Permettre à davantage de jeunes d’étudier et de vivre en français, y compris les 2000 étudiants inscrits dans nos programmes d’immersion, demeure la priorité absolue de notre mandat. »